FAMILLE DESOMMEAUX

 

Désommeaux

 Le nom de famille Desoumeaux et ses graphies proches : Désommeaux, Deshoumeaux,

Désormeau, Déshommeaux, des Hommeaux, ne sont pas très fréquents. Ils ont

toujours un rapport direct avec l’ormeau, l’arbre, et signifient donc un lieu planté

d’ormeaux, ou bien la personne qui habite ce lieu.


(11) Desoumeaux Mathurin °

+

x

Douette Jacquette °

+

 

 

 

 

 

En ce qui concerne notre famille, il est remarquable que les Désommeaux soient

exclusivement localisés sur la commune de Teillé, et même, à l’intérieur de celle-ci,

uniquement sur la partie sud du territoire, sur les pentes de la vallée du Donneau. Ils ne

sont pas pour autant liés à un village ou un lieu unique, et leur sédentarité ne semble pas

attachée à la propriété particulière d’une terre. Simplement, leur horizon se limite à leur

paroisse d’origine.

 

Il est aussi curieux de remarquer qu’à 2 ou 3 kilomètres de là, sur la commune de

Mouzeil, entre la Richerais et le Boulay, se situait le moulin et la seigneurie des

Hommeaux, dont ont dépendu pour l’administration et la justice certains de nos ancêtres.

Les Desoumeaux habitant tout près du village des Hommeaux, quelle curieuse

coïncidence !

 

Située au croisement de la route, ancienne voie romaine, d’Ancenis à Châteaubriant et

de celle de Nantes à Candé, Teillé semblait destiné, par sa position et par son site, à un

lieu d’habitation. Elle est mentionnée, dès le 12ème siècle, dans les Annales nantaises,

et il est probable que sa fondation remonte beaucoup plus haut. Son étymolologie ne

nous livre à cet égard aucun secret. Le mot Teillé vient-il des bois, taillis, encore

nombreux dans le pays, ou un personnage gallo-romain portant le nom de Teillacus

l’a-t-il donné à la localité ?

 

Le bourg s’échelonne sur le versant méridionnal et le sommet d’un coteau qui

surplombe le cours du Donneau. En 1848, ses maisons basses et mal alignées, bordées

de jardins et de vignes, formaient deux groupes chacun autour d’une place. A l’entrée

du bas-bourg étaient l’église et le cimetière. L’église datait de 1600. Elle avait succédé

à une autre située dans le haut-bourg, depuis longtemps hors d’usage. A l’extrémité du

haut-bourg se dressait le presbytère, grande bâtisse rectangulaire du 16ème siècle, sans

style, aux murs épais d’un mètre, dominant la vallée.

 

La plupart des habitants étaient des cultivateurs, petits propriétaires, plus souvent

fermiers ou métayers, ouvriers agricoles. Il y avait une dizaine de tisserands et 6

meuniers. On comptait 3 seigneuries avant la Révolution : la Guibourgère, la Sionnière

et le Bois-Macquiau. (d’après Jean-Baptiste Eriau. Le chanoine Doussin )

 

La paroisse de Teillé, dit Ogée vers 1850, est située sur une hauteur, à 7 lieues 1/3 au

nord-est de Nantes, soit une trentaine de kilomètres, et à 3 lieues d’Ancenis. On y

compte 1000 communiants. Le territoire, coupé par la rivière du Hâvre, ou Donneau,

offre à la vue des terres en labours, et une quantité prodigieuse de landes. A deux

vallons près, le terrain est de superficie plane.

 

Les paroisses voisines sont : Riaillé, Pannecé, Mésanger, Mouzeil et Trans.

 

Sa superficie totale est de 2855 hectares dont 1911 de terres labourables, 386 de prés et

de pâturages, 131 de bois, 126 de vignes, 67 de vergers et jardins, 3 d’étangs et 90 de

landes.

 

Elle figure dans les titres anciens sous le nom de Teillé-aux-Nonains. Le bourg est assis

sur une petite éminence qu’encadrent de jolis vallons et un rideau de bois. Ce territoire

renferme quelques vignes, des terres labourables et des prairies médiocres. Il s’y fait

aussi un cidre renommé. L’église est de 1600. La première pierre en fut posée le 1er

mai de cette année-là par la duchesse de Mercoeur, sur la demande de Raoul de la

Guibourgère, attaché au parti de la Ligue pendant les Guerres de Religion, et alors

président à la Chambre des Comptes de Bretagne.

 

Il y avait jadis, outre cette église, les chapelles du Haut-Bourg, qui jusqu’à 1610 servit

d’église paroissiale, et celles de la Guibourgère et du Bois-Macquiau. Le château du

Bois-Macquiau, situé dans une jolie position, appartenant à madame de Monty, née du

Cornulier, n’est pas habité.

 

Il y a à Teillé une foire le 19 juin.

 

On y parle le français.

 

 

Cette chapelle du Bois-Macquiau, aujourd’hui disparue, est d’ailleurs liée à l’histoire de

la seigneurie des Hommeaux. En effet, une fille Marie des Hommeaux se maria en 1632 à

Pierre de Cornulier, seigneur du Bois-Macquiau. Et beaucoup plus tard, :

 

le onzième jour de mars 1720, ont été épousés dans la chapelle du manoir du

Bois-Macquiau, paroisse de Teillé, messire Jean Charbonneau et demoiselle Jeanne de

Cornulier, fille de messire Claude de Cornulier chevalier seigneur du Bois-Macquiau et

autres lieux...

 

Toujours est-il que c’est bien à Teillé que l’on trouve la plus ancienne mention de nos

ancêtres Desoumeaux :

 

Mathurin Desoumeaux et Jacquette Douette

 

parents d’un autre Mathurin Deshoumeaux à la génération suivante, né en 1673.

 

Mathurin Desoumeaux et Jacquette Douette, qui ont vraisemblablement une trentaine

d’année à la naissance de celui qui doit être leur fils aîné, puisqu’il porte le même prénom

que son père, sont donc nés aux environs de 1640, peut-être vers la fin du règne de

Louis XIII. Ils sont exactement les contemporains de Guillaume Douëtte et Françoise

Atimon, que nous avons suivis à Couffé dans la première partie de cette chronique, à 10

kilomètres de là, au bord du même petit ruisseau.

 

 

Rien ne permet de dire que Jacquette (ou Jacquine) Douette à Teillé soit parente de

Guillaume Douëtte de Couffé, mais il est curieux de constater que les deux patronymes,

Douet et Désommeaux, indirectement, se retrouveront quand même près de 3 siècles

plus tard sur les bords du Donneau.

 

Mathurin Desoumeaux est en 1673 boulanger à la Guibretière, ce qui est une profession

exceptionnelle dans la famille.


(10) Deshommeaux Mathurin ° 25.03.1673 Teillé

+ 25.09.1724 Teillé

x 16.02.1700 à Teillé

Lecrenois Charlotte °

+

 

 

 

Pour le moment,nous ne savons pas grand-chose des années qui ont précédé le mariage

de Mathurin Déshommeaux. Il a dû naître vers 1671, étant donné son âge lors de son

décès.

 

C’est le 16 février 1700, à 27 ans, au temps de Louis XIV, qu’il épouse à Teillé une

jeune femme de la même paroisse qui porte le joli nom de Charlotte Lecrenois, ou

Lecrenais. C’est la fille de Pierre Lecrenays, marchand au bourg de Teillé, et de Marie

Tiger.

 

A 27 et 21 ans les deux nouveaux époux sont apparemment tous les deux déjà veufs et

Charlotte, qui a perdu son père, est encore mineure et décrétée de justice, c’est à dire

qu’elle ne peut se marier qu’avec l’accord de l’autorité administrative.

 

Ils doivent exploiter des terres du côté de la Guibretière, un gros village au sud de la

paroisse, ou peut-être au Cormier-Blanc, dont le nom a aujourd’hui disparu, et qui se

trouvait à l’époque à la sortie de la Guibretière, en montant vers le Roscouët.

 

Mathurin Déshommeaux et Charlotte Lecrenois ont au moins 6 enfants :

 

-1)-François, né le 8 avril 1704, qui est notre ancêtre et a épousé en 1724 Renée Cochet

 

-2)-Anne, née le 3 février 1715,

 

-3)-Marie, née le 16 février 1716,

 

-4)-Françoise, née le 28 janvier 1718,

 

-5)-Anne, 2ème du nom, née le 12 juillet 1720,

 

-6)-un autre enfant anonyme décédé à la naissance.

 

Il est étonnant de constater le grand décalage d’une douzaine d’années entre les deux

premiers enfants.

 

Mathurin Déshommeaux meurt le 25 septembre 1724 à 53 ans, et Charlotte Lecrenaye,

dont l’orthographe du nom varie, mais sans doute pas la prononciation, se remarie, sans

doute pour la troisième fois, un an plus tard, le 18 septembre 1725, avec Pierre Lemesle.


(9) Desoumeaux François ° 8.04.1704 Teillé

+ 17.04.1761 Teillé

x 14.04.1724 à Teillé

Cochet Renée ° Mésanger

+

 

 

 

Il semble bien que François Desoumeaux soit le seul garçon du couple Mathurin

Déshommeaux / Charlotte Lecrenois. Né vers 1703 au temps de Louis XIV, il a surtout

vécu à l’époque suivante, celle de la Régence et de Louis XV.

 

Il a épousé le 14 avril 1724, à 21 ans, Renée Cochet, qui était originaire de Mésanger. La

paroisse de Mésanger est à quelques centaines de mètres de la Guibretière et du

Cormier-Blanc, et commence juste après le plateau qui monte vers la Butte-du-Tertre et

Cope-Choux, point de rencontre entre Teillé, Mésanger et Mouzeil, qui appartiennent

chacune aux trois cantons de Riaillé, Ancenis et Ligné. Il parait que nos anciens

pouvaient montrer l’endroit précis où un homme, le pied gauche sur un canton, le pied

droit sur un autre, pouvait faire ses besoins sur le troisième. Belle performance !

 

Renée Cochet était la fille de René Cochet et de Marie Cocquet : petit exercice de

phonétique.

 

François Desoumeaux et Renée Cochet sont de simples laboureurs au village du

Cormier-Blanc, aujourd’hui disparu comme les cormiers d’autrefois, et que nous avons

déjà situé à la sortie de la Guibretière vers le Roscouët.

 

Le cormier est un bel arbre devenu rare, qui peut faire jusqu’à 10 mètres de hauteur, et

qu’on appelle aussi le sorbier. Son bois est particulièrement dur, difficile à couper et à

travailler, mais apprécié en ébénisterie. Le bois des branches servait aussi à faire

d’incassables manches d’outils. Les fruits, les cormes, avaient un goût très âpre sur la

langue, comme les prunelles violettes des haies, et on ne pouvait les utiliser que

lorsqu’elles étaient presque pourries, pour parfumer un cidre qui devenait presque aussi

dur qu’elles. On racontait aux jeunes enfants qu’il fallait manger lentement 7 cormes

vertes pour changer de sexe. Personne n’a jamais pu le faire !

 

Au Cormier-Blanc, la famille Desoumeaux voit naître au moins 10 enfants :

 

-1)-Perrine, née en 1724, morte à 8 ans en 1732.

 

-2)-Mathurin, né le 31 octobre 1726, mort à 32 ans en 1759, marié d’abord à Jeanne

Piré, avec qui il a 4 enfants, puis à Marie Gautier, dont il aura 3 enfants.

 

-3)-Marie, née en 1729, morte à 5 ans en 1734.

 

-4)-François, né en 1731, mort à 32 ans en 1763.

 

-5)-Anne, née en 1733, morte à 2 ans en 1735.

 

-6)-Marguerite, née en 1735, mariée à François Leray en 1752.

 

-7)-Pierre, né le 6 avril 1739, marié avec Anne Potier le 25 novembre 1766.

C’est notre ancêtre .

 

-8)-Marie, née en 1741, morte à 2 ans en 1743.

 

-9)-Jacques, né en 1742, mort 15 jours plus tard.

 

-10)-une autre Marie, née en 1743.

 

Seulement 4 ou 5 enfants sur les 10 ont survécu. C’est un exemple concret de la

difficulté des temps et de la relation avec la mort que les gens devait parfois entretenir.

 

François Desoumeaux meurt le 17 avril 1761, à 58 ans, et nous n’avons pas pour le

moment d’autres indications sur Renée Cochet.


(8) Desoumeaux Pierre ° 6.04.1739 Teillé

+

x 25.11.1766 à Teillé

Potier Anne °1731

+19.09.1781 Teillé

 

 

En 1 siècle, la famille Desoumeaux n’a pas bougé : elle est toujours du côté de la

Guibretière et du Cormier-Blanc.

 

Pierre Desoumeaux est né le 6 avril 1738.

 

Il épouse le 25 novembre 1766 Anne Potier, fille de Pierre Potier et Marie Marin. Nous

ne sommes pas encore remontés plus loin dans cette famille Potier.

 

Pierre Desoumeaux et Anne Potier sont laboureurs à boeufs à la Guibretière puis au

Cormier-Blanc. C’est peut-être une petite promotion sociale pour eux. Ils ont leurs

propres animaux de travail quand leurs parents n’avaient guère que leurs bras.

 

Voici la descendance assez nombreuse de Pierre Desoumeaux qui s’est marié deux fois .

De son mariage avec Anne Potier, 7 enfants sont nés :

 

-1)-Pierre, né en1769, mort en 1771, à 15 mois.

 

-2)-Mathurin, né en 1770, mort en 1771, à 5 mois, 8 jours après son frère.

 

-3)-un second Mathurin, né le 16 mars 1772, mort le 29 septembre 1837, à 65 ans, marié

avec Anne Rabu. C’est notre ancêtre.

 

-4)-Marie, née en 1775, morte jeune.

 

-5)-Pierre, né en 1778.

 

-6)-une autre Marie, né en 1779, morte à 1 mois.

 

-7)-Anne, née en 1780, morte à 10 mois.

 

Comme à la génération précédente, la mortalité infantile est terrible : 1 ou 2 enfants

seulement ont survécu.

 

Anne Potier elle-même meurt 4 jours après sa dernière fille, le 19 septembre 1781, à

l’âge de 36 ans.

 

Pierre Desoumeaux se remarie avec Jeanne Richard et ils auront 3 enfants :

-8)-Jeanne, née en 1786, morte à 1 mois.

 

-9)-une autre Jeanne, née en 1787.

 

-10)-François, né en 1789, et mort à 24 ans, en 1813, à Langres, dans les armées

napoléonniennes.

 

Depuis 2 générations, sur 20 enfants, 1/3 seulement ont atteint l’âge adulte.

 

Pierre Desoumeaux est sans doute mort au temps de la Révolution.


(7) Deshommeaux Mathurin ° 16.03.1772 Teillé

+ 29.09.1837 Teillé

x 18.11.1805 à Teillé

Rabu Anne ° 1781

+ 10.03.1865 Teillé

 

 

 

Ce Mathurin Deshommeaux fut le premier et un des seuls enfant à survivre dans la

descendance nombreuse de ses parents. Comme ses prédécesseurs, il est cultivateur à la

Guibretière.

 

A 33 ans il épouse Anne Rabu qui en a 24. Les Rabu sont depuis toujours très nombreux

à Teillé et apparemment, ce sont des gens d’influence. En avril 1789, deux Rabu signent

le registre de la délibération lors de l’assemblée pour le Cahier paroissial de Doléances,

sans qu’on sache cependant s’ils ont un lien de parenté avec la petite Anne qui a 8 ans à

cette époque-là. Le père d’Anne est, lui, déjà décédé.

 

Anne est en effet la fille de Julien Rabu, mort en 1779, et d’Anne Ameline, mariés à

Teillé en 1763. Les grands-parents s’appellent Julien Rabu et Marie Angebaud d’une

part, Joseph Ameline et Marie Erraud de l’autre.

 

Puisque nous sommes arrivés à l’époque de la Révolution de 1789, il est à noter que la

paroisse de Teillé et quelques autres des environs, Mouzeil, Trans, Pannecé, furent à peu

près totalement préservées des troubles qui agitèrent la région, le département et

certaines localités proches comme Mésanger, Couffé, Ligné, les Touches, Petit-Mars,

Joué. Peut-être est-ce dû en partie à l’attitude modérée du clergé local. Monsieur Gilles

Garnier, né à Châteaubriant, curé de Teillé depuis 1783, docteur en théologie, homme

d’influence dans la région, joua un rôle de conciliateur dans cette période difficile. Le 30

janvier 1791, il prêta le serment de la Constitution Civile du clergé, ainsi que son vicaire,

monsieur Leclerc, et il expliqua sa position à ses paroissiens :

 

Le serment qu’on exige de nous aujourd’hui n’ajoute rien à nos obligations puisque

nous étions obligés antérieurement de faire tout ce que ce serment prescrit. La vie et la

conservation d’un grand nombre de nos frères dépendent du maintien de la Constitution

et quiconque formerait un voeu pour la dissolution de l’auguste Assemblée Nationale se

rendrait coupable d’un péché. Je ne vois rien dans ce serment qui puisse alarmer ma

conscience. L’Assemblée a déclaré qu’elle n’entendait en rien toucher au spirituel et je

ne vois aucun règlement absolument inconciliable avec l’autorité de l’Eglise. Comme

ecclésiastique, je reçois toutes les décisions de L’Eglise pour ce qui regarde le spirituel.

Comme citoyen, je dois me soumettre sans réserves à toutes les lois du souverain de ma

patrie pour ce qui regarde le temporel. Dans ces sentiments, je jure de veiller avec soin

sur la paroisse qui m’est confiée pour la conserver dans la foi catholique et dans

l’obéisance aux lois de l’Etat.

 

Il n’y a dans cette déclaration rien de choquant. Le curé de Teillé perçoit même

clairement une menace pour la vie de ses paroissiens en cas de conflit avec l’autorité

politique. Il restera à son poste pendant toute la durée de la Révolution. Et

effectivement, tout le monde sera épargné.

 

L’attitude de monsieur Garnier, suivie par quelques-uns de ses confrères du secteur, lui

sera évidemment reprochée par la suite. Ne remarquait-on pas à Teillé, sans doute à

cause de lui : moins de simplicité dans la foi, moins de confiance dans le clergé, et

moins d’attachement aux principes de la morale. Souvent en effet on vit se lever à

nouveau dans la paroisse le vieux levain révolutionnaire et certains en vinrent à se

tourner contre la religion. C’était à n’en pas douter la conséquence lointaine et funeste

de l’attitude navrante de ce curé constitutionnel qui avait favorisé : ces opinions pas

aussi saines que dans ces paroisses où le clergé est demeuré invariablement fidèle à

Dieu et au roi. ( Jean-Baptiste Eriau. Le chanoine Doussin).

 

Voilà un va-t-en-guerre-civile intégriste et royaliste qui regrette les vies épargnées par ce

brave et pacifique curé Garnier !

 

...Cependant monsieur Garnier et son vicaire se signalèrent par leur rôle de bons

Samaritains à l’égard de prisonnières vendéennes, les dames de Boishéraud, qui

avaient été trahies et arrêtées à Trans. Ayant appris qu’elles étaient arrivées à Teillé

pour être conduites à Ancenis, ils n’hésitérent pas à leur offrir asile au presbytère, pour

les soustraire à la curiosité des habitants et à la malveillance de leurs gardes. Ils leur

accordèrent, du 22 au 27 décembre 1793 une hospitalité aussi délicate que courageuse

et ils les préservèrent probablement du massacre. ( id. ).

 

De plus, monsieur Garnier racheta quelque peu sa réputation auprès des royalistes

puisqu’il rétracta son serment en 1795, quand la tourmente révolutionnaire commença à

s’apaiser.

 

Il est temps de revenir à Mathurin Deshommeaux et Anne Rabu qui s’installent comme

cultivateurs à la Guibretière à l’époque napoléonnienne, quelques jours avant la bataille

d’Austerlitz du 2 décembre 1805.

 

Ils ont au moins 7 enfants :

 

-1)-Jeanne, née en 1810, morte en 1878, mariée à René Jourdon.

 

-2)-Mathurin, né en 1812, mort en 1827 à 15 ans.

 

-3)-Pierre, né le 8 septembre 1814, mort le 3 octobre 1892, marié avec Françoise

Léquippe, et que nous retrouverons à la génération suivante.

 

-4)-Julien, né en 1816, mort en 1906 à 90 ans, marié avec Marie-Julienne Léquippe,

laboureurs à la Jounière, à Teillé.

 

-5)-Marie,née en 1819, morte en 1892, mariée avec Jean-Baptiste Fromy, laboureurs à la

Milsandière, à Teillé.

 

-6)-Julienne, née en 1822, morte en 1904, mariée à François Juton, laboureurs au

Cormier-Blanc, à Teillé.

 

-7)-Jean-Paul, né en 1824, mort en 1854, marié avec Monique Abeline, laboureurs à la

Guibretière. Monique Abeline se remariera avec Auguste Richard.

 

Mathurin Deshommeaux décède le 29 septembre 1837 à la Guibretière, agé de 65 ans, et

Anne Rabu meurt le10 mars 1865, à l’âge fort respectable de 84 ans.


(6) Désommeaux Pierre ° 8.05.1814 Teillé

+ 3.10.1892 Teillé

x 8.11.1840 à Teillé

Léquippe Françoise ° 16.10.1824 Teillé

+ 24.08.1888 Teillé

 

 

 

 

Pierre Désommeaux est le 3ème des 7 enfants de Mathurin Déshommeaux et Anne Rabu.

Il est né le 8 mai 1814, au village de la Guibretière, vers la fin de l’empire de Napoléon

1er.

 

Pierre Désommeaux épouse à 26 ans, le 8 novembre 1840, Françoise Léquippe, née la

même année que lui, le 16 octobre 1814, à Teillé. Elle est la fille de Pierre Léquippe et de

Françoise Maurice, mariés en 1799, et au-delà, on trouve des mariages Léquippe /

Rouxeau en 1777, Léquippe / Bliguet en 1741, ainsi que Roussau / Guihard, Bliguet /

Baudouin, ou bien Maurice / Rabu en 1775, Morice / Fouché, Rabu / Lohier en 1750,

Rabu / Perrouin et Lohier / Baudouin, tous à Teillé. La plupart de ces noms de familles

ont été très communs dans la paroisse et beaucoup existent encore.

 

Ils s’intallent comme agriculteurs à la Guibretière, dans un quartier de la commune qui

semble voué à la famille Désommeaux. On les retrouvera vers la fin de leur vie à

l’Asnerie, peut-être chez leur fils Jean.

 

Pierre Désommeaux et Françoise Léquippe ont eu 8 enfants, 6 garçons et 2 filles :

 

-1)-Pierre, né le 4 octobre 1841, mort à 11 ans le 30 octobre 1852.

 

-2)-Jean, né le 13 juillet 1843, mort à 72 ans le 20 août 1915, marié à Anne Paitier,

agriculteurs à l’Asnerie, qui ont, par les filles nées de ce mariage, donné la branche

des Beauregard du Croix-Chemin et des Jaunasse des Linières.

Après le décès d’Anne Paitier, Jean se remariera avec Henriette Mourin.

 

-3)-Jeanne, née le 22 septembre 1845, morte à 28 ans le 2 août 1873, mariée avec Pierre

Léquippe, agriculteurs au village de Sainte-Marie.

 

-4)-Louis, né le 12 octobre 1847, mort 16 mai 1899, marié d’abord à Justine

Désommeaux, sa cousine germaine décédée à 20 ans en1871, puis à Eugénie Huet

avec qui il aura 10 enfants, dont 1, François, mort en 1916 à la guerre.

 

-5)-François, né le 16 mai 1850, mort à l’armée à 21 ans en 1871.

 

-6)-Julien, né aussi le 16 mai 1850, et mort 1 mois plus tard le 30 juin.

 

-7)-Marie-Françoise, née le 8 septembre 1851, morte à 45 ans le 3 mai 1897, religieuse,

mère supérieure fondatrice de la Congrégation de la Sainte-Famille, à Teillé.

 

-8)-Amand, né le 4 mars 1853, mort à 74 ans le 1 février 1928, chez sa fille

Marie-Thérèse, au Bois-Macquiau, marié avec Anne Renier, agriculteurs à

Sainte-Marie. C’est lui qui est notre ancêtre direct, notre arrière-grand-père.

 

Revenons un instant à Marie-Françoise Désommeaux, notre religieuse. Par le biais d’un

livre que nous avons déjà cité plusieurs fois et qui eut, paraît-il, son heure de gloire dans

tous les séminaires du département, rédigé en 1936 par le chanoine Jean-Baptiste Eriau,

à l’époque supérieur de l’Institution Saint-Joseph d’Ancenis, et consacré au chanoine

Doussin, ancien curé de Teillé, pompeusement qualifié par l’auteur de disciple du Curé

d’Ars, et qui fut l’inspirateur de la nouvelle église paroissiale, ainsi que le fondateur des

écoles catholiques, il est donc question des débuts de cette petite communauté religieuse

locale et de sa fondatrice. Le style de l’auteur est fleuri, sentimental et sulpicien à

souhait. Et les idées du chanoine Eriau, qui reflètent sans doute celles des ecclésiastiques

de l’entre-deux-guerres, sont parfaitement réactionnaires, religieusement socialement et

politiquement. Mais par curiosité et chauvinisme local et familial, par amusement aussi,

nous allons nous y arrêter un peu.

 

Voici donc, selon le pieux chanoine Eriau, quelques bribes de cette édifiante histoire :

 

Affiliées au Tiers Ordre du Carmel, cette communauté prit le nom de Sainte Famille et

se voua au soulagement des pauvres et des malades. Les bases en furent jetées au temps

du curé Doussin vers 1864 par quelques jeunes filles de Teillé. Elles s’appelaient Marie

Delanoue, Marie Juton et Jeanne Leray. En 1873, le groupe de départ s’était augmenté

de Françoise Lebrun, Anne Macé et Marie-Françoise Désommeaux, la fille de Pierre

Désommeaux et de Françoise Léquippe, et devint officiellement une Congrégation

reconnue. Ce fut la maison de l’une d’elles, Françoise Lebrun, qui devint dans le haut

du bourg le siège de la nouvelle communauté. La première supérieure élue en 1879 fut

Marie-Françoise Désommeaux, en religion soeur Thérèse du Sacré-Coeur de Jésus.

 

La construction d’un bâtiment plus important fut bientôt entrepris, celui qui a précédé

les modernes constructions actuelles de la Maison de retraite. Les soeurs se réservaient

l’étage et installaient au rez-de-chaussée les pauvres et les malades, les hommes d’un

côté, les femmes de l’autre. Mais tous se rassemblaient au réfectoire. Par une fraternité

touchante, qui rappelait les premiers âges du christianisme, les soeurs elles-mêmes

s’asseyaient à la table commune, dont la frugalité égalait la simplicité.

 

Les ressources précaires de la communauté provenaient en partie des revenus d’une

boutique contigüe au couvent. Cette modeste maison d’épicerie, de mercerie et de

rouennerie, avant d’être cédée aux religieuses, avait appartenu à Françoise Lebrun et à

sa soeur Arsène, veuve Pinson. Celle-ci et son mari avaient été concierges au

collège-séminaire des Couëts, et le brave Pinson s’était rendu célèbre par son accent et

ses colères contre les collégiens chahuteurs : “J’sais d’Teillé, moi, j’sais là, c’est pour

indiquer, et v’nez pas m’em...nuyer !”

 

Quelques-unes des soeurs reçurent de leurs familles une petite dot ou leur part

d’héritage, qui les aidèrent à vivre ou du moins à ne pas mourir de faim.

 

Les parents de la soeur supérieure, Pierre Désommeaux et Françoise Léquippe,

habitaient le village de l’Asnerie, situé à 2 kilomètres du bourg, et la mère était malade.

Pendant plusieurs mois, celle-ci demeura donc près de sa fille à la communauté et son

père la suivit. Pierre Désommeaux, surnommé, à cause de son expression familière :

Nom de Pitié, se résigna, non sans regret, à remettre à sa fille sa part d’héritage pour

la communauté. Mais il exerça sur ses dépenses un contrôle impitoyable. Lorsqu’il

reconnaissait ou croyait reconnaître des produits de sa ferme parmi les denrées

destinées au couvent, il lui faisait de vives remontrances et lui reprochait sa

prodigalité. “Nom de pitié, disait-il, tu vas nous ruiner, ma pauvre Marie. Puisque tu

n’as pas de quoi les nourrir, renvoie donc chez elles toutes tes “ambulantes” et ces

gens-là qui nous sucent.”Notre bonhomme intéressé se fâchait encore quand sa fille

plantait des fleurs pour orner l’église. “Il vaudrait mieux, disait-il, planter des choux.”

 

Notre cher ancêtre ne paraissait pas dénué de bon sens !

 

Quelques années plus tard, on annonça un soir qu’un homme avait été trouvé gisant

dans une mare de sang, à un kilomètre du bourg, sur la route de Trans. C’était un

vagabond. Le misérable, dégoûté de la vie, s’était tranché la gorge avec son couteau.

En bon samaritain, le curé de Teillé le fit transporter tout de suite à la communauté où

on lui prodigua les soins exigés par son état. Touché de la bonté dont il était l’objet, il

sentit la foi se réveiller dans son âme, regretta publiquement son acte de désespoir et se

réconcilia avec Dieu, avant de mourir.

 

Ah ! bon ! Quand même !

 

Marie-Françoise Désommeaux, la mère Thérèse du Sacré-Coeur de Jésus, fut pendant

18 ans la supérieure de la Congrégation, et notre pieux chroniqueur note qu’elle mourut

en odeur de sainteté, ayant reçu comme Bernadette Soubirous à Lourdes la visite de la

Vierge. Un jour en effet, les soeurs lui remarquent une attitude extraordinaire,

souriante, les yeux fixés dans le vide. Après un moment, elle dit : “Oh ! qu’elle est belle

!” Elle voit aussi le spectre du démon ! Puis à nouveau : “La voilà qui passe ! -Qui

donc ? -La sainte Vierge ! Vous ne la voyez donc pas ?” Elle mourut en 1897 en

chantant : “Je suis l’enfant de Marie !”.

 

On peut comprendre à de tels récits l’imprégnation religieuse de la famille Désommeaux,

sûrement fière de compter un tel modèle de sainteté parmi ses membres !

 

Pierre Désommeaux et Françoise Léquippe disparurent vers la fin du siècle, elle d’abord

à 64 ans, le 24 août 1888, et lui ensuite, à 78 ans, le 3 octobre 1892.


(5) Amand Désommeaux ° 1.03.1851 Teillé

+ 1.02.1928 Teillé

X 11.05.1879 Teillé

Anne Renier ° 19.06.1860 Teillé

+ 9.06.1911 Teillé

 

 

 

Amand Désommeaux est le dernier des 8 enfants de Pierre Désommeaux et de Françoise

Léquippe. Il est né le 1 mars 1851 à la Guibretière.

 

Il épouse à 28 ans, le 11 mai 1879, Anne Renier, qui n’a pas encore 19 ans, étant née le

19 juin 1860.

 

Anne Renier est la fille de René Renier et d’Anne-Marie Lépine, de Teillé. On trouve

auparavant des mariages Renier / Gicquiau, les Renier étant de Teillé, alors que les

Gicquiau sont originaires de Couffé et qu’on les retrouve dans les ascendants lointains de

l’arbre généalogique Raitière. Plus haut on trouve des mariages Renier / Coudrais,

Renier / Létourneau, Coudrais / Dubois, toujours à Teillé. Et puis à Couffé des unions

Gicqueau / Rebreteau, Mathurin Gicquiau / Margritte Collineau, Reberteau / Chauveau.

 

Du côté d’Anne-Marie Lépine, de Teillé, on trouve des Lépine / Glénet, Lépine / Bricet,

Glénet / Ménoret, Glénet / Dubois, Ménoret / Daudin.

 

Amand Désommeaux et Anne Renier s’installent à la ferme de Sainte-Marie, une terre

isolée entre la route de Mouzeil et l’Asnerie, peut-être à côté de leur soeur et beau-frère,

Jeanne Désommeaux et Pierre Léquippe.

 

Deux enfants vont naître, deux filles :

 

-1)-Anne-Marie Désommeaux, née en 1881, décédée en 1963, qui se mariera en 1902

avec Pierre Bliguet et qui restera avec son mari à la ferme de Sainte-Marie. Ce sera

mère-Anne. Sa fille, Anne-Marie aussi, fille-Anne, épousera Joseph Richard, le frère de

notre tonton Julien Richard du Bois-Macquiau et mari de tante Marthe. Eux-mêmes

vivront aussi à Sainte-Marie et auront en 1932 une fille, Marie-Anne, petite-Anne, qui

épousera Marcel Désormeau et continuera la lignée sur la même terre de Sainte-Marie, et

un garçon, Joseph, né en 1934. Anne-Marie Désommeaux et Pierre Bliguet auront aussi

un fils, Louis Bliguet, qui épousera Elisabeth Dupas, et dont les fils furent Louis et Jean

Bliguet, de la Guibretière.

 

-2)-Marie-Thérèse Désommeaux, notre grand-mère, née le 11 juin 1885, décédée le 8

octobre 1952, et qui épousera donc notre grand-père, Félix Raitière.

 

Amand Désommeaux et Anne Renier sont toute leur vie cultivateurs sur la ferme de

Sainte-Marie.

 

Anne Renier décède assez jeune encore, le 9 juin 1911, à l’âge de 51 ans, en sa maison

de Sainte-Marie, deux mois avant la naissance au même lieu de sa petite fille,

Marie-Joseph, notre mère, la fille de Félix Raitière et de Marie-Thérèse Désommeaux,

qui vivent encore là à l’époque avant d’aller rejoindre la métairie du Bois-Macquiau.

 

Amand Désommeaux continue à vivre sur sa ferme avant d’aller lui aussi à la fin de sa

vie au Bois-Macquiau pour habiter chez sa seconde fille. Nous avons de lui une photo,

vers 1926 ou 1927, au milieu de ses petits enfants et entre Félix Raitière et sa fille

Marie-Thérèse. Il y apparaît un peu voûté et fatigué, au centre d’un groupe familial

cérémonieux et très crispé.

 

Il meurt le 1er mars 1928 au Bois-Macquiau, un mois avant ses 77 ans.

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