FAMILLE DOUET

 

Douet

 

 

 

Le nom de famille Douet est le plus souvent un nom de village, de lieu-dit, surtout dans

l’Ouest. Il est issu du latin ductus et signifie : un courant d’eau, une source, un lavoir.

 

Certains chercheurs le rapprochent du mot douve. En vieux français, on appelait ainsi les

planches disposées en rond qui formaient le corps du tonneau, le fond, et qu’on faisait

tenir avec des cercles en bois de châtaignier puis de métal autour des douelles, tous ces

mots ayant la même origine. La douve a aussi désigné le fossé qui sert à évacuer l’eau à

la limite des champs, puis il est devenu un terme de fortification, les douves du château

alimentées par des sources.

 

En breton on a suivant les endroits : douvez, dovez, doz. Un retranchement romain à

Baud dans le Morbihan, et un autre à Quistinic, sont dits : En Douez. Le z terminal a

souvent disparu pour donner : doué, dans le sens de lavoir ou de ruisseau. On dit même :

douet, et l’on fait sentir le t . Doué et douet sont d’usage courant entre le Morbihan

bretonnant, les provinces gallaises jusqu’au nord de la Vendée et l’Anjou. On trouve par

exemple dans le Morbihan : la Doué, hameau de Guer, une fontaine des Douets à Grand-

Champ, le Doué de Roche, nom d’un ruisseau d’Augan, où l’on note aussi une Croix du

Douet et un pont du Grand Doué.

 

Dans le Maine -et-Loire, on a une commune qui s’appelle Doué-la-Fontaine, et dont le

nom est un pléonasme puisque les deux mots ont exactement le même sens. Il est permis

de supposer qu’en cette petite ville, remarquable par le nombre de ses sources, il y eut

d’abord le Doué d’ascendance gauloise et qu’on lui ajouta par la suite la Fontaine quand

fut perdu le sens du Doué. ( d’après Mikael Briant, Les Toponymes bretons de Lorient ).

 

On trouve encore ce nom dans d’autres noms de villages, de communes : le Douhet en

Charente-Maritime, le Douet en Normandie, à Saint-Sébastien et Port-Saint-Père en

Loire-Atlantique, la Doix, la Douix en Côte-d’Or. La forme du nom peut varier :

Douette, comme forme féminine, Douhet, Douis, Douix, Douy, Douetteau, forme

diminutive : petite source, Douetil, en Normandie, venant du latin ductile, Dudouet.

C’est un nom surtout porté dans l’Ouest, en Loire-Atlantique, et, dans ce département,

en région nantaise et dans les cantons de Riaillé, Ligné, Nort-sur-Erdre,

Guémené-Penfao, et plusieurs autres. (d’après le dictionnaire étymologique des noms de

familles de Marie-Thérèse Morlet).

 

Il y a actuellement 1100 familles Douet en France et près de 200 en Loire-Atlantique.


(11) Douëtte Guillaume °

+

x 10.02.1667 à Couffé

Atimon Françoise °

+

 

 

 

Vers 1640, nos ancêtres Douet les plus lointains cités dans les archives départementales

étaient “laboureurs à bras” au lieu-dit la Boissenotière à Couffé.

 

C’est un village situé à 500 mètres au nord de l’actuelle autoroute Nantes-Angers, juste

avant qu’elle franchisse la profonde coupure de la vallée du Hâvre, un petit cours d’eau

qui rejoint la Loire au pied de la tour d’Oudon, à 3 kilomètres au sud.

 

A plus de trois siècles de distance, nous pouvons encore facilement imaginer

l’environnement géographique de Guillaume Douëtte, l’Ancien de la famille. Le paysage

qu’il a sous les yeux n’a pas changé depuis et il est magnifique.

 

La Loire, le grand fleuve qui coule vers Nantes, est toute proche au sud, derrière les

coteaux d’Oudon, et Guillaume la connaît sûrement bien. Le ruisseau du Hâvre, qui en

amont s’appelle le Donneau, vient de Maumusson et est passé à Pannecé, Teillé, Couffé,

pour arriver dans le bourg d’Oudon, après un cours d’une trentaine de kilomètres. C’est

un joli petit cours d’eau qui serpente en nombreux méandres dans des prés bas, des

prairies vertes et humides. Mais à partir de Cope-Choux et de la Butte-des Tertres, entre

Mouzeil et Mésanger, sa vallée devient très encaissée, comme une sorte de canyon, et

elle entaille profondément le plateau jusqu’à la Loire. Au village de la Boissenotière,

altitude 56 mètres, Guillaume se trouve au bord de ce plateau, à 50 mètres au-dessus de

la rivière et de son petit affluent du Moine, qu’on atteint par des pentes très raides.

 

Pour l’administration, la justice, Guillaume dépend de l’ancienne seigneurie d’Oudon,

dont on pourrait presque apercevoir la grande tour, au sud, dans le trou de la vallée.

C’est la famille noble des Malestroit qui a autrefois construit et tenu le château et la tour,

dans ce lieu stratégique. Sur une petite colline au-dessus de la rivière, les ruines du

château de la Vieille-Cour rappellent l’ancienne châtellenie. On est à la limite sud de la

Bretagne, face aux forteresses de Champtoceaux, de l’autre côté de la Loire, en Anjou.

 

Mais la paroisse dont dépend Guillaume, c’est Couffé, à plus de 3 kilomètres au

nord-ouest. Dans les environs immédiats de ce petit bourg se dressent trois châteaux

connus : celui de la Contrie, où naîtra Charette, le chef vendéen, en 1763, le château de

la Villejégu, qu’on aperçoit dans un grand parc, à la sortie du bourg, sur la route

d’Oudon, et le château de la Roche, plus au nord, qui doit son nom aux grands chaos

rocheux des Mainberthes. La légende raconte que :

 

“les Mainberthes étaient des fées bienfaisantes qui s’introduisaient par les cheminées

chez les malades pour faire le travail à leur place : filer la quenouille, ranger ou

donner le biberon au nouveau-né. Pour se reposer, elles s’asseyaient sur le trépied qui

ne devait jamais être trop chauffé, sinon les fées risquaient de se venger. Elles

pouvaient aussi prêter, pour les travaux des champs, deux boeufs noirs, Taupin et

Mouraou, moyennant une petite pièce d’argent glissée dans la courbetonnière (cavité

dans le joug des boeufs où s’insérait le courbeton, pièce de fer servant à l’attelage),

faute de quoi le travail accompli disparaissait tout seul.” (Guide Gallimard).

 

A peu de distance de la Boissenotière, au milieu des vignes, se dresse aussi le menhir de

la Pierre-Blanche. On raconte que la grande pierre dressée tourne toute seule sur

elle-même, à minuit, une fois par an. Guillaume et sa famille connaissent sûrement ces

vieilles légendes locales

 

Dans ce riche environnement, Guillaume Douëtte et Françoise Atimon sont laboureurs à

bras. Ils n’ont pas de terre à eux, seulement leurs bras, leur force de travail à proposer.

Pas de chevaux ni de boeufs. Peut-être un jardin, une petite tenure louée autour d’une

chaumière. Ils se gagent dans les fermes de la paroisse pour les travaux saisonniers. Ils

sont domestiques, ouvriers agricoles, sans biens et sans richesses, ils dépendent

complètement des autres pour le travail.

 

On ne connaît pas les parents de Guillaume, ils n’assistent pas à son mariage, en 1667,

sans doute parce qu’ils sont déjà décédés. Mais on peut imaginer sans trop de risque de

se tromper qu’ils avaient vécu non loin de là et de la même façon que leur fils. En

revanche, les parents de Françoise sont bien là : Pierre Atimon et Honorée Rouxeau, de

la Gruère, à 200 mètres de chez Guillaume, paroisse de Couffé, sont nommés sur l’acte

de mariage.

 

Nous voici donc en 1667.

 

Guillaume a sans doute entre 20 et 30 ans. Il est né vers 1640. Ses parents ont peut-être

connu le règne du bon roi Henri IV, mort en 1610. Mais lui, Guillaume, s’il est né et s’il

a vécu dans sa jeunesse au temps de Louis XIII, des Mousquetaires, de Richelieu, de la

Fronde, de la bataille de Rocroi (1643), il est surtout un contemporain du Roi-Soleil,

Louis XIV.

 

Et donc ce jour-là deux mariages sont célébrés à Couffé.

 

Le quinziesme jour de février 1667 Pierre Menoret et Renee Douëtte apres publication

de bans et dispense des deux autres pour le dit Menoret et en presence de Rene et de

Claude Douëtte freres de la mariee et de grand nombre d’autres parents et amis qui ne

signent ....

 

Le mesme jour Guillaume Douëtte et Françoise Atimon après la ceremonie ordinale

...en presence de Jan Douëtte frere du marie et de Pierre Atimon et Honorée Rouxeau

pere et mere de l’espouzee ont reçu la benediction nuptiale en face l’eglise par nous

soussigne....

 

Tous les Douëtte nommés dans les deux mariages étaient-ils frères et soeurs ? Ce n’est

pas impossible.

Le texte n’est pas facile à lire et à comprendre.Quoi qu’il en soit la fête dut être belle

puisque les amis étaient nombreux. Les parents les plus proches étaient là.

 

Un enfant arrive rapidement.

 

1)-Le vingt-sixieme jour de decembre 1667 a ete baptisee Marie fille de Guillaume

Douëtte et Françoise Atymon sa femme furent parrain Rene Perray et marraine Jeanne

Atymon.

 

2)-Puis vient en 1671 Mathurin Douet, mort la même année, dont les parrains furent

Rene Rouxeau, veuf, Pierre Atymon, de la Gruère, et Pierre Fouchard.

 

3)-Le 11 juin 1672 naît René Douet , la marraine étant Jeanne Baudouin et le parrain

René Douet. Ce garçon se mariera le 2 juillet 1696 à Couffé avec Mathurine Huteau.

 

4)-Le quatrieme jour d’avril mil six cent soixante seize a ete par moy baptisee Renee

Douet fille de Guillaume Douet et de Françoise Atimon sa femme la dit enfant nee du

meme jour laboureur a bras demeurant au village de la Boissenotiere a ete parrain

Rene Douet non marie et marraine Janne Baudouin femme de Rene Perray laboureur

qui ont dit ne scavoir signer.

 

On remarque que l’orthographe des noms est très variable suivant les actes.

 

D’autres enfants sont nés à des dates encore indéterminées :

5)-Estienne, qui épousera à Couffé le 21 février 1696 une certaine Mathurine Douet,

peut-être parente.

 

6)-Puis vient Guillaume, le second, notre ancêtre de la génération suivante.

 

le quatrieme jour de juillet mil six cent quatre vingt a été baptisé Guillaume fils de

Guillaume Douet laboureur a bras au village de la Boissenotiere et de Françoise

Atimon a ete parrain Guillaume Jamot et marraine Françoise Perray

 

Il est évidemment difficile d’imaginer la vie de ces gens si éloignés de nous, on ne

connaît pas leur apparence physique, leur caractère, leurs goûts, leur façon de voir la vie

et de juger le monde qui les entoure. Ce monde est sûrement dur. Il y a les mauvaises

récoltes qui reviennent périodiquement, provoquées par un hiver rigoureux, un été

pourri, les épidémies de thyphoïde, de variole, de dysenterie, de peste ( qui a encore sévi

dans le pays en 1668) . De plus, les paysans français de l’ époque paient chèrement par

leurs impôts les rêves de grandeur du Roi, la construction de Versailles, et les guerres

continuelles de Louis XIV.

 

Les échos de la grande révolte des paysans bretons, la révolte des Bonnets Rouges, en

1675, sont-ils parvenus jusqu’à Couffé ? Ce n’est pas impossible, même si le pays nantais

n’a pas beaucoup bougé. De nouvelles taxes ont fait brusquement se lever le petit peuple

de Basse-Bretagne, du côté de Carhaix, Châteaulin, Quimper et Pontivy :

 

poussé à la révolte par les exactions que leurs seigneurs leur avaient faites et les

mauvais traitements qu’ils en avaient reçus n’ayant pour eux pas plus de considération

que pour des chevaux.

 

Les révoltés ont l’audace de rédiger un nouveau Code Breton :

 

“les droits de champart et corvée prétendus par les gentilhommes seront abolis”.

 

Dans la ville même de Nantes, la révolte éclate le 22 et 23 avril 1675. Un valet d’auberge

bas-breton, Goulven Salaün, sonne le tocsin, les bureaux du timbre fiscal sont pillés. Des

femmes encouragent les émeutiers et l’une d’elle, Michelle Roux, dite l’Eveillonne, la

femme d’un menuisier, est arrêtée et emmenée au château. Les manifestants s’emparent

de Monseigneur de la Baume le Blanc, l’évêque de Nantes, sorti de son évêché pour

apaiser les troubles et le gardent en otage dans la chapelle Saint-Yves. Le gouverneur de

la ville fait libérer la prisonnière et le calme revient. Le gouverneur de Bretagne, le duc

de Chaulnes, arrive à Nantes et le bureau de la ville, le Conseil Municipal, proteste de sa

fidélité au souverain. La révolte ne serait l’oeuvre que de la populace, des mendiants, de

petits artisans et boutiquiers hostiles aux nouveaux impôts. Les gros marchands de la

Fosse, les bourgeois, les gentilshommes sont restés fidèles au pouvoir. Seul Goulven

Salaün est donc condamné et pendu, et comme il n’est pas nantais, la ville ne bouge pas.

 

Mais dans toute la Bretagne, la révolte continue.

 

C’est trop : 10000 hommes de troupe sont envoyés en Bretagne, depuis Nantes et

Rennes. La répression est terrible.

 

“Voulez-vous savoir des nouvelles de Rennes ? Il y a toujours 5000 hommes, car il en

est venu encore de Nantes... Cette province est un bel exemple pour les autres et surtout

de respecter les gouverneurs et les gouvernants, de ne leur point dire d’injures...On a

chassé et banni toute une grande rue et défendu de les recueillir sous peine de vie, de

sorte qu’on voit tous ces misérables, femmes accouchées, vieillards, enfants, errer en

pleurs au sortir de cette ville sans savoir où aller, sans avoir de nourriture ni de quoi se

coucher... On en a pris 60 : on commence à pendre demain...Tout y est plein de gens de

guerre, et il s’en écarte qui vont chez les paysans, les volent, les dépouillent... Pour nos

soldats, ils s’amusent à voler, ils mirent l’autre jour un petit enfant à la

broche...(Madame de Sévigné).

 

Les arbres commencent à se pencher sur les grands chemins du poids qu’on leur donne.

(M. de Chaulnes; gouverneur de Bretagne).

 

Rien ne dit que Guillaume et Françoise aient eu connaissance de ces événements pourtant

proches d’eux. Mais leurs problèmes ne devaient pas être très différents de ceux des

paysans de Bretagne.

 

En 1685, le Roi signe la révocation de L’Edit de Nantes. Nos ancêtres ne sont sûrement

pas touchés par cet acte d’autorité et d’intolérance car ils sont apparemment bons

catholiques, mais près de chez eux; de Nantes à Sucé, le long de l’Erdre, jusqu’à Blain et

au Gavre, tout un foyer de protestantisme actif et influent est concerné par ce retour de

l’épuration religieuse.

 

Guillaume et Françoise meurent vers la fin du siècle. Quand ses enfants Estienne et René

se marient en 1696 et 1697, Françoise est déjà décédée, et lors du mariage de Guillaume,

le second, en 1704, Guillaume, l’ancien, lui aussi, est parti. Ils sont sans doute morts

entre 50 et 60 ans.

 

Louis XIV, le Roi-Soleil, règne toujours sur la France.


(10) Guillaume Douëtte ° 4.07.1680 Couffé

+

x 10-01-1704 à Mouzeil

Louyse Rupaud ° 29.09.1683 Mouzeil

+

 

 

 

Vers 1700, dans son jeune âge, Guillaume, le fils de notre ancêtre, pouvait-il être autre

chose qu’un domestique de ferme ?

 

On peut l’imaginer, suivant les années et les saisons, travaillant pour des laboureurs plus

aisés que ses parents, des fermiers ou des métayers, dans les fermes de la région de

Couffé, et peut-être, si nécessaire, dans les paroisses voisines, Oudon, Saint-Géréon,

Mésanger, Mouzeil, Ligné.

 

Ainsi, ses déplacements l’ont sans doute un jour amené vers le sud de la paroisse de

Mouzeil, dans les environs du village très isolé de Belland. Ici, les paysages sont plats, le

relief peu prononcé. A l’époque :

 

Dans la paroisse de Mouzeil, les landes l’emportent sur les labours et les pâturages.

Depuis quelques années, les habitants ont commencé à défricher, mais avec si peu

d’activité qu’il est à croire qu’ils n’iront pas bien loin.

 

La paroisse dépend de la juridiction des Hommeaux, qui siège au village de la

Chapelle-Breton. Mais l’ancienne seigneurie des Hommeaux; avec son moulin banal,

était située le long de la route de Nort-sur-Erdre à Ancenis, sur les hauteurs entre le

Boulay et la Richerais.

 

Au village de Belland vit la famille Rupaud. Macé Rupaud et Julienne Le Compte sont

laboureurs. Ils louent sans doute une terre, et, sans être bien riches, jouissent d’une

honorable réputation. Ils entretiennent de bonnes relations avec les petits notables de la

paroisse de Mouzeil qui n’hésitent pas à leur témoigner leur amitié lors des cérémonies

de baptêmes et de mariages.

 

Les Rupaud ont plusieurs filles : Julienne, née en 1668, dont le parrain est maître Louis

Bourgeois, Jeanne, née en 1672, Perrine, née en 1677, Françoise, née le 29 avril 1680.

Trois ans plus tard naît une autre fille :

 

-le vingt neuvieme jour de septembre 1683 j’ay soussigné baptisé dans l’église de

Mouzeil Louyse fille de Macé Rupaud et de Julienne Le Compte fut parrain Guérin, L.

Estourneau et marraine Louyse Rouxeau qui ne scavent signer signé Bouchard

 

Y a-t-il parenté entre la marraine, qui choisit de donner son prénom à la petite Louyse, et

Honorée Rouxeau, la mère de Françoise Atimon ? Ce n’est pas sûr. Il est vrai que le

patronyme Rouxeau est vraiment très fréquent dans la région.

 

Nous n’avons pas retrouvé de garçon chez les Rupaud.

 

Julienne Le Compte décède le 2 octobre 1695. Louyse a 12 ans.

 

S’il n’y a pas d’homme pour reprendre la ferme chez les Rupaud, ce serait, en plus de

son amour pour Loüyse, une bonne raison pour eux de savoir accueillir dans leur famille

ce Guillaume Douëtte, qui habite et travaille dans le quartier, peut-être chez eux déjà, qui

doit être un solide travailleur et, tout compte fait, un honnête, sinon riche parti pour leur

dernière fille.

 

La noce est sûrement belle et réunit la famille, avec toute la bonne compagnie de Belland

et de la paroisse.

 

Le dixième jour de janvier mil sept quatre ont été reçu à la bénédiction nuptiale par

moy recteur soussigné Guillaume Douëtte fils mineur de défunts Guillaume Douëtte et

de Françoise Atimon ses père et mère d’une part décrété de justice par la juridiction

d’Oudon et Loüyse Rupaud fille de Macé Rupaud et de défuncte Julienne Lecompte

d’autre part les deux de cette paroisse après les fiances faites et les trois proclamations

de leur futur mariage aux prônes de nos grand-messes par trois jours de fêtes ou

dimanches consécutifs sans connaissance d’empêchement canonique.

Etaient présents au mariage

Claude Foncon Olivier Briand Désiré Lecompte Louys Davy Mathurin Aubry Julien

Rupaud

et plusieurs autres qui ne signent sur ce requis

signé Bertho recteur.

 

Six témoins au bas d’un acte de mariage, c’est rare pour l’époque.

 

Il était temps de réunir cette belle assemblée : Macé Rupaud, veuf de Julienne Leconte,

âgé de septante ans, meurt 9 jours après le mariage de sa fille.

 

Les nouveaux époux habitent-ils à Mouzeil, ou sont-ils partis ailleurs ? Deux de leurs

enfants ne semblent pas nés dans cette paroisse :

 

1)-Julienne, mariée le 19 janvier 1723, sans doute très jeune, avec Marc Cottineau, du

Tremblay, en Mouzeil (ancien passage à niveau, à 1 kilomètre du Boulay, sur la route de

Ligné).

 

2)-René.

 

Par contre, 4 autres enfants au moins naissent à Mouzeil, au village de Belland :

 

3)-Gilles :

 

l’huitieme oust mil sept cent douze ay moy soussigné recteur dans la paroisse de

Mouzeil baptizé Gille fils de guillaume douët et de Louise Rupaud sa fe(mme) dont a

ete parain honorable homme Gille Couroné et marainne Marie Baudouin fe(mme) de

René Jourdon qui ne scait signer

Couronné Bahuaud recteur de mouzeil.

 

Ce Gilles, qui doit son prénom, rare pour l’époque, à son “honorable” parrain, est

l’ancêtre direct de notre famille, après les 2 Guillaume, et il est le premier d’une série de

quatre Gilles dont le dernier mourra en 1878.

 

4)-Guillaume, né en 1817 : parrain Jacques Renaud, marraine Julienne Douet.

 

5)-Jacquette, née en 1720 : parrain Marc Cottineau, marraine Jacquette Douet.

 

6)-Pierre, né le 25 avril 1729, 6 ans après le mariage de sa soeur aînée, les parrain et

marraine de ce petit dernier étant ses propres frère et soeur : René et Jacquette, la mère

Louise ayant donc 46 ans.

 

Revenons au couple Guillaume et Louise, dont le niveau social et matériel s’est sans

doute élevé, si l’on en juge par ses relations. Peut-être ont-ils quelques biens à Belland,

de par la famille Rupaud, tout en restant laboureurs. Ce n’est pas sûr. Ils ont vécu à

Belland, au Tremblay, où le petit Pierre est né, et peut-être à la Fouquelière, à 1

kilomètre du Boulay, près de la route des Touches, où leur fils Gilles vivait au moment

de son mariage, en 1733.

 

Leur époque est celle de la fin du règne de Louis XIV, une période encore très difficile,

assombrie par des difficultés de toute sorte, par des conditions naturelles climatiques

d’une incroyable dureté. En 1694, pas de récolte et famine à cause d’un printemps trop

humide. L’hiver 1709, lui, a beaucoup frappé les imaginations à cause d’un froid

particulièrement rigoureux.

 

Il gelait jusqu’au coin du feu et le vin auprès du feu ne dégelait qu’à peine. La rivière

prit de plus d’un pied d’épais. Les neiges étaient aussi prodigieuses que la gelée. Il y en

avait jusqu’aux genoux également. Il n’y eut point de cave si profonde où la gelée ne

pénétrât. La plupart des cidres furent perdus dans les celliers. Les volailles tombaient

mortes dans leurs pouliers, les bêtes dans leurs tanières et les hommes avaient bien de

la peine à s’échauffer, surtout la nuit. Pour dire une messe basse, il fallait deux

réchauds, un proche le calice et l’autre des burettes. J’ai vu mes paroissiens à l’église

ayant tous les cheveux et la barbe toute blanche de leur haleine qui glaçait en sortant

de leurs bouches. La plupart des vignes furent gelées, le vin fort rare pendant trois ans.

(le curé d’Ezy).

 

Et chez nous le recteur d’Héric écrit à la fin de son registre de 1709 :

 

Nous avons eu cette année un hyver si rigoureux que tout a pensé périr. Il reste peu de

blé, à peine la semence, presque tous les pins, les noyers, et mêmes une très grande

quantité de chesnes sont morts par la violence du froid. Il n’a presque pas resté

d’oyseaux, en sorte qu’on prenait avec la main les oyseaux de proie. Les hommes ont

pareillement souffert extraordinairement, car le blé estant aussi rare qu’il n’a jamais

été, a vallu jusqu’à 26 livres le septier, mesure de Nozay, et comme d’ailleurs l’argent

était encore plus rare que le blé, c’est ce qui a fait tant souffrir le pauvre peuple dont la

plupart ont été six mois sans boulanger de pain chez eux et les plus riches ne

boulangeaient-ils que du pain d’avoine. La nourriture commune du pauvre peuple

n’était que du son qu’ils faisaient cuire avec de l’eau et un peu de lait avec quelques

mauvaises herbes qu’ils ramassaient par la campagne car l’hyver avait fait mourir

toutes les bonnes, surtout les choux. On en avait heureusement conservé de la graine

des années précendentes, autrement nous en aurions perdu la race. Ce n’est point ici

une exagération, ce n’est même qu’une légère figure de ce qui s’est passé. (Pageaud) .

 

Ainsi vivent Guillaume Douette et Louÿse Rupaud, à la charnière des règnes de Louis

XIV et de Louis XV, peut-être jusqu’au milieu du 18 ème siècle.


(9) Douet Gilles ° 8.08.1712 Mouzeil

+

x 10.02.1733 à Mouzeil

Duraud Mathurine ° 20.04.1714 Mouzeil

+

 

 

 

Gilles Douet est né le 8 août 1712. Il a vécu toute sa vie entre Belland, le Tremblay, la

Fouquelière, trois villages de Mouzeil assez proches les uns des autres, au sud, en

direction de Ligné. Tout près de là, le Boulay, sur la route d’Ancenis aux Touches et à

Nort-sur-Erdre, est le véritable carrefour de communications de la paroisse, puisque les

routes de Teillé et de Ligné arrivent aussi dans ce gros village. C’est également à cette

époque le centre d’un groupe important de Douette-Douet sur Mouzeil puisqu’on

retrouve ce patronyme dans tous les villages du secteur : Belland, le Tremblay, la

Fouquelière, le Boulay, mais aussi la Morinière, la Hardière, la Basse-Hardière, la

Vectière, la Richerais. Le nom est donc fort répandu et prend de plus en plus souvent la

forme actuelle et définitive.

 

En 1712 Louis XIV est encore pour trois ans roi de France. A partir de 1715, le règne

suivant est officiellement celui de Louis XV, mais comme celui-ci n’est qu’un enfant, on

parle plutôt du temps de la Régence. Les temps sont-ils moins difficiles ? Peut-être un

peu, mais l’histoire de notre pays nous rappelle encore les grandes calamités des temps

anciens sans que celles-ci aient forcément frappé notre région. Ainsi, en 1720, une

grande épidémie de peste ravage encore Marseille. Et une famine terrible sévit en 1725.

 

Le commerce avec le continent américain offre de nouvelles perspectives : on explore et

on colonise le Canada. Dans le sillage des Espagnols qui ont besoin de main d’oeuvre

nouvelle pour remplacer les Indiens décimés d’Amérique latine, la traite des Noirs se

développe rapidement et Nantes commence sa période dorée et sa fortune avec ce

commerce humain. A cette époque, les campagnes du pays nantais n’ont pas beaucoup

de relations avec le grand port négrier dont la richesse et le développement ne peuvent

cependant que les favoriser.

 

On a vu que Gilles avait de nombreux frères et soeurs qui sont sans doute comme lui

restés dans le secteur. A 21 ans, il épouse Mathurine Duraud qui en a 19 puiqu’elle est

née le 20 avril 1714 au village de la Morinière, entre le Boulay et le bourg de Mouzeil.

Elle est la fille de Michel Duraud et de Marie Richard.

 

-le dixième feuvrier mil sept cent trente trois ont reçu par nous soussignés la

bénédiction nuptiale Giles fils de Guillaume Douëte et de Louise Rupaud et Mathurine

Duraud fille de Michel Duraud et de défuncte Marie Richard tous de cette paroisse et

ce après trois publications du futur mariage au prône de la grand-messe es jours

légitimes sans opposition ni déclaration d’empêchement quelconque ont été présens et

témoins Guillaume Douëte père du marié Michel Duraud père de la mariée qui ne

signent et plusieurs autres soussignés

J. Beaudouin Courgeon Julien Le Duc Supiot Dupin Bourgeois

Tanguy recteur

 

On remarque encore le nombre important de signatures : 6, sans que l’on sache s’il s’agit

des bonnes relations des Douet ou des Duraud.

 

Le 30 décembre 1733 naît Michel Douet, qui porte le prénom du père de Mathurine. Et

puis en 1735, un autre garçon, Gilles Douëte.

 

-le vingt troisième octobre mil sept cent trente cinq a été par nous soussigné baptisé un

fils né ce jour du légitime mariage de Gilles Douëte et Mathurine Duraud à la

Fouquelière on lui a donné le nom de Gilles et ont été parrain René Douëte et marraine

Jacquette Douëte oncle et tante de l’enfant qui ont déclaré ne signer

Bourgeois Y. Tanguy recteur

 

Le même Bourgeois qu’au mariage de Gilles et Mathurine signe.

 

Gilles et Mathurine sont laboureurs à la Fouquelière, un assez gros village près du

Boulay et de la route des Touches. Aujourd’hui encore, il y reste beaucoup de

constructions anciennes en pierres brunes, et un plan d’ensemble assez confus et

dispersé.

 

C’est le temps du règne de Louis XV. Montesquieu, Rousseau, Voltaire, les intellectuels

éclairés, commencent leur critique de la société française, encore bloquée, un peu comme

la présente le film : Ridicule.


(8) Douet Gilles ° 23.10.1735 Mouzeil

+

x 27.11.1764 à Joué-sur-Erdre

Hupin Jeanne ° 30.01.1738 les Touches

+

 

 

 

La trajectoire de ce Gilles Douet ressemble à celle de ses parents et grands-parents. Il a

dû s’engager dans les fermes du voisinage. Et les relations familiales que les familles

savaient entretenir ont dû jouer. Il est domestique puis laboureur. Et, comme pour ses

prédécesseurs, sa destinée semble consister à trouver un point de chute matrimonial.

 

En compagnie de son frère Michel, à 29 ans, après avoir parcouru entre Mouzeil et les

Touches une dizaine de kilomètres, il atterrit donc à la Chère. C’est un gros village à 2

kilomètres au nord du bourg des Touches, en direction de Joué-sur Erdre, sur la route

directe de Nantes à Châteaubriant.

 

La paroisse des Touches est fort ancienne. Le bourg s’étale au pied du mont Juillet, qui

du haut de ses 52 mètres servait, paraît-il, d’observatoire aux Romains, d’où son nom en

l’honneur de Jules César. Il y a au sommet un calvaire et des restes de moulins. Aux

Touches :

 

les paysans, aisés pour la plupart, sont majoritaires, mais le pouvoir est tenu par la

bourgeoisie locale bien représentée par plusieurs juristes et chirurgiens, qui avaient des

relations professionnelles, amicales et familiales avec ceux de Nort en particulier. (Le

Mené).

 

Et en 1764, il y a un mariage double, entre les deux frères Douet, Michel et Gilles, et les

deux soeurs Hupin, Renée et Jeanne.

 

Jeanne est née au village de la Chère, aux Touches, le 30 janvier 1738. Son parrain

s’appelle Pierre Duraud, dont le nom fait évidemment penser à la mère de Gilles. N’y

aurait-il pas un lien de parenté entre les deux familles qui s’unissent ? Jeanne a 26 ans au

moment de son mariage. Elle est la fille de René Hupin et de Renée Le Ray.

 

René, le père, signe l’acte de mariage de sa fille, d’une grosse écriture assez maladroite,

il est vrai, mais à cette époque les paysans sont encore très rares à savoir le faire, et cela

montre de sa part un certain niveau culturel. Par contre, cette signature de René Hupin

est la seule au bas du document. On ne retrouve plus aux Touches et à Joué les petites

relations notables qu’on avait remarquées à Mouzeil chez les Rupaud et les Duraud. Le

curé lui-même ne s’applique guère dans son écriture et écorche pas mal les noms de ses

paroissiens.

 

Ce ne sont d’ailleurs pas tous ses paroissiens, car, curieusement, le mariage a lieu à

Joué-sur-Erdre. Pourquoi ? Jeanne était-elle domiciliée dans cette paroisse, employée

comme domestique dans une ferme ou une boutique, ou bien des relations particulières

existaient-elles entre la famille Hupin, Joué-sur Erdre et son recteur ?

 

Le nouveau ménage revient s’installer à la Chère, où naissent les enfants de Gilles et

Jeanne.

 

1)-le quinzième jour de novembre 1765 nous vicaire soussigné avons baptisé Gilles né

de ce matin au village de la Chère fils de Gilles Douet et de Jeanne Hupin son épouse

ont été parrain René Hupin grand-père de l’enfant et marraine Mathurine Duro

grand-mère du baptisé lesquels ont déclaré ne savoir signer

Grehaud prêtre vicaire

 

Grand-père René a oublié qu’un an auparavant il savait écrire et signer, mais c’était

peut-être seulement dans l’euphorie du mariage de ses filles.

 

2)-Le 13 septembre 1767 est baptisée Marie,

 

le parrain étant Gisle Douet ayeul paternel et la marraine Julienne Hupin tante

maternelle.

 

L’époque du couple Gilles Douet et Jeanne Hupin est celle du règne de Louis XV. Avec

l’espacement et l’atténuation des crises de mortalité, la population française augmente,

entraînant une forte croissance économique. Le commerce se développe en direction des

Antilles. Nantes s’enrichit du commerce triangulaire : Europe, esclaves d’Afrique,

Antilles et Amérique. Les communications s’améliorent : il ne faut pas plus de 9 jours

pour aller de Paris à Nantes. La guerre de Sept Ans se termine : au traité de Paris, la

France abandonne toutes ses possessions canadiennes. L’Amérique du Nord s’organise.

 

Louis XV meurt en 1774, de la petite vérole : la variole. On l’enterre de nuit, sans

escorte, de peur des manifestations.

 

De tout cela, Gilles et Jeanne, qui n’ont pas 40 ans, laboureurs à la Chère, aux Touches,

ne se soucient guère.


(7) Douet Gilles ° 15.11.1765 les Touches

+ 23.05.1809 Joué

x 22.11.1791 les Touches

Roux Anne ° 23.08.1771 Joué

+

 

 

 

Né le 15 novembre 1765, le troisième Gilles est laboureur, comme tous ses aïeux. Il est à

la recherche d’une ferme à louer, et c’est entre les Touches et Joué qu’il va trouver son

bonheur. Du village de la Chère où il est né jusqu’au bourg de Joué, il n’y a pas bien loin,

5 ou 6 kilomètres tout au plus. Des relations familiales existent entre les deux bourgs et

on a vu que les parents de Gilles s’étaient mariés à Joué, en 1764. Lui, il va se marier aux

Touches, à 26 ans, avec une fille de Joué qui est un peu sa cousine.

 

le vingt deux novembre mil sept cent quatre vingt onze ...après dispense de

consanguinité signée par Minée évesque de Nantes du troisième au troisième degré la

bénédiction nuptiale a été donnée à Gilles Douet fils majeur de Gilles Douet et Jeanne

Hupin originaire et domicilié en cette paroisse des Touches et à Anne Roux fille de

Jean Roux et feue Jeanne Cotineau originaire de Joué et domiciliée à Joué

en présence de François Leduc cousin

de François Ferrand Nicolas Leduc et Charles Déquippe

 

Ce document appelle une remarque sur le temps de la Révolution. Joseph Minée, ancien

curé de Saint-Thomas d’Aquin à Paris, fils d’un chirurgien nantais, est depuis le 15 avril

1791 le nouvel évêque de Nantes, élu par l’assemblée des électeurs du département. Il

est évidemment partisan des idées nouvelles et en particulier de la Constitution Civile du

Clergé. C’est même pour cela qu’il a remplacé Monseigneur de la Laurencie, souvent

absent de Nantes et qui vient avec les aristocrates d’émigrer en Espagne. Joseph Minée a

été reçu par la Municipalité et a déclaré que “le voeu du corps électoral était la voix de

la Providence”. Mais les prêtres et les fidèles des campagnes traditionalistes se détachent

de lui et attaquent “ce Minée élu de la manière la plus scandaleuse et la plus

anticanonique”.

 

Il nous faut aussi parler de la famille Roux qui s’allie à ce moment aux Douet.

 

Les Roux habitent à Joué-sur-Erdre.

 

Une légende raconte qu’à Joué, au temps de Barbebleue, un méchant seigneur se

promenant rencontra une très jolie jeune fille qui faisait sa toilette en attendant son

fiancé. Le châtelain crut que ce “morceau de roi” lui était destiné. Mais la jeune fille

s’enfuit à toute vitesse vers le sommet d’un rocher au-dessus de l’eau et se jeta dans le

vide. Ses jupes empesées freinèrent sa chute et elle tomba sur l’autre rive sans encombre.

Le seigneur, plus lourd, glissa sur la pente et tomba à l’eau dans un lieu surnommé

depuis lors “Baigne-cul”.

 

La paroisse a été marquée du 15 ème au 17 ème siècle par plusieurs événements

dramatiques : batailles entre partisans des Bretons et des Français, en 1487, passages de

troupes au temps de Charles VII, troubles pendant les guerres de Religion, où 12000

soldats ont un temps campé entre Nort-sur-Erdre et Joué.

 

Il y a à Joué trois seigneuries : Vioreau, la Chauvelière, et la petite enclave de l’abbaye

de la Meilleraye dont dépend le village du Bois, avec, toute proche, la petite forge du

ruisseau de la Vallée. Les actes anciens signalent à Joué une épidémie de peste en 1637,

qui fit 90 victimes dans le bourg de la paroisse. C’est à cette date que les habitants du

village des Langueurs, miraculeusement épargnés par la terrible épidémie, décidèrent en

forme d’action de grâces d’édifier une chapelle à Notre- Dame. De nombreuses autres

épidémies frappèrent Joué aux 17 ème et 18 ème siècles : régulièrement la dysenterie

survenait, après deux années de sècheresse, disait-on. Ainsi en 1636, 1686, 1719, 1724,

1741, 1745, 1759.

 

Les parents d’Anne sont : Jean Roux, habitant au village du Bois, à Joué, et Jeanne

Cottineau, fille de Guillaume Cottineau et Julienne Hupin qui habitent à la

Barre-Théberge, à Trans-sur -Erdre. Les Cottineau et les Hupin sont des noms déjà

connus. Julienne est la marraine d’Anne Roux et de Marie Douet, la petite soeur de

Gilles.

 

Jean Roux, encore mineur à l’époque, et Jeanne Cottineau se sont mariés à Joué-sur

Erdre le 10 février 1767, et le père de la mariée, Guillaume Cottineau, savait signer. Jean

Roux, tisserand, est le premier non-agriculteur de la famille. Le jeune ménage s’installe

au village de la Malmandière, tout proche de la route de Joué à la Meilleraye de

Bretagne. Suivant les années et les actes, notre tisserand est aussi parfois laboureur, au

même endroit. Cela doit signifier qu’il possède le matériel de tissage, qu’il peut travailler

chez lui ou au domicile de ses clients, mais que lorsque l’ouvrage manque, il retourne à

la terre.

 

Jean Roux et Jeanne Cottineau ont rapidement 3 enfants. Guillaume, né le 18 avril 1769,

a pour parrain Guillaume Cottineau, son grand-père maternel, et pour marraine Françoise

Bodier, sa grand-mère paternelle. Marie, née le 26 mars 1770, a pour parrain Guillaume

Cottineau, son oncle, et pour marraine, Marie Roux, sa tante. Et enfin, Anne.

 

le 23 août 1771 a été baptisée Anne née d’hier au village de la Malmandière du

légitime mariage de Jean Roux tisserand et de Jeanne Cotineau son épouse a été

parrain Jean Clergeaud oncle par alliance et marraine Julienne Hupin aïeule de la

baptisée

 

Mais revenons à Gilles Douet et Anne Roux qui viennent de se marier, en 1791.

 

Ils assistent, sans doute en spectateurs étonnés, à un tournant de l’histoire. Le règne de

Louis XVI s’achève dans les sursauts confus de la Révolution. Comment ont-ils vécu ces

années dramatiques qui bouleversent le paysage politique et social du pays ?

 

Depuis des années, les privilégiés, haut-clergé et noblesse, font bloc pour refuser les

indispensables réformes fiscales et sociales proposées par certains ministres plus

clairvoyants. Les plus défavorisés, les paysans, accumulent les rancoeurs :

 

ravages des chasseurs et du gibier qu’il leur est interdit de chasser, mainmise

seigneuriale sur les terrains communaux indispensables à la survie économique des

plus pauvres, arbitraire dans la perception des droits seigneuriaux et royaux, corvées

des grands chemins, lenteur et coût de la justice, tirage au sort pour la milice, ces

revendications rentrées travaillent les paysans français. Et la récolte de 1788 est

désastreuse, mais cela n’attire guère l’attention tant la chose est banale.

( Nantes Histoire : Présentation des Cahiers de Doléances du Département)

 

Les Etats Généraux sont convoqués pour le 1er mai 1789. Chaque paroisse les prépare

fiévreusement dans des assemblées locales qui rédigent des Cahiers de Doléances,

préparés à l’avance, où les paysans réussissent à faire passer une partie de leurs

aspirations. Toutes les paroisses du département ont donc connu au début du printemps

1789 cette fièvre revendicative. Entre le 25 mars et le 7 avril, le pays nantais a vécu le

plus formidable sondage d’opinion de toute son histoire.

 

Aux Touches, on se réunit dans la sacristie, le mercredi 1 avril 1789. A Joué-sur Erdre,

l’assemblée se tient le dimanche 5 avril. Comment les familles Douet, Roux, Cottineau et

Hupin vivent-elles l’événement ?

 

Mais l’histoire se précipite : prise de la Bastille, abolition des privilèges féodaux,

déclaration des Droits de l’Homme, constitution civile du clergé, création des

départements, déclaration de guerre à l’Autriche. Petit détail : les curés perdent au profit

des communes la responsabilité de la tenue des registres de l’Etat Civil. Le 10 août 1792,

le palais des Tuileries est pris d’assaut. C’est la fin de la royauté.

 

En septembre 1792, la République est proclamée. Que faire du roi Louis XVI ? “Est-il

coupable de conspiration contre la liberté publique et d’attentat contre la sûreté de

l’Etat ? Quelle peine doit lui être infligée ? “ Telles sont les questions posées aux

députés de la Convention qui ont à le juger. La mort est votée à une petite majorité. Le

Roi est exécuté le 21 janvier 1793. Une levée en masse de 300000 hommes est décidée

pour répondre aux exigences de la guerre révolutionnaire. Ces événements provoquent le

soulèvement de plusieurs provinces. La Vendée s’enflamme, ainsi qu’une partie de notre

département, au sud et dans certains cantons et communes du nord : Petit-Mars, les

Touches, Ligné, Joué sont touchés. Nantes, restée fidèle à la Convention, est menacée de

tous côtés par les rebelles, mais finit par les repousser.

 

Au village de la Chère, aux Touches, Gilles Douet et Jeanne Roux attendent une

naissance. Quand celle-ci survient, l’administration locale est tellement désorganisée que

personne ne l’enregistre. Ce n’est pas bien grave mais, plus tard, il faudra bien fixer une

date, peut-être fictive.

 

C’est ainsi que le Tribunal d’Instance de Châteaubriant, séant le 22 septembre 1812,

fixera la date de naissance de Gilles Douet, fils de Gilles Douet et de Anne Roux, au 31

décembre 1793.

 

Par la suite, Gilles Douet et Anne Roux s’installent comme laboureurs au village de la

Malmandière, où Anne était née. C’est là que Gilles décède, le 23 juin 1809, encore

jeune, à l’âge de 44 ans.

 

Napoléon 1er est en pleine gloire.

 

Anne va finir sa vie au village de la Fortinière, au sud du bourg de Joué, où elle réside au

moment du mariage de son fils Gilles, en 1827.

 

Les temps ont passé, avec la Révolution et l’Empire de Napoléon 1er, c’est maintenant le

temps de la Restauration de Charles X.


(6) Douet Gilles ° 30.12.1793 les Touches

. + 9.08.1878 Riaillé

x 28.06.1827 aux Touches

Cordeau Jeanne ° 16.11.1797 les Touches

+ 17.02.1765 Pannecé

 

 

 

Voilà le destin le plus curieux et la vie la plus longue de la petite chronique des Douet :

85 années, une vie dispersée sur 4 communes au moins, 7 ou 8 régimes politiques entre

Révolution, Restaurations monarchiques, Empires et Républiques, bref, une vie bien

remplie. Il serait curieux de savoir quel regard ce patriarche a porté sur tant

d’événements qui ont jalonné sa vie.

 

Gilles Douet a commencé sa vie dans une des périodes les plus sombres de l’histoire de

France. Nous avons raconté les péripéties de l’enregistrement de sa naissance à

l’état-civil de la commune des Touches. Mais lui-même ne perçoit rien des troubles de la

Révolution. Il a 11 ans quand Napoléon se proclame empereur des Français, en 1804. On

ne sait pas s’il est encore aux Touches ou déjà à Joué. A la fin de l’Empire, en 1815, il a

22 ans et il assiste au retour des frères de Louis XVI : c’est la Restauration.

 

C’est en 1827, sous le règne de Charles X, qu’il revient tout près de son village natal,

aux Touches, se marier avec Jeanne Cordeau. Il a près de 34 ans et Jeanne près de 30.

 

-le 28 juin 1827 se sont mariés aux Touches Gilles Douet, laboureur, 33 ans, né le 31

décembre 1793, selon l’acte du tribunal de première instance séant à Châteaubriant le

22 septembre 1812, majeur, fils de feu Gilles Douet, décédé à Joué le 22 mai 1809, et

de Anne Leroux, demeurant à la Fortinière à Joué, et Jeanne Elizabeth Cordeau,

cultivatrice, 29 ans, née le 26 brumaire an 6, majeure, fille de Julien Cordeau et de

Jeanne Duhil, la Martelière, les Touches, le père ci-présent, en présence de Michel

Douet, laboureur, 46 ans.

 

La Martelière est un village isolé, assez proche de la Chère où Gilles est né, au centre du

triangle formé par les bourgs des Touches, de Nort-sur-Erdre et de Joué-sur-Erdre. Les

parents de Jeanne, Julien Cordeau et Jeanne Duhil, sont cultivateurs : ils possèdent sans

doute quelques biens. La branche des Cordeau est bien fixée aux Touches, et l’on

retrouve avec elle des patronymes très fréquents dans la commune : les Eline, Calos,

Ouary, Riaillé, un nom de famille curieux aujourd’hui disparu à proximité de la commune

du même nom, et plusieurs autres. Les Marchand, par exemple, sont nombreux dans

cette lignée, et l’on trouve des mariages : Marchand / Calos en 1707 (9), Marchand /

Pouvreau en 1680 (10), Marchand / Douette vers 1650 (11), donc nés vers 1620. Voilà

le nom Douette revenu dans la famille du côté des Touches, sans qu’on sache s’il y a

d’autres liens de parenté avec notre lignée d’origine.

 

Après son mariage, contrairement à la plupart de ses ancêtres, Gilles ne se fixe pas dans

sa belle-famille.

 

Gilles Douet et Jeanne Cordeau s’installent comme laboureurs au Bois, tout près de la

Malmandière où avaient vécu ses parents, à Joué. Il y était peut-être déjà avant son

mariage.

 

Dans les années qui suivent, le couple a 6 enfants, tous nés au Bois :

 

1)-Gilles Léger, né en 1828

 

2)-Julien, né en 1830

 

3)-Jeanne, née en 1833

 

4)-Anne, née en 1838 et décédée peu après

 

5)-Pierre, né en 1839

 

6)-Baptiste, né le jour de Noël de l’an 1841. Gilles et Jeanne, qui s’étaient mariés plutôt

âgés, ont donc 48 et 44 ans à la naissance de ce petit dernier qui se trouve être notre

ancêtre direct.

 

Après 1841, la famille déménage et s’installe à la Métairie, sur la commune de Pannecé.

La nouvelle ferme est à 3 kilomètres à l’est du bourg, sur la route de Pannecé à

Maumusson, juste après avoir passé le Donneau, le même petit ruisseau que Guillaume

Douëtte et Françoise Atimon dominaient du haut de la Boissenotière, à Couffé, vers

1650. Bien sûr, on ne sait pas pourquoi cette migration a eu lieu. La famille Douet se

retrouve donc avec 5 enfants à la Métairie, et, lors du recensement en 1851, emploie en

plus une jeune domestique de 26 ans, Marie Gougeon.

 

La Restauration est passée. Louis Philippe a été chassé par la révolution de 1848, la

seconde République s’installe. Il n’y a pas eu de violences dans notre région. A Nantes,

seul le presbytère Saint-Nicolas est mis à sac par les extrémistes en colère : le curé

Fournier s’était présenté aux élections municipales sur une liste de républicains modérés,

ce qui était déjà remarquable au milieu d’un clergé souvent monarchiste, et il avait été

élu contre une liste plus radicale menée par le célèbre docteur Guépin, bienfaiteur des

classes populaires misérables dans le quartier sous-prolétarisé et mal famé du Marchix.

 

Puis c’est le retour de l’Empire, avec Napoléon III, en 1852.

 

Jeanne Cordeau décède à la Métairie, le 17 février 1855, à 58 ans. Gilles Léger, le fils,

reprend un moment la ferme, au moins jusqu’à son mariage en 1857. Ce mariage est

d’ailleurs une curiosité : lui, Gilles, fils de Gilles Douet et de Jeanne Cordeau, épouse à

29 ans Jeanne Cordeau, 20 ans, née au Grand-Auverné en 1837, fille de Julien Cordeau

décédé, et de Jeanne Douet, cultivatrice au village de la Colle, à Riaillé. Il y a sûrement

du cousinage dans l’air !

 

Gilles Douet, veuf, survit longtemps. En fait, tout le monde quitte la Métairie et se

retrouve à Riaillé, au village de la Colle. Il y a là, avec le nouveau ménage Gilles, Jeanne

et leurs enfants, et puis les deux anciens, leurs parents : Gilles Douet et Jeanne Douet !

 

Puis c’est la chute de l’Empire, la guerre et la défaite de 1870, qui nous enlève l’Alsace

et la Lorraine, le temps de la Commune de Paris, et l’installation de la troisième

République.

 

Gilles Douet, le Patriarche, venu du temps de la grande Révolution, meurt le 9 août 1878

à 85 ans. Il est aussi le 4 ème et dernier des “Gilles” de notre lignée directe.


(5) Douet Baptiste ° 25.12.1841 Joué-sur-Erdre

+ 21.11.1912 Trans

x 14.11.1869 à Trans-sur Erdre

Cadiot Anne ° 6.10.1846 Trans

+ 4.01.1913 Trans

 

 

 

Baptiste est le dernier enfant de Gilles Douet et de Jeanne Cordeau. Nous avons vu que

ses parents étaient plutôt âgés : 48 et 44 ans au moment de sa naissance. Il est né sous le

roi Louis-Philippe. Puis il connaît le temps de la 2 ème République et du second Empire

de Napoléon III.

 

Il est né au village du Bois, à Joué-sur-Erdre, mais son enfance se passe à Pannecé, au

village de la Métairie où ses parents se sont installés peu de temps après sa naissance. Il

repart de là vers 18 ans, aux alentours de 1860, après le décès de sa mère, pour revenir

vers Joué ou peut-être vers la Colle à Riaillé, où son père, Gilles, s’est retiré sur la fin de

sa vie. Il est ainsi presque revenu à son point de départ, à quelques centaines de mètres

de son lieu de naissance, puisqu’il va épouser en 1869 Anne Cadiot, du Montfriloux, à

Trans-sur Erdre.

 

Le village de Montfriloux est à l’époque un des plus importants de Trans, une toute

petite commune traversée par l’Erdre, comme Joué. Le pont du Theil qui franchit la

rivière au nord de la commune date de l’époque romaine et est aujourd’hui le lieu d’une

manifestation cinéscénique annuelle réputée dans la région. Le Montfriloux est tout

proche, juste de l’autre côté de la route qui va de Joué à Riaillé. Le site est curieux : le

ruisseau de la Vallée sépare les villages de la Malmandière à Joué et celui de

Montfriloux, à Trans, distants de moins d’un kilomètre à vol d’oiseau, par un ravin

profond d’une trentaine de mètres. Le relief est donc très vallonné et des carrières se

sont installées sur les coteaux.

 

La famille Cadiot est installée là depuis 4 générations et plusieurs branches se retrouvent

dans le même village, certaines propriétaires des fermes, d’autres seulement comme

locataires. Anne Cadiot, que Baptiste Douet épouse le 14 novembre 1869, a pour

parents François et Anne Niel, eux-mêmes mariés en 1845. Il y avait eu à cette date un

double mariage Cadiot / Niel. La génération précédente était représentée par René

Cadiot / Jeanne Paillusson, mariés en 1808, et, de l’autre côté, par Mathurin Niel / Anne

Riaillé, mariés en1814. Le père de ce René Cadiot était originaire de Marsac-sur-Don,

commune du canton de Guémené-Penfao, dans le nord-ouest du département, en

direction de Redon. Il y était né en 1743 et avait épousé en 1779 Julienne Aubin, de

Trans. Tous ces noms sont fort connus et communs dans la région.

 

Au-delà, à Marsac, on retrouve des Cadiot, transformés en Cadiou, des Hougron,

Ricoult, Beauchesne. Et à Trans des Derouin / Drouin, des Leduc, Lemercier, Jahotteau

Désormeau et, bien sûr, des Niel.

 

Il n’est pas facile de se repérer dans les situations familiales des Cadiot au moment du

mariage de 1869. Les familles sont proches et assez mélangées.

 

Baptiste Douet et Anne Cadiot se retrouvent laboureurs à Montfriloux, mais pas

directement à leur compte, semble-t-il. Ils dépendent au début d’un chef de famille et

d’exploitation Cadiot. Puis ils ont une ferme, la même sans doute, à leur compte, sous

leur responsabilité.

 

Les enfants arrivent :

 

1)-Baptiste, né en 1870, qui deviendra prêtre,

 

2)-Pierre, né en 1872, qui plus tard reprendra la ferme de Montfriloux

 

3)-Julien, né le 20 décembre 1873, notre grand-père du Bois-Rond,

 

4)-puis enfin Alexandre, en 1884.

 

Ils sont tous nés à Montfriloux. La famille loge aussi un domestique.

 

On vient de vivre la fin du second Empire, avec la guerre et la défaite de 1870. La

Révolution de la Commune a ensanglanté la capitale. Et la 3 ème République s’est

installé dans la douleur.

 

Vers 1890 la famille Douet / Cadiot déménage vers le Bois-Rond délaissant à

Montfriloux une situation peut-être trop complexe sur le plan familial. Ils laissent un

village assez peuplé pour une ferme totalement isolée entre les Linières, à Teillé, et

Fosse-Loire, à Trans. Ils sont toujours laboureurs. Ils recueillent même sur la ferme deux

jeunes neveu et nièce, Pierre et Marie Douet.

 

Vers 1900, Pierre, le fils de Baptiste et Anne, ayant épousé Marie Alleau, de Riaillé, a

donc repris la ferme de Montfriloux, où ses parents avaient vécu 10 ans plus tôt. Ils

vivent là avec leurs enfants : Pierre, né en 1900, puis sans doute décédé, Anna, née en

1903, des jumeaux, Pierre et Marcel, nés en 1910, la mère de Marie Alleau et un

domestique.

 

L’autre fils, Julien, qui s’est marié en 1903 avec Marguerite Raitière, succède à son père

sur la ferme du Bois-Rond.

 

C’est au Bois-Rond que Baptiste et Anne décèdent en 1912 et 1913, à 71 et 67 ans.


(4) Douet Julien ° 20.12.1873 Trans

+ 23.09.1954 Trans

x 27.09.1903 à Teillé

Raitière Marguerite ° 1.10.1881 Teillé

+ 18.12.1947 Trans

 

Julien Douet est le troisième fils de Baptiste Douet et Anne Cadiot, né à Trans-sur-Erdre

au village de Montfriloux. Mais en fait il a pris la suite de son père sur la ferme du

Bois-Rond, sans doute vers 1900, et il n’en a plus bougé.

 

Au Bois-Rond ne passe qu’un petit chemin vicinal qui conduit des Linières, sur la

commune de Teillé, et dont le nom semble indiquer qu’on a pu faire ici la culture du lin,

aux villages de Fossé-Loire et de la Gouère, à Trans, où l’on rejoint la route directe de

Teillé à Trans, par le carrefour des Quatre-Routes, l’autre direction conduisant de

Mouzeil à Riaillé. Il n’y a au Bois-Rond qu’une ferme, dont les plus proches voisins se

trouvent donc à un kilomètre, et le bourg le moins éloigné à 4 ou 5 kilomètres. Vers

1860, il y avait là cependant deux fermes et donc deux ménages de laboureurs.

 

La ferme du Bois-Rond, qui appartient à la famille Franco, est encore tenue aujourd’hui

par Jean-Paul Douet, descendant direct de Julien Douet, son grand-père.

 

Julien Douet épouse le 27 septembre 1903 Marguerite Raitière. Il n’a pas parcouru une

très grande distance pour la rencontrer puisqu’elle est née et qu’elle habite à la ferme du

château de la Guibourgère, à 2 kilomètres du Bois-Rond, mais il ne peut s’y rendre qu’à

travers champs, par les Linières ou la Lobrie, puisqu’il n’existe aucune route ou chemin

carrossable entre les villages, la Guibourgère correspondant plutôt avec le bourg de

Teillé par la grande Avenue et la route de Riaillé.

 

Marguerite est le septième enfant et la deuxième et dernière fille de François Raitière,

originaire de la Culière, à Trans, et de Modeste Goulay. Mais il y a encore eu 8 garçons

après elle. 15 enfants, mais 5 sont morts avant 4 ans. Et son unique soeur est décédée en

1897, à 21 ans, à la naissance de son premier enfant.

 

Au Bois-Rond, la vie s’est déroulée au rythme des naissances, 6 garçons et une fille très

vite décédée :

 

1)-Julien Douet, né le 14 décembre 1904, décédé le 14 février 1969 à Teillé.

 

2)-Marguerite Douet, née le 19 mai 1906 et décédée jeune.

 

3)-Alexandre Douet, né le 5 juin 1908 et décédé vers 1980, épouse Marie Boursier, née

en 1912 et décédée en 1999 à Teillé. Ils ont 3 enfants. Ils sont agriculteurs à la Plaine, à

Teillé.

 

4)-Pierre Douet, né le 14 mars 1911, épouse Marie Toublanc, décédée en 1995 . Ils ont

1 enfant, décédé jeune. Ils sont agriculteurs au Bois-Rond.

 

5)-Alfred Douet, né le 5 novembre 1912, décédé en 1965, employé à l’abbaye de

Bellefontaine, dans le Maine-et-Loire.

 

6)-Jean Douet, né le 6 mai 1914, décédé en 1958, épouse la veuve de son frère Pierre,

Marie Toublanc. Ils ont 3 enfants. Ils sont agriculteurs au Bois-Rond.

 

7)-Francis Douet, né en 1919, épouse Marie-Louise Monnier. Ils ont 2 enfants. Ils sont

agriculteurs aux Masures, aux Touches.

 

Julien et Marguerite recueillent un certain temps chez eux le plus jeune frère de

Marguerite, Joseph Raitière, de retour de la guerre de 14-18, dont les parents, François

et Modeste sont maintenant décédés, et qui n’a donc plus de foyer.

 

Les enfants vont à l’école libre de Teillé parce qu’il n’y en a pas à Trans. Ils font donc à

peu près tous les jours 10 ou 12 kilomètres à pieds, en partie par des routes de traverse,

en passant par les Linières et le grand chemin des Landes. Les aînés au moins sont donc

plus proches de Teillé que de Trans, et Julien et Alexandre s’installeront dans cette

commune comme agriculteurs au moment de leur mariage.

 

Le temps passe. Une photo existe de la famille Douet, en habits de cérémonie, au

Bois-Rond, vers 1925 ou 1930. Suivant le style de l’époque, Julien et Marguerite sont

assis devant l’objectif, lui, petit et maigre, les cheveux plaqués et la raie au milieu, avec

une petite moustache, elle, plus souriante et malicieuse, en coiffe bretonne de la région

nantaise et robe sombre, Francis, le plus jeune garçon, placé entre ses parents, en

chemise ouverte sous la veste, les cinq autres garçons bien alignés, en costumes stricts et

cravates, le plus grand, Alexandre, solidement piqué au milieu derrière Francis, Julien à

sa droite, la tête penchant à gauche, comme toujours, tout le monde bien digne et bien

sérieux.

 

La famille s’éparpille. Julien se marie à Teillé avec sa cousine germaine, Marie-Joseph

Raitière, la première fille du frère de Marguerite.

 

Alexandre épouse Marie Boursier, de Riaillé.

 

La ferme du Bois-Rond est reprise par Pierre, qui épouse Marie Toublanc, de Trans,

notre tante du Bois-Rond, si gaie et si optimiste, et dont la vie fut pourtant une longue

série de drames. Pierre, son mari, est mort de la tuberculose, encore jeune. Ils avaient un

enfant, Paul, qui est mort vers l’âge de 10 ans. Marie épousa Jean, le frère de son

premier mari. Ils sont restés dans la ferme du Bois-Rond. Trois enfants sont nés, dont

l’un est décédé très jeune. Quelques années plus tard, Jean est mort à son tour de

leucémie. Longtemps après, en 1996, la tante Marie du Bois-Rond est morte renversée

par une voiture à la sortie de la messe sur la place de l’église de Trans. Sa fille Marinette

est décédée deux ans plus tard, en 1998, victime elle aussi d’un accident de la route.

 

Alfred, qui souhaitait d’abord être prêtre, devint en fait employé à l’abbaye de

Belle-Fontaine, dans le Maine-et-Loire, et resta célibataire. Quand il revenait chez ses

parents au Bois-Rond, il faisait une halte en passant au Bois-Macquiau chez son frère

aîné Julien. Il est mort à Blain en 1963.

 

Francis, le plus jeune de la famille, a épousé Marie-Louise Monnier, de Trans, et ils se

sont installés au village des Masures, aux Touches. Ils ont eu 2 enfants.

Revenons à Julien Douet et à Marguerite Raitière. Ils terminent leur vie au Bois-Rond,

ayant connu la seconde guerre mondiale. Marguerite décède le 18 décembre 1947, à 66

ans, et Julien le 23 septembre 1954, à 81 ans.


(3) Douet Julien ° 14.12.1904 Trans

+ 14.02.1969 Teillé,

X 14.04.1931 Teillé

Raitière Marie-Joseph ° 19.08.1911 Teillé

+ 13.12.1995 Teillé

 

On peut se reporter ici au récit de Michel Douet ou faire appel à ses propres souvenirs.


(2) Michel Douet ° 19.07.1941 Teillé

+

X 19.07.1969 Rezé

Annick Couvrand ° 28.06.1943 Nantes

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