FAMILLE LECAM

 

Le Cam

 

Le nom s’écrit de plusieurs façons : Cam (1513, Arradon, 1547, Cléden-Cap-Sizun),

Quam (1597, Quemper-Guéguennec), Cham (1607, Ergué-Armel), Le Cam, (1625,

Quimper), Lecam, Lecamme, (Nantes, Vallet).

 

Il apparaît dès les 13ème et 14ème siècles, parfois latinisé en Cami dans le cartulaire de

Quimper.

 

Le nom correspond au moyen Breton : “cam”, qui signifie : boiteux, et au Breton

moderne : “kamm” : courbe, tordu.

 

Francis Gourvil propose l’acception de “bossu”, sens du “cam” gallois, et le cornique

“camm” en est une variante graphique.

 

Camic et Le Camic en sont des formes diminutives. Camio en est peut-être une autre

forme dérivée.

 

Le nom Le Garlès pourrait correspondre au gallois : “garllaes”, signifiant : qui boite, et

ce serait alors un synonyme de Le Cam.


(8) Le Cam François °

+ 27.08. 1792 Poullaouen

x

Conner Jeanne °

+

 

 

Nous n’avons pour le moment le nom du couple François Le Cam et Jeanne Conner

qu’au moment du mariage de leur fils en 1809.

 

Mais François Le Cam est déjà décédé à Poullaouen le 28 août 1792. On peut penser

qu’il était très jeune, ayant dans les 30 ou 35 ans. Il serait alors né vers 1760.

 

En effet en 1809, Jeanne Conner, dont le nom signifie : hardi, a 49 ans. Elle a dû naître

aussi vers 1760 et se marier vers 1785. Son fils François, né le 16 avril 1786, portant le

même prénom que son père, est peut-être l’aîné des garçons.

 

Poullaouen, dans le Finistère : cette commune apparaît pour la première fois dans notre

chronique, jusqu’ici localisée dans la région nantaise. Le nom de cette commune,

totalement absent des mémoires orales, n’est apparu qu’au début de nos recherches

généalogiques.

 

A vrai dire, le nom de famille Lecam était bien connu comme étant d’origine bretonne.

Mais, dans le plus lointain des mémoires, on transmettait plutôt la légende d’un

grand-père breton mystérieux arrivé un jour de Plougastel-Daoulas, tirant sa charrette

chargée d’un vieux buffet, (ou d’une armoire de mariée ? ), et s’installant dans la région

de Vallet, où il était mort. Avec Joseph Couvrand, nous sommes même allés, un jour de

vacances en Bretagne, vers 1980, dans le cimetière de Plougastel, sans rien y trouver de

très significatif, évidemment.

 

Il suffisait alors, ce que personne n’avait jamais fait, de retrouver à Vallet l’acte

d’état-civil correspondant au décès de ce grand-père Lecam pour remonter un peu la

filière. Quelques recherches, encore trop rapides, à Vallet, aux Archives Départementales

du Finistère à Quimper et à la mairie de Poullaouen nous ont donné les autres

renseignements qu’on va trouver ici dans ce court chapitre sur les Le Cam.

 

On comprend maintenant qu’il y avait eu confusion quasiment phonétique entre

Plougastel et Poullaouen, qui n’ont en commun que d’être situées dans le même

département.

 

Au bord de l’Aulne, Poullaouen fait partie du canton de Carhaix, dans l’arrondissement

de Châteaulin. Le préfixe poul ou ploe, plou, très fréquent en Basse-Bretagne, signifie

paroisse, et accompagne ici le prénom de Louan, comme le Saint-Louan de Riantec dans

le Morbihan et Kerlouan dans le Léon. A ce nom correspond aussi le saint Llywan du

Pays-de-Galles. Dans la commune existent aussi la chapelle Saint-Sébastien, près des

bois de Thymeur, (et l’un de nos ancêtres sera Sébastien Le Cam), ainsi que le village et

la chapelle Saint-Tudec, représenté en évêque, et qu’on vénère également à Spézet.

Poullaouen englobait à l’origine les territoires des paroisses limitrophes de Cléden-Poher

et de Kergloff. Tout près de là, Huelgoat est une autre voisine bien connue.

 

C’est dans cette région qui passait pour très fermée qu’ont été chassés et tués les

derniers loups de Bretagne et l’on raconte qu’au 19ème siècle une petite fille de la

commune, âgée de 6 ans, fut l’héroïne d’une aventure extraordinaire. Ayant échappé à la

surveillance de ses parents agriculteurs, elle disparut dans les bois. Elle ne fut retrouvée

que 6 semaines plus tard, dans l’état qu’on imagine, mais sans autre dommage apparent,

ayant visiblement passé son temps dans les bois et les broussailles, peut-être avec les

bêtes sauvages, le fait étant attesté par un chasseur de loups.

 

Ajoutons que certaines légendes, assurément fort malveillantes, font aux jeunes filles de

Poullaouen une fâcheuse réputation de femmes de mauvaise vie que rien n’a jamais

confirmé ! .

 

Poullaouen est donc une petite commune du centre-Bretagne, située à 10 kilomètres au

nord de Carhaix-Plouguer, en plein pays Poher, et qui a une forte identité au centre de ce

bro.

 

Un bro est un pays, un terroir, une zone géographique plus ou moins étendue dont les

limites sont ponctuellement naturelles : rivières, forêts, montagnes, collines, mais aussi

historiques, linguistiques, religieuses, économiques ou culturelles.

 

Les habitants qui y vivent ont des repères communs tels que : la langue et ses

particularités dialectales, le costume, véritable carte d’identité avec ses signes de

richesse et d’appartenance à un groupe social, la danse, avec ses différences de style et

ses variantes, ses accompagnements vocaux et instrumentaux, les croyances, les

coutumes et les usages de la vie quotidienne, l’architecture des maisons, la

gastronomie, les particularités économiques.

 

Les personnes d’un même bro ont bien souvent le sentiment d’appartenir avant tout à

leur milieu originel et d’être différents des pays voisins.

 

Aujourd’hui encore, Poullaouen et le pays Poher sont réputés pour leur forte

personnalité, en particulier dans le domaine culturel. Il y a maintenant quelques dizaines

d’années, c’est là que s’est manifesté en premier le renouveau de la culture bretonne et

celtique, que sont réapparus les festou-noz, c’est de là que sont originaires de nombreux

chanteurs traditionnels, comme Erik Marchand, et que vivent quelques-uns des artistes et

des groupes les plus connus, c’est là que la tradition de la danse reste la plus vivante.

 

Mais Poullaouen, avec Huelgoat, est également célèbre pour ses mines de plomb

argentifère, connues depuis l’antiquité et peut-ête la préhistoire. La Vieille mine et la

Nouvelle mine sont situées le long d’une voie romaine allant de Carhaix à Morlaix. Mais

le travail y a été très irrégulier suivant les époques. En 1732 une nouvelle société

entreprend une exploitation plus industrielle du site. Un visiteur explique que 2400

hommes, femmes et enfants travaillent sur le site. Ce sont à l’époque “les plus grandes

mines métalliques” du pays. On y exploite la galène (sulfure de plomb), les pyrites de fer

et de cuivre, et la blende (sulfure de zinc) . Les fonderies qui existaient aussi sur place

fournissaient par an 600 tonnes de plomb et 1,250 tonne d’argent. (20 grammes d’argent

mêlées à 100 kilos de plomb).

 

La société et les mines sont dirigées par des cadres venus de l’est du pays, d’Angleterre

ou d’Allemagne. Mais l’immense majorité de la main-d’oeuvre était constitué par des

journaliers recrutés localement. Une bonne partie d’entre eux étaient des jeunes et des

femmes. La journée de travail était de 12 heures, mais on pouvait faire 8 heures l’hiver et

16 heures l’été. Les fondeurs et les affineurs qui souffraient de la chaleur et des gaz

nocifs et qui étaient souvent atteints de saturnisme ne travaillaient que 8 heures, de même

que les mineurs quand ils creusaient dans un roc particulièrement dur. Mais cette

main-d’oeuvre locale était très attachée à ses activités agricoles et désertait massivement

l’entreprise au moment des grands travaux des champs, conservant une mentalité

essentiellement rurale. Sa docilité était grande et les conflits sérieux ont été rares.On en

signale un en 1794 : les ouvriers en grève avaient inondé les galeries des mines. Mais il

n’existait pas vraiment de notion de classe ouvrière. On peut cependant remarquer que la

région est encore aujourd’hui qualifiée de pays rouge parmi ses voisins plus traditionnels.

L’activité de la mine a peu à peu décliné après la Révolution. En 1794, il y avait encore

833 employés.

 

Les jeunes mineurs de Poullaouen sont parfois partis sur d’autres sites et c’est ainsi

qu’on en retrouve aux mines de charbon de la Tardivière à Mouzeil et 3 ou 4 d’entre eux

se sont mariés dans cette commune et y ont fait souche. Ainsi le 17 septembre 1844 eut

lieu en l’église de Mouzeil l’union de Jean Guillereau, né à Poullaouen et de Léone

Goupille, née à la Chapelle-Saint-Sauveur. Le 12 novembre 1844, Louis Cottineau de

Mouzeil s’est marié à Marie Héré de Poullaouen. Un nommé Boucherel né à Poullaouen

travaille aux mines de la Richerais à Mouzeil et épouse en 1862 une jeune fille de

Poullaouen. De nombreux mineurs bretons viennent de Poullaouen.

 

Aujourd’hui, il ne reste guère à Poullaouen de témoignages de cette énorme activité

passée, sauf quelques dangereux effondrements de terrain et trous de mine et des déchets

de fonderies sur les terrains vagues et les chemins.

 

Nous n’avons pas trouvé dans les archives d’ancêtres Le Cam travaillant directement à la

mine, mais celle-ci faisait sans aucun doute partie de leur environnement quotidien.


(7) Le Cam François ° 16.04 1786 Poullaouen

+ 28.06.1842 Poullaouen

x 28.01.1809 Poullaouen

Le Rozellec Catherine ° 21.08.1787 Plouyé

+ 6.05.1847 Poullaouen

 

 

 

La vie de François Le Cam et de Catherine Le Rozellec se déroule tout entière dans le

secteur de Poullaouen.

 

François Le Cam est né le 16 avril 1786 à Poullaouen. Son père s’appelle aussi François

Le Cam et sa mère Jeanne Conner. La famille est d’un milieu social très modeste et il

restera lui-même journalier, domestique ou maçon.

 

Il se marie en 1809 avec Catherine Le Rozellec :

 

Catherine fille légitime de Guillaume Le Rozellec et de Jeanne Le Guellaff mari et

femme née au village du Gortz le 20 août 1787 a été solennellement baptisée le même

jour par moi soussigné curé ... parrain et marraine Jean Le Cozilis et Catherine Le

Mével qui avec le père présent ont déclaré ne savoir signer... signé Burlot curé de

Plouyé

 

La rozell est en Bretagne la grande spatule en bois qui sert à étaler convenablement la

pâte à crêpe ou à galette sur toute la surface de la poêle.

 

Et voici l’acte de mariage de nos ancêtres :

 

L’ an 1809 le 28 janvier à 10 heures du matin à Poullaouen ont comparu François Le

Cam journalier 23 ans né à Poullaouen le 16 avril 1786 fils majeur de feu François Le

Cam décédé à Poullaouen le 27 août 1792 et de Jeanne Conner 49 ans et Catherine Le

Rosellec cultivatrice 22 ans née à Plouyé le 21 août 1787 domiciliée à Plouyé fille

majeure de feu Guillaume Le Rosellec décédé le 21 nivôse de l’an II (10 janvier 1794)

et de feue Marie Le Guellaff décédée à Plouyé le 20 pluviose de l’an XII (10 février

1804) ...les témoins étant Guillaume Urvoaz 50 ans tuteur et curateur de la

contractante Guillaume Bizouarn journalier 33 ans ami de la même François Conner

cultivateur 60 ans ami du même Guillaume Conner cultivateur 56 ans ami du même

contractant qui tous ne savent signer.

 

Nous notons certaines différences de dates et d’écriture des noms.

 

Le père de Catherine est décédé à 36 ans au village de Gortz en 1794 et, en 1804, elle a

perdu ensuite en moins de 2 mois sa mère, Marie Le Guellaff, qui s’était remariée avec

Jean Jaouennat, sa soeur Marie-Anne Le Guellaff et son beau-père Jean Jaouennat.

 

Catherine Le Rozellec, orpheline, cultivatrice, a sans doute à Plouyé quelques terres et

biens puisque la justice a cru utile de lui adjoindre un tuteur et curateur chargé de les

gérer. Plouyé est une toute petite commune voisine de Poullaouen, vers l’ouest. Elle est

particulièrement isolée et avait la réputation d’être pauvre et bien fournie en landes et

collines de pierrailles incultes, que Dieu lui-même, selon la légende, ne pouvait rendre

fertile ou aplanir.

 

Le fils de François et de Catherine, notre ancêtre François Le Cam, est né le 2 août 1812,

s’est marié avec Marie Troniou le 30 juin 1835 et a eu un premier enfant, Sébastien, le

30 octobre 1837.

 

François Le Cam, maçon, décède à 56 ans le 28 juin 1842, sans doute peu de temps

avant le départ de son fils pour la région nantaise, puisque celui-ci aura à Vallet des

enfants en 1845 et 1847. Mais il faut bien admettre que François, le fils, a fait en 1847 un

retour à Poullaouen, sans doute très momentané, puisque quand Catherine Le Rozellec

meurt à 60 ans, le 6 juin 1847, c’est François Le Cam qui fait pour l’état civil la

déclaration de décès devant le maire de Poullaouen . Marie Troniou et Sébastien Le

Cam, déjà émigrés vers le sud, sont peut-être restés à Vallet, puisque Marie attend une

naissance pour l’automne.


(6) Le Cam François ° 2.06.1812 Poullaouen

+ 4.06.1878 Vallet

x 30.06.1835 Poullaouen

Troniou Marie ° 31.10.1806 Poullaouen

+ 10.10.1857 La Boissière-du-Doré

 

 

 

Voici maintenant l’histoire de l’un de nos plus étonnants ancêtres : François Le Cam né

le 2 juin 1812 à Poullaouen.

 

Il épouse à 23 ans, le 30 juin 1835, Marie Troniou :

 

L’an 1835 le 30 juin à 8 heures du matin à Poullaouen ont comparu François Le Cam,

maçon, 23 ans, né à Poullaouen le 2 juin 1812 et domicilié à Poullaouen, fils majeur de

existant François Le Cam, maçon, 49 ans, présent et consentant, et de Catherine

Rosellec, ménagère, 47 ans, domiciliée en cette commune, et Marie Stevannec Troniou,

journalière, 28 ans, née à Poullaouen le 31 octobre 1806 et domiciliée, fille majeure de

feu Joseph Troniou décédé à Poullaouen le 25 février 1814 et d’Anne Le Naour

décédée à Poullaouen le 17 mai 1808...

ont été témoins : Claude Bourdiec, 43 ans, Jean-Marie-Cadiou, 41 ans, Pierre Bolzec,

29 ans, et Alain Guillemin, 39 ans, tous les quatre employés à la mine.

 

Curieusement, il semble n’y avoir aucun lien de parenté entre les 4 témoins, travaillant

tous à la mine, et les époux. Ce fait nous a rappelé le récit du mariage de Jean-Marie

Déguignet à Ergué-Armel, près de Quimper, le dimanche 4 octobre 1868. “Comme je

l’ai dit, les paysans bretons n’attachent aucune importance à ce mariage civil. Nous

allâmes à la mairie. On avait pris dans l’auberge, parmi les buveurs, quatre individus,

les premiers venus, pour servir de témoins.”. Jean-Marie Déguignet. 1834-1905.

Mémoires d’un Paysan Bas-Breton. An Here. 1998. Il n’est pas impossible que les

choses se soient passées de la même façon pour nos ancêtres de Poullaouen.

 

Pour Marie, nous n’avons que le nom de ses parents.

 

Les nouveaux mariés vivent sans doute très pauvrement. François est un simple maçon et

Marie, qui a perdu sa mère à 2 ans et son père à 8, a donc été très jeune orpheline et a

vécu comme simple journalière jusqu’à son mariage. Ils s’installent non loin du bourg de

Poullaouen, au village d’Hellez-Bervet.

 

C’est là que naît notre ancêtre Sébastien Le Cam, le 31 octobre 1837.

 

François Le Cam, qui déclare son fils à la mairie le lendemain, premier jour de novembre,

en présence de ses voisins de village Guillaume Monot et Guillaume Conner, se dit âgé

de 28 ans, 2 ans après son mariage à 23 !

 

C’est sans doute quelques années plus tard, entre 1840 et 1845, que la vie de François

Le Cam et Marie Troniou a basculé dans l’aventure. Puisqu’aucun document ne nous

aide pour cette période, nous allons devoir imaginer ce qui a pu se passer pour qu’avec

sa famille, un maçon de Poullaouen dans le Finistère, en plein centre Bretagne, et qui ne

parlait sûrement que le Breton du pays Poher, dans la Montagne Noire, se retrouve à

Vallet, à 30 kilomètres de Nantes, vivant de petits travaux, journalier ou cantonnier dans

les communes du vignoble nantais.

 

Et pourquoi ce départ ?

 

Peut-être François Le Cam est-il parti à cause de son emploi. Etre maçon à Poullaouen,

vers 1840, comme beaucoup d’autres ailleurs, n’est pour François Le Cam un gage ni de

richesse ou d’aisance, ni de misère particulière. Mais il peut espérer trouver sur sa route

ou au bout de son chemin un travail plus stable ou meilleur. Apparemment, il n’y

parviendra guère et restera aussi pauvre au sud de la Loire qu’il l’était dans sa commune

natale.

 

A-t-il eu à Poullaouen des problèmes particuliers, familiaux, ou dans ses relations locales,

sociales, à ce point importants qu’ils l’auraient obligé à partir ?

 

Souvent aussi les Bretons ont eu dans leur tête ce petit quelque chose qui les poussait au

voyage et au départ, sur les routes de la mer ou du pays, vers Paris et les grandes villes.

 

Quoi qu’il en soit, voilà un jour François Le Cam, Marie Troniou et leur petit Sébastien

partis sur les routes du sud. Ils ont chargé sur une petite charrette tous leurs biens et

leurs effets, en particulier le petit buffet auquel ils tiennent tant, le buffet breton des Le

Cam. Le sud de Poullaouen, à 10 kilomètres, c’est le gros bourg de Carhaix, qui est la

capitale du pays Poher. François Le Cam connait sûrement depuis longtemps, si près de

chez lui, cette petite ville-carrefour d’où l’on va facilement vers l’ouest, par Huelgoat et

la Montagne, à Quimper et à Brest, vers le nord et Morlaix, vers l’est où se trouvent

Rennes et Paris, la capitale si lointaine, et vers le sud et Nantes où tant de ses

compatriotes s’entassent déjà dans les faubourgs populeux et ouvriers de Chantenay.

 

Et à quelques kilomètres au sud de Carhaix se trouve Port-Carhaix, qui à cette époque

précise, vers 1840, est particulièrement animé. En effet, on est juste en train de terminer

le grand canal qui va joindre Nantes à Brest. Et en 1842, c’est fait, le canal est sans

interruption entre les deux grandes villes livré à la navigation. De Pontivy, par le Blavet

canalisé, on rejoint même Lorient.

 

La construction du canal était un projet très ancien des Etats de Bretagne mais c’est

Napoléon Bonaparte qui va le mettre en chantier concrètement : en raison du Blocus

imposé par les Anglais, il décide de la construction d’un canal reliant les arsenaux de

Brest et de Lorient à celui de Nantes. Commencés en 1806, suspendus en 1814, les

travaux reprendront en 1825 pour s’achever en 1842. Des milliers d’hommes vont

creuser pendant des années, mètre après mètre. Des paysans et des ouvriers à la

recherche d’un travail, mais aussi des prisonniers de guerre espagnols, en 1812, et des

bagnards de Belle-Ile, à partir de 1823, tenteront de résister aux maladies et aux

épidémies sur ces chantiers de “damnés de la terre” Dans la grande tranchée de

Glomel, tout près de Carhaix, ils vont , des années durant, s’échiner à creuser un grand

bief. Ils arrachent à ce paysage, et uniquement à la force de leurs bras, une colline de

23 mètres de haut et de plus de 4000 mètres de long. Ils transportent des centaines de

milliers de mètres cubes de terre, de boue, de schistes, de pierrailles, dans des

brouettes, des tombereaux, et pour terminer, dans des hottes à dos d’hommes, jusqu’à

l’épuisement total. Au total, entre Nantes et Brest, 360 kilomètres canalisés, 236 écluses

construites, une économie activée par la navigation, des ports aménagés. (Pays de

Bretagne. Octobre 1998.)

 

Comment ne pas imaginer que c’est sur cette longue voie d’eau que François Le Cam et

Marie Troniou ont choisi l’aventure et sont parvenus jusqu’à Nantes après un long et lent

voyage que nous pouvons essayer de faire avec eux.

 

Nous sommes donc vers 1843, à Carhaix. La petite ville a été en 1675 au coeur de la

grande révolte paysanne des Bonnets Rouges, tout comme Poullaouen. C’est tout près

de là, au manoir de Thymeur, que le chef des révoltés, Sébastien Le Balp, a été surpris et

exécuté. Une répression féroce s’abat sur toute la Bretagne et la bonne madame de

Sévigné en est toute réjouie. Même les clochers des belles chapelles de campagne sont

punis et abattus par les soldats français aux ordres du roi et des aristocrates qui ont eu si

peur de leurs paysans ignorants.

 

Mais c’est à Port-Carhaix que François Le Cam, Marie Troniou et leur fils Sébastien qui

a maintenant 6 ans arrivent au bord du canal. Un an seulement après l’ouverture totale

du canal, les grandes barques sont déjà nombreuses à naviguer dans les deux sens.

François s’est mis d’accord avec un patron marinier qui descend vers Pontivy : en aidant

aux manoeuvres des écluses et au travail quotidien sur la péniche, il voyagera pour rien.

Il s’occupera des chevaux sur les chemins de halage, il tirera lui-même en s’attelant aux

cordages.

 

On passe lentement dans la grande tranchée de Glomel, à Mellionnec, à Gouarec, dans le

pays de Guerlédan et du Korong. On franchit les écluses doubles de Coat-Nous.

 

Les passagers de la péniche regardent avec curiosité les Forges des Salles de Quénécan.

Vers 1620, les Rohan, propriétaires de la forêt de Quénécan, y ont fait bâtir un véritable

complexe industriel : hauts-fourneaux, fonderies, forges, halles à charbon. Il faut

approvisionner les armées de Louis XIV en boulets de canons. Plus tard, les forges

fourniront le fer des machines agricoles, des tuyaux et des conduites d’eau. A ses débuts,

le canal amène aux forges le minerai nécessaire. On aperçoit aussi en passant l’abbaye de

Bon-Repos, à Saint-Gelven. Voici encore Saint-Tréphime, Saint-Aignan, Stival et la

chapelle Saint-Mériadec.

 

Et puis vient Pontivy, la cité du moine Ivy, première étape importante sur le chemin des

Le Cam. Ce fut d’abord la ville des Rohan, mais celle-ci doit maintenant sa réputation à

Bonaparte qui lui a donné son aspect le plus récent.

 

On entre dans un secteur difficile, autour de Saint-Gonnery. Les manoeuvres des bateaux

sont incessantes : il y a 52 écluses en 20 kilomètres pour passer de la vallée du Blavet à

celle de l’Oust et le bief est alimenté par la rigole d’Hilvern. On arrive enfin à Rohan, fief

de la célèbre famille, avec la belle chapelle de Notre-Dame de Bonne-Encontre, datant de

1510.

 

On descend maintenant la vallée de l’Oust. Et nous voici le long de l’abbaye de

Timadeuc, puis aux Forges, près de la forêt de Lanouée où, comme à Quénécan, il y

avait une célèbre fonderie de boulets et de canons.

 

C’est maintenant l’arrivée à Josselin, avec ses ruelles moyennâgeuses, son église

Notre-Dame du Roncier et, bien sûr, son château bâti le long du canal : fondé en 1025

par Guéthennoc, vicomte de Porhoët, qui lui donna le nom de son fils, Josselin de Rohan,

porté depuis sans aucune interruption par les maîtres du château.

 

Le voyage reprend par Saint-Gobrien et Malestroit où la famille Le Cam peut voir avec

curiosité les maisons du Singe, du Pélican, de la Truie qui file, et l’ombre du mécréant

Voltaire se profiler au soleil couchant sur les murs de l’église paroissiale.

 

Voici maintenant la traversée des landes de Lanvaux, l’Ile-aux-Pies, les Iles aux Geais,

aux Canards, aux Corbeaux, avant le passage des marais du Mortier de Glénac, qui nous

conduisent aux portes de Redon.

 

Redon justifie sa réputation : ker bihan, brud vraz : petite ville, grand renom. Ici le canal

croise la Vilaine par un double jeu d’écluses. On passe sous le pont de la Digue, ou de la

Mée, et l’on aperçoit le clocher roman de l’abbatiale Saint-Sauveur.

 

Pour la famille Le Cam, la dernière partie du voyage arrive : on remonte maintenant

l’Isac avec Fégréac et le pont Miny, Guenrouet, Blain et son grand château de la

Groulais, dernier symbole sur leur longue route de la puissance ancienne des Rohan.

Voici encore le bief de Bout-de Bois, alimenté par la rigole de Vioreau et creusé en 1812

dans des conditions horribles par les prisonniers espagnols du camp des Jarriais.

 

Et puis tout à coup, voici la dernière écluse : celle de Quiheix. La péniche des Le Cam se

présente sur le grand plan d’eau calme des plaines de Mazerolles : nous sommes

maintenant sur l’Erdre, la plus belle rivière de France, aux portes de Nantes. Un pont,

celui de Sucé, et un grand défilé de superbes châteaux : la Guillonnière, la Baraudière, la

Couronnerie, la Gascherie, la Poterie, la Desnerie. Mais on sent à la largeur du fleuve

que le voyage se termine. Voici les faubourgs de la grande ville. Et le bateau s’arrête le

long d’un quai, entre deux rangées d’immeubles, juste devant l’écluse de Madame.

 

La famille Le Cam se retrouve sur le quai, un peu étourdie par l’animation ambiante, le

trafic du port, la circulation, les cris poussés dans une langue qu’ils comprennent mal. Ils

retrouvent devant un café quelques compatriotes qui les aident. Ils restent à Nantes

quelques jours sans trouver de travail intéressant et stable.

 

Un jour, quelqu’un leur affirme que vers le sud, dans la campagne, dans le vignoble de

Vallet, on trouve à s’embaucher plus facilement que dans la ville. Ils repartent donc à

pieds avec leur charrette, mais ils sont maintenant fatigués de leur errance, ils savent

qu’ils sont au bout de leur chemin. Ils posent leurs maigres bagages dans la capitale du

muscadet. Le rêve est fini. Une autre vie commence.

 

François ne trouve que de petits emplois : journalier, cantonnier communal à Vallet,

peut-être tenancier de café vers la fin de sa vie, logé à la Chapelle-Heulin, la

Boissière-du-Doré, et le plus souvent dans le bourg de Vallet. Il n’est pas sûr qu’on parle

vraiment bien le français dans la famille, nous l’avons déjà dit. En effet, l’orthographe du

nom Le Cam change à leur arrivée à Vallet. On trouvera maintenant, dans les actes d’état

civil, les formes Lecamme, Lecame ou Lecam en un seul mot, sans que François, qui ne

les signe pas souvent, y trouve à redire. Ainsi, au recensement de 1846, alors qu’il vient

de s’installer dans la commune, il se laisse appeler Joseph Lecam sans broncher, il se dit

âgé de 36 ans , alors qu’il en a 34, il aurait aussi le même âge que Marie Lecam, sa

femme, qui en a en réalité 6 de plus que lui, et ne donne pas le nom de jeune fille de

celle-ci : Troniou, un peu comme s’il n’avait pas très bien compris les questions que

l’agent lui pose pour l’identifier. Il y a aussi à la maison un petit Joseph Lecam, âgé de 6

ans, une petite Marie, âgée d’un an, mais pas trace de Sébastien, pourtant bien né à

Poullaouen en 1837, et qui a donc 9 ans. Y a-t-il eu confusion ? Joseph Lecam, 6 ans,

est-il en réalité Sébastien, resté un peu chétif. Celui-ci aurait-il déjà été placé dans une

ferme des environs ? Tout est possible.

 

François Le Cam et Marie Troniou ont à Vallet 2 autres enfants :

 

-Marie Eugénie Lecam, née le 4 juin 1845, qui est donc bien la petite Marie du

recensement de 1846.

 

-Joseph Lecamme né le 8 novembre 1847 et décédé à 2 ans le 6 décembre 1849.

 

Pourtant il n’est pas certain que François Le Cam ait déjà épuisé sa soif de voyage, sa

nostalgie du pays natal, son désir de revoir sa famille ou ses amis bretons. Ou bien a-t-il à

Poullaouen quelques affaires à régler ? Toujours est-il que très curieusement on le

retrouve en basse Bretagne en juin 1847 lors du décès de sa mère.

 

Il revient rapidement dans la région nantaise. Il est bien à Vallet en novembre pour la

naissance de son fils Joseph.

 

Les Le Cam vont ensuite habiter quelque temps à la Boissière-du-Doré, sans qu’ils

figurent jamais sur les tableaux de recensement de cette petite commune située à

quelques kilomètres au nord de Vallet mais c’est bien là que Marie Troniou décède

quelques années plus tard :

 

L’an 1857, le 10 octobre à 10 heures du matin, devant nous Rousselot maire officier de

l’état-civil de la commune de la Boissière canton du Loroux, sont comparus François

Lecame, âgé de 46 ans, cantonnier, domicilié au bourg de cette commune, époux de la

défunte ci-après et Jean Hortion âgé de 35 ans tisserand domicilié au dit bourg, voisin

de la défunte ci-après, lesquels nous ont déclaré que ce matin à trois heures Marie

Troniou âgée de 50 ans née de la commune de Poullaouen (Finistère) fille de feus

Joseph Troniou et de Marie Flot domiciliée de ce bourg est décédée en sa maison ...

 

L’acte pose problème, moins en ce qui concerne l’orthographe des noms et les âges,

toujours incertains, que sur l’identité de la mère de la défunte, appelée ici Marie Flot, et

qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Peut-être faut-il tenir compte de la compréhension ou

de la mémoire toujours peu sûres de François Le Cam.

 

Celui-ci s’en va alors habiter au bourg de la Chapelle-Heulin.

 

Le 15 octobre 1859, François Le Cam, âgé de 47 ans, cantonnier, domicilié au bourg de

la Chapelle-Heulin, du côté sud de la grande rue, épouse à Vallet Marie Luneau, âgée

de 52 ans, née le 27 octobre 1807 à la Remaudière, journalière, domiciliée au Pas, à

Vallet, fille de Pierre Luneau et de Françoise Grasset, veuve de Pierre Arnaud depuis

1855. Un contrat de mariage est signé le 8 septembre 1859 chez maître Gautreau, notaire

à Vallet.

 

Cette seconde épouse de François Le Cam meurt à la Chapelle-Heulin le 28 mars 1860.

 

Le 14 juin 1862, François Le Cam épouse en troisièmes noces, à 50 ans, Jeanne Lusseau,

journalière, célibataire, née à la Pilotière, à Vallet, qui a le même âge que lui, et qui est

domiciliée au bourg, fille de Pierre Lusseau et de Louise Amiot. Un nouveau contrat est

signé chez Maître Gautreau le 10 juin 1862.

 

François Le Cam et Jeanne Lusseau vivront alors au bourg de Vallet, peut-être dans la

maison de Jeanne, et François Le Cam est recensé en 1866 comme cantonnier, en 1871

comme journalier et en 1876 comme tenancier (de café ?), toujours en compagnie de

Jeanne Lusseau, journalière.

 

La riche histoire de François Le Cam se termine en 1878.

 

L’an mil huit cent soixante dix huit le quatre juin à quatre heures et demie du soir par

devant nous Vincent Emile maire officier de l’état civil de la commune de Vallet

chef-lieu de canton arrondissement de Nantes département de la Loire-Inférieure sont

comparus Lecam Sébastien âgé de 40 ans fils du défunt et Mary Jules tisserand âgé de

22 ans non parent du défunt les deux domiciliés séparément au bourg de Vallet lesquels

nous ont déclaré que ce jour à quatre heures du soir Le Cam François cultivateur âgé

de 66 ans né à Poullaouen (Finistère) et domicilié au bourg de Vallet fils de feus

François Le Cam et de Rosellec Catherine veuf de Troniou Marie et de Luneau Marie

époux de Lusseau Jeanne Joséphine cultivatrice domiciliés au dit bourg de Vallet y est

décédé en sa demeure ainsi que nous nous en sommes assurés lecture faite du présent

acte aux comparants nous l’avons signé avec eux deux enquis les dits jours mois et ans.

 

Tout compte fait, cet acte final est un bon résumé de la vie de François Le Cam

(1812-1878).


(5) Le Cam Sébastien ° 30.10.1837 Poullaouen

+ 28.02.1888 Vallet

x 15.07.1873 Vallet

Subileau Marguerite ° 16.09.1844 Vallet

+ 4.04.1914 Vallet

 

 

 

Avec ses parents François Le Cam et Marie Troniou, Sébastien Le Cam est un immigrant

breton parvenu au pays nantais aux alentours de 1845. Il est en effet né à Poullaouen le

30 octobre 1837 au petit hameau d’Hellez Bervet, à l’est du bourg, mais proche de

celui-ci.

 

L’an mil huit cent trente sept, le premier novembre à midi par devant nous ...maire

officier de l’état civil pour la commune de Poullaouen canton de Carhaix

arrondissement de Châteaulin est comparu François Le Cam maçon âgé de vingt huit

ans domicilié à Hellez Bervet lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin né hier

à deux heures du soir de lui déclarant et de Marie Troniou son épouse âgée de trente

ans auquel enfant il a déclaré vouloir donner le prénom de Sébastien les dites

présentation et déclaration faites en présence de Guillaume Monot âgé de quarante

deux ans et de Guillaume Conner âgé de quarante ans cultivateurs domiciliés à Hellez

Bervet et ont les déclarans affirmé ne savoir signer le présent acte après lecture.

 

Nous avons vu au chapitre précédent comment il a dû, tout jeune, faire le long trajet de

Poullaouen à Nantes pour venir s’installer dans la région de Vallet, sans doute dans des

conditions précaires.

 

Mais comment peut-il recréer des racines avec le handicap de l’émigration, de la langue,

d’une intégration sociale certainement difficile à réaliser ?

 

Probablement, le jeune Sébastien est-il placé aussitôt comme domestique dans les fermes

de la commune car nous ne le retrouvons pas chez ses parents dans la plupart des

recensements, y compris en 1846, alors qu’il n’a que 9 ans. En 1851, à 14 ans, il est

cultivateur domestique, appelé Bastien Lecam, à la Basse-Charrouillère, tout près du

bourg. En 1866, Bastien Lecamme, 28 ans est domestique chez Pierre Merlaud et Marie

Vilaine, un couple de 52 ans, sans enfants, au village du Landreau, à Vallet.

 

Cette errance continuelle a sans doute valu à Sébastien Le Cam, à tort ou à raison, une

réputation peu flatteuse d’instabilité ou d’homme coureur qui lui est restée jusqu’à nous,

de façon assez vague, dans les mémoires les plus anciennes.

 

A 36 ans, assez âgé donc, il épouse Marguerite Subileau, qui à 29 ans, est plus jeune que

lui de 7 ans :

 

Le 15 juillet 1873 ont comparu Sébastien Lecam cultivateur né à Poullaouen le 31

octobre 1837 fils de François Lecam âgé de 62 ans, présent, et de Marie Troniou

décédée le 10 octobre1857 et Marguerite Subileau, née le 16 septembre 1844 au

Gué-Gautier à Vallet, domiciliée au bourg, fille de Joseph Subileau décédé au

Gué-Gautier à Vallet le 26 février 1870 et de Marie Hervouet, 64 ans, cultivatrice, ...

 

L’un des témoins est Théophile Boisard, beau-frère de l’époux, domicilié à Angers, sans

doute le mari de la jeune soeur de Sébastien, Marie, née en 1845 à l’arrivée de ses

parents à Vallet, la tante d’Anjou, couturière, aux belles toilettes, dont parle Joseph

Couvrand dans son récit.

 

Marguerite Subileau est la fille de Joseph Subileau et Marie Hervouet, mariés en 1838 à

Vallet, agriculteurs au Gué-Gautier, non loin du cimetière. Elle n’a qu’un frère, Joseph.

Les grands-parents sont Louis Subileau et Marie-Françoise Lore d’une part, mariés en

1798, Martin Harrouëtte et Jeanne-Marie Brebion, de Mouzillon, d’autre part. Les

Subileau, eux, sont originaires de Gesté, commune proche mais située dans le

Maine-et-Loire. La famille Lore (ou Lorres, Laure) est typiquement valletaise. Un village

de la commune porte ce nom de famille, près de la route de la Chapelle-Heulin, et le père

Laure, bénédictin, a écrit il y peu de temps avec Jean de Malestroit une histoire de la

commune de Vallet. On trouve des mariages Lorres / Etesse en 1757, Lorre / Boisseau,

Etesse / Luneau en 1735.

 

Sébastien Le Cam reste toute sa vie domestique, ouvrier agricole. La famille habite dans

le bourg, rue Chéneau, une ruelle en pente proche de l’église paroissiale, en direction du

cimetière.

 

Deux filles naissent :

 

-1)-Marguerite Elisa Marie, le 17 juillet 1876, déclaration de naissance faite par

Sébastien, qui se dit âgé de 40 ans, et qui signe l’acte d’état civil, d’une curieuse écriture

très enfantine : lecam , où le l , le e et le c , en lettres séparées, ont exactement la même

forme. Manifestement, Sébastien Le Cam a fait un gros effort scolaire et n’est pas

familier de l’écriture, ni sans doute de la lecture. Jean Grimaud, 47 ans, cordonnier au

bourg de Vallet, oncle de l’enfant du côté maternel, est également présent, peut-être

pour encourager le père. L’officier d’état civil, (ou l’employé aux écritures), s’est

d’ailleurs trompé de nom de famille dans la notation marginale et a écrit, avant de rayer

et de se corriger : Subileau au lieu de Le Cam, comme si pour lui inconsciemment le nom

du père comptait moins que celui de la mère, valletaise d’origine et sûrement mieux

connue à la mairie. Cependant Marguerite, le premier enfant de Sébastien Le Cam et

Marguerite Subileau, décède deux jours plus tard, le 19 juillet, et la déclaration est faite

par les mêmes témoins. Sébastien signe à nouveau.

 

-2)-Marie Joséphine Marguerite, notre ancêtre, née le 14 janvier 1878, déclaration faite

par Sébastien Le Cam, le père, François Le Cam, le grand-père, quelques mois avant son

décès, et Prosper Martel, le propriétaire, tous du bourg de Vallet. Sébastien ne signe

plus, contrairement à son père.

 

Pas d’autres enfants. Marie, seule, notre grand-mère; a survécu, de la lignée valletaise

des Le Cam.

 

Et un mystère subsiste donc : qui est cette Marguerite Le Cam régulièrement

comptabilisée dans les recensements de Vallet, en plus de Marie, âgée de 5 ans en 1881,

10 ans en 1886, 16 ans en 1891, si la fille de Sébastien Le Cam et de Marguerite

Subileau, Marguerite Elisa, née en 1876, est bien décédée 2 jours après sa naissance,

comme les actes l’attestent ? Une autre enfant adoptée à la sauvette ? Ou bien les

malheureux parents font-ils semblant de croire que Marguerite est toujours vivante ?

 

Dix ans après son père François Le Cam, Sébastien meurt à 50 ans en 1888. Joseph

Couvrand racontant l’histoire et les souvenirs de sa mère Marie Lecam, qui était la fille

de Sébastien, écrit : “son père, ouvrier agricole, était un Breton plus ou moins

cantonnier. Il s’est tué à la tâche : une pneumonie. Il avait bu de l’eau froide ! “. De

l’eau froide au pays du muscadet, voilà ce qui a été fatal, dirait-on, à Sébastien Le Cam,

au moins autant que sa pneumonie ! .

 

L’an mil huit cent quatre vingt huit le vingt huit février à sept heures du matin par

devant nous Ménager Joseph maire officier de l’état civil de la commune de Vallet

chef-lieu de canton arrondissement de Nantes département de la Loire-Inférieure sont

comparus Joseph Subileau cultivateur âgé de quarante-six ans demeurant au

Gué-Gautier en Vallet beau-frère du défunt et Mary Jules tisserand âgé de trente-deux

ans non parent du défunt demeurant à Vallet, lesquels nous ont déclaré que ce jour à

une heure du matin Le Cam Sébastien cultivateur âgé de cinquante ans né de la

commune de Poullaouen (Finistère) domicilié à Vallet fils de feus Le Cam François et

de Troniou Marie époux de Subileau Marguerite Anne cultivatrice domiciliée à Vallet, y

est décédé en sa demeure ...

 

Marguerite Subileau reste seule. En 1904, elle assiste au mariage de sa fille Marie avec

Jean-François Couvrand à Nantes, et on lui demande de certifier le changement

d’écriture dans les actes d’état-civil : Le Cam pour son mari Sébastien, devenu Lecam

pour sa fille.

 

Elle décède le 4 avril 1914, à l’âge de 70 ans, en son domicile, au village de la

Chalousière.

 

Mais Vallet restera en quelque sorte un point de repère familial pour les Couvrand /

Lecam qui y ont encore leurs sépultures.

 

Longtemps après, en 1943, à la suite des bombardements de Nantes, Joseph Couvrand,

Fernande Audrain et leurs enfants se réfugieront là, chez leurs cousins Favreau, au

hameau de l’Allier, près des Courrères.

 

Et, par un curieux hasard, quand en 1999 Fernande Audrain retourne pour la première

fois à l’Allier pour revoir les lieux, la voisine qui nous accueille s’appelle madame

Lecam.

 

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