FAMILLE COUVRAND

 

Couvrand

 

 

L’origine du nom Couvrand n’est pas facile à déterminer avec précision.

 

On peut penser qu’il est proche de Courant, Courand, et par là de l’ancien breton

cobran qui signifierait : secours, secourable.

 

Un autre nom breton, encore porté dans le Finistère, peut lui ressembler : Kervran,

Kervrann, signifiant : corbeau, corneille, la maison du corbeau.

 

Le meilleur est sans doute le plus simple : Couvrand, Couvreux serait une forme

normande et picarde de couvreur, Couvreur, Lecouvreur, et serait donc un nom de

métier. On trouve des formes diminutives : Couvrat, Couvret. ( Marie-Thérèse Morlet.

Dictionnaire étymologique des noms de familles. )

 

En Loire-Atlantique, le nom est surtout porté dans l’ouest du département, entre la

Brière et Ponchâteau. Il est remarquable que depuis plus de 3 siècles son orthographe

n’ait pratiquement pas varié dans les actes d’état civil de la famille.


(12) Couvrand Jan °

+

x 13.09.1634 Pontchâteau.

Tranchant Andrée °

+

 

 

 

C’est apparemment du côté de Pontchâteau que l’on trouve les plus anciens ancêtres

Couvrand.

 

Le treiziesme de septembre mil six cent trente quatre ont été espouzés en l’église de

Pontchâteau Jan Couvrand et Andrée Trenchan

 

Pas de noms de parents, ni de village, ni de métier. Difficile de remonter plus avant.

 

Pendant plusieurs générations, les Couvrand vont donc vivre dans cette paroisse de

Pontchâteau, d’abord un petit bourg situé sur la rive gauche du Brivet et qui était un

centre pour le commerce des grains, pour les tanneries et les mégisseries. Aujourd’hui,

on connaît à Pontchâteau le site du Calvaire, en bordure de la forêt de la Madeleine,

commencé à partir de 1709 par le missionnaire Louis-Marie Grignion de Montfort. Mais

Louis XIV ordonne qu’on arrête les premiers travaux entrepris par le religieux avec

l’aide de la population locale. L’aménagement reprend à partir de 1821 avec un Chemin

de Croix et des statues grandeur nature, la construction de bâtiments et lieux de

pélerinage, et l’installation sur le site d’un séminaire des Pères Montfortains.

 

On peut penser raisonnablement que les nouveaux mariés, Jean Couvrand et Andrée

Tranchant, s’ils sont âgés d’une trentaine d’années, comme cela est fréquent à cette

époque, sont nés entre 1600 et 1610, c’est à dire juste avant la mort du roi Henri IV.

Mais ils vivent surtout au temps des rois Louis XIII et Louis XIV.

 

Ils ont plusieurs enfants , dont :

 

1)- François, qui est notre ancêtre suivant, né le 23 novembre 1642, un peu avant la fin

du règne de Louis XIII, lequel est mort en 1643, l’année même de la célèbre bataille de

Rocroi.

 

2)- Jan, né le 2 avril 1646.

 

3)- Julien Couvrand, né le 21 mars 1649, qui a pour parrain Julien Ernot et pour

marraine Julienne Guihéneuf, et qui se mariera en 1678 avec Perrine Delalande, en

présence d’Ollivier Couvrand, son frère.

 

4)- Ollivier Couvand, donc.

 

5)- Louis, né le 28 mars 1652, qui se mariera en 1682 avec Benoiste Guichard et aura

comme son frère aîné François une longue lignée de descendants.

 

Couvrand, Ernot, Guihéneuf ou Guihéneux, Delalande, voilà des noms de famille très

communs entre Brière et Pontchâteau, que nous retrouverons et qui sont déjà alliés dès

cette époque, au milieu du 17 ème siècle. Les mêmes prénoms seront aussi retrouvés

fréquemment dans notre chronique.

 

Lors du mariage de François, en 1677, Andrée Tranchant est décédée, mais Jan

Couvrand, le père, est présent.


(11) Couvrand François ° 23.11.1642 Pontchâteau

+

x 07.09.1677 Pontchâteau.

Guihéneuf Jeanne ° 1657 Pontchâteau

+

 

 

 

François Couvrand est né le 23 novembre 1642, plus tôt que son acte de mariage de

1677 à Pontchâteau semble l’indiquer :

 

le septième de septembre mil six cent soixante dix sept ont été épousés François

Couvrand fils de Jan Couvrand et défuncte Andrée Tranchant sa femme âgé de trente

ans ou environ et Janne Guihéneuf fille de défunct Jacques Guihéneuf et de défuncte

Janne Jouin, âgée de dix huit ans, mariage décrété de justice par Belliot greffier....

 

Le nouveau marié n’est pas jeune, il a 35 ans, mais celà n’a rien d’extraordinaire à

l’époque.

 

La mariée, elle, est plus jeune, orpheline et, comme elle est mineure, c’est-à-dire qu’elle

n’a pas encore 25 ans, le mariage est dit “décrété de justice” par un officier de

l’administration royale, le greffier Belliot.

 

Janne est en réalité née en 1657, baptisée par le prêtre Jean Nicolas et elle a pour parrain

et marraine Mathurin Daniel et Janne Gouray.

 

1)- le premier enfant du couple semble être François, qui se mariera en 1716 avec

Françoise Bernier.

 

2)- puis vient Marguerite, en 1678,

 

3)- un autre enfant naît le 20 novembre 1679, Ollivier Couvrand, notre ancêtre de la

génération suivante. Il a pour parrain Ollivier Couvrand, le parrain et son filleul ayant

comme souvent le même prénom, et pour marraine Perrine Delalande. L’enfant est né au

village de l’Organais, qui aujourd’hui ne se trouve pas à Pontchâteau mais à

Sainte-Reine-de-Bretagne.

 

4)- enfin Julien vient en 1685.

 

Nous sommes donc maintenant amenés à penser que les Couvrand, malgré ce que les

premiers actes civils à notre disposition peuvent nous laisser croire, ne sont pas

originaires de l’actuelle commune de Pontchâteau, mais bien plutôt de celle de

Sainte-Reine. Celle-ci est en effet une paroisse relativement récente. Il n’existe pas pour

elle de registres paroissiaux antérieurs à 1715 et, même après cette date, seuls les

baptêmes et les sépultures y étaient célébrés régulièrement, sans doute parce qu’ils

avaient lieu le jour même ou peu après l’événement. Les mariages, qui étaient préparés

de longue date, avec les bans publiés 3 dimanches de suite dans les églises paroissiales,

ont été encore pendant longtemps après cette date célébrés dans l’église principale de

Pontchâteau, et quand par exeption ils avaient lieu à Sainte-Reine, c’était avec

l’autorisation formelle du recteur du chef-lieu. Longtemps, comme l’attestent de

nombreux actes de baptême, de mariage ou de décès, Sainte-Reine a été une trêve de

Pontchâteau, c’est-à-dire un territoire desservi par un prêtre responsable, un vicaire, mais

dépendant d’une paroisse plus importante et d’un recteur : celui de Pontchâteau.

 

Dans tous les actes d’état civil concernant les Couvrand, les villages cités se trouvent sur

un territoire assez restreint autour du bourg de Sainte-Reine, jamais à plus de 2

kilomètres de celui-ci. Le village central, le berceau de la famille en quelque sorte, est

certainement l’Organais, à moins de 2 kilomètres de l’église, au nord. On trouve autour

de lui dans un espace très rapproché de quelques centaines de mètres, Bergon, Crevy, la

Vallée, la Lande, les Noës, la Fleuritais, et au sud, à peu près à la même distance du

bourg, Marongle. Apparemment, la seule fois avant le 20 ème siècle où un Couvrand se

risquera hors de Sainte-Reine, ce sera pour émigrer à la Cossonnais, en Crossac, mais le

village se trouve lui aussi très proche du bourg de Sainte-Reine, à guère plus de 2

kilomètres.

 

Voici pour François Couvrand et Janne Guihéneuf, sans doute des laboureurs, qui sont

des contemporains de Louis XIV, à la fin du 17 ème siècle.


(10) Couvrand Ollivier ° 20.11.1679 Sainte-Reine

+ 19.07.1740 Sainte-Reine

x 22.11.1707 Pontchâteau.

Bernier Laurence ° 1685 Sainte-Reine

+ 29.04.1743 Sainte-Reine

 

 

 

Ollivier Couvrand, fils de François Couvrand et de Jeanne Guihéneuf, est né le 20

novembre 1679, au village de l’Organais à Sainte-Reine, paroisse de Pontchâteau, ainsi

que Laurence Bernier, née en 1685, qu’il épouse en 1707.

 

Pontchâteau

le vingt deuxième jour de novembre mil sept cent sept ont été épousés par moy prêtre

soussigné par permission de monsieur le recteur

Ollivier Couvrand majeur fils de feu François et de Jeanne Guihéneuf ses père et mère

et Laurence Bernier fille de François et de Renée Vaillan ses père et mère

après les trois bans cannoniquement faits par trois jours de dimanche sans opposition à

notre connaissance

et tous de cette paroisse

ont été présens François Couvrand Louis Couvrand qui tous signent à la réserve de

François Couvrand François Bernier père de l’épouse Laurent Bernier Jean Guihéneuf

du village de Bergon qui ne signent

signé Ollivier Couvrand

G.Boisrobert prêtre

 

Ollivier Couvrand est âgé de 28 ans et Laurence Bernier de 22. Malgré la formulation un

peu complexe de la liste des témoins, parents et amis ...présents qui tous signent sauf ...,

on constate que seul le marié a apposé sa signature au bas du document, ce qui dénote

quand même de sa part une certaine culture pour l’époque. On peut penser que le témoin

François Couvrand est le frère aîné du marié.

 

Laurence Bernier est la fille de François Bernier et de Renée Vaillant. Elle n’est pas la

soeur de Françoise Bernier que le frère de son mari épousera en 1716 à près de 40 ans.

 

Ollivier Couvrand et Laurence Bernier ont plusieurs enfants :

 

1)- Julien, né le 21 novembre 1708,

 

2)- François Couvrand, né le 2 décembre 1717, au village de la Fleuritais, assez

longtemps après le premier enfant, et mort le 1 avril 1720, à un peu plus de 2 ans.

 

3)- Louis, né le 25 janvier 1721, au village des Noës, à Sainte-Reine : c’est notre ancêtre

suivant. Le parrain est Louis Couvrand et la marraine Janne Thobye.

 

4)- Marie, née le 3 février 1724 et décédée l’année suivante en novembre.

 

On retrouvera maintenant la plupart du temps les villages de Sainte-Reine où vit la

famille Couvrand. Ainsi Ollivier Couvrand, né à l’Organais, a sans doute aussi vécu à la

Fleuritais et aux Noës, hameaux il est vrai très proches les uns des autres.

 

Ollivier Couvrand meurt le 19 juillet 1740, à la Fleuritais, à Sainte-Reine, à l’âge de 61

ans. Pierre Aubin, seigneur de Kescourna, signe l’acte de décès. Peut-être faut-il y voir le

signe d’un certain rang social ou d’amitiés haut placées. Laurence Bernier décède dans le

même village, le 29 avril 1743, à 58 ans.

 

La plus grande partie de leur vie s’est passée sous le règne du roi Louis XV.


(9) Couvrand Louis ° 25.01.1721 Sainte-Reine

+ 4.12.1772 Sainte-Reine

x 13.11.1742 Pontchâteau.

Allaire Laurence ° 11.12.1723 Sainte-Reine

+ 14.02.1804 Sainte-Reine

 

 

 

Louis Couvrand est le troisième enfant d’Olivier Couvrand et de Laurence Bernier, né le

25 janvier 1721 au village des Noës, à Sainte-Reine.

 

Il épouse en 1742, à Pontchâteau, Laurence Allaire, également de cette paroisse :

 

Pontchâteau

le treizième jour du mois de novembre mil sept cent quarante deux après les fiançailles

et la publication des bans canoniquement faite par trois jours de dimanche consécutifs

au prône de nos messes paroissiales sans opposition ny empêchement venus à notre

connaissance

vu les décrets de justice de la juridiction ...en date du vingt et unième aoust de la

présente année signé par ... greffier en vue d’une dispense de double empêchement de

consanguinité du trois au quatrième et du quatrième au quatrième degré accordée par

... vicaire général

ont été espouzés par moy vicaire soussigné

Louis Couvrand fils de feu Ollivier et de Laurence Bernier

et Laurence Allaire fille de feu François et de Janne Thauby

les deux de cette paroisse de Pontchâteau

ont été présents Laurence Bernier mère de l’époux Jan Couvrand François Couvrand

ses oncles qui ne signent

Louis Couvrand et Jan Couvrand soussignés

Janne Thauby mère de l’épouse René Allaire son oncle qui a signé laditte Janne

Thauby ne signe

 

Les jeunes mariés sont quelque peu cousins puisque leur union nécessite une dispense de

consanguinité, les degrés signifiant le nombre de générations au-dessus d’eux pour

retrouver un ancêtre commun. Louis Couvrand signe toujours les actes d’état civil et les

registres paroissiaux.

 

Laurence Allaire est la fille de François Allaire et Jeanne Thauby, née 11 décembre 1723.

Ces deux patronymes sont encore très fréquents dans la région.

 

Louis Couvrand et Laurence Allaire ont au moins 5 enfants :

 

1)- Jan Couvrand, né en 1742, le 15 novembre, marié à Reine Couvrand le 25 janvier

1780, à Pontchâteau, en même temps que son frère Jacques avec Michelle Guihard, et

que 2 autres mariages exclusivement : Couvrand.

 

2)- Marie Couvrand, née le 28 février 1748 et morte en juin 1749, à un peu plus d’un an.

 

3)- François, né le 4 juillet 1750 et qui épousera en 1773 Catherine Loizeau. Cette

famille subira une incroyable série de décès quasi simultanés qui peuvent faire penser à

une épidémie :

 

-une fille, Françoise, est morte à 6 mois le 22 octobre 1787.

 

Mais c’est l’an révolutionnaire XII qui va décimer la maisonnée :

 

-le 11 vendémiaire, 4 octobre 1803, décès de Marie, fille de François Couvrand et de

Catherine Loiseau, à Marongle, âgée de 27 ans.

 

-le 19 vendémiaire, 12 octobre 1803, décès de Jean, 22 ans, un fils.

 

-le 29 brumaire, 21 novembre 1803, décès de Louis, 18 ans, un autre fils.

 

-le 9 nivôse, le 31 décembre 1803, décès de François, le père, à 53 ans.

 

-le 24 pluviôse, le 14 février 1804, décès de Laurence Allaire, la mère de François.

 

5 décès en 4 mois pour la famille Couvrand !

 

Poursuivons par les naissances des autres enfants de Louis Couvrand et de Laurence

Allaire :

 

4)- Françoise, née le 27 juin 1754 et qui épousera le frère de sa belle-soeur : François

Loizeau.

 

5)- Jacques Couvrand, notre ancêtre, né le 27 octobre 1758, et qui épousera en 1780

Michelle Guihard.

 

On remarque l’étonnante répétition des prénoms au long des générations et cela

continuera.

 

Louis Couvrand est mort le 22 décembre 1772, à l’âge de 52 ans, peu avant l’arrivée du

roi Louis XVI sur le trône de France. Mais Laurence Allaire vit beaucoup plus

longtemps, puisque nous avons déjà vu qu’elle disparaît à la charnière de la Révolution et

de l’Empire napoléonnien, le 24 pluviôse de l’an XII, soit le 14 février 1804, à l’âge

respectable de 81 ans, ses derniers mois ayant cependant été assombris par un terrible

enchaînement de deuils familiaux, comme nous l’avons vu un peu plus haut.


(8) Couvrand Jacques ° 27.10.1758 Sainte-Reine

+ 24.12.1823 Sainte-Reine

x 25.01.1780 Pontchâteau

Guihard Michelle ° 16.06.1755 Sainte-Reine

+ 28 08 1800 Sainte-Reine

 

 

Jacques Couvrand est né à Sainte-Reine :

 

le 27 octobre 1758 est né au village des Noës en cette trêve Jacques Couvrand fils de

Louis Couvrand et de son épouse Laurence Allaire ont été parrain Jacques Couvrand et

marraine Catherine Guihard.

 

Les Couvrand sont bien installés sur la trêve Sainte-Reine. Mais les relations paroissiales

avec Pontchâteau subsistent et Jacques Couvrand s’y marie le 25 janvier 1780 avec

Michelle Guihard. Il y a dispense de consanguinité au 3 ème degré : les époux sont

cousins proches.

 

Michelle Guihard porte un prénom peu fréquent pour l’époque que les rédacteurs des

actes écrivent parfois comme au masculin : Michel. Elle est née le 11 juin 1755 à

l’Organais, en cette trêve, et elle est la fille de Guillaume Guihard, dont nous observerons

plusieurs fois la belle signature, et de Perrine Noblet, décédée avant le mariage de sa fille.

 

La cérémonie du 25 janvier 1780 à Pontchâteau est cependant tout à fait étonnante : ce

jour-là en effet, il n’y a pas moins de 4 mariages en même temps :

 

-celui de Jacques Couvrand et de Michelle Guihard bien sûr, mais aussi ceux de

 

-Jean Couvrand, le frère de Jacques, avec Reine Couvrand, le prénom de Reine à

Sainte-Reine étant très fréquent.

 

-Guillaume Couvrand avec Perrine Couvrand,

 

-François Couvrand avec Marie Couvrand, :

 

4 mariages simultanés, 7 Couvrand sur les 8 nouveaux époux, difficile de faire plus fort !

Les signatures sont relativement nombreuses au bas des documents.

 

Jacques Couvrand et Michelle Guihard ont au moins 6 enfants :

 

1)- François Couvrand, né 16 novembre 1780 à la Metterie (métairie) de la Vallée, dont

les parrain et marraine sont François Loyseau et Marie Guihard. L’enfant décèdera 6

mois plus tard, le 13 avril 1781.

 

2)- Guillaume Couvrand, né le 10 mars 1782, dont le parrain sera Guillaume Guihard, le

grand-père, qui signe, et la marraine, sa tante Françoise Couvrand. Il sera notre ancêtre

suivant et épousera en 1808 Marie Ernot.

 

3)- Françoise Couvrand, née 12 novembre 1784 : elle épousera Louis Halgand le 5 mai

1813.

 

4)- Perrine Couvrand née en 1787 et décédée à 7 mois.

 

5)- Marie Couvrand, née le 13 août 1788, et qui épousera le 28 décembre 1817, à 29

ans, étant fille de labour, un jeune homme de 19 ans : Jean Halgand.

 

6)- Jean Couvrand, né le 8 octobre 1791, toujours à la Metterie de la Vallée, le parrain

étant Jean Loyseau et la marraine Perrine Guihard.

 

Voilà une famille constamment installée à la métairie de la Vallée, sur le bord du Petit

Canal.

 

Michelle Guihard décède encore jeune à la Metterie de la Vallée le 10 fructidor de l’an

VIII, ce qui correspond au 28 août 1800. Elle a 44 ans. Son mari Jacques Couvrand

signe l’acte de décès.

 

On retrouve Jacques Couvrand au mariage de sa fille Marie en 1817. Il habite alors à la

Fleuritais, peut-être chez l’un de ses enfants, Guillaume. Il décède à la Fleuritais la veille

de Noël 1823.


(7) Couvrand Guillaume ° 10.03.1782 Sainte-Reine

+ 26.02.1826 Sainte-Reine

x 11.11.1807 Sainte-Reine

Ernot Marie ° 9.01.1782 Sainte-Reine

+ 19.06.1847 Sainte-Reine

 

 

 

Guillaume Couvrand est né à Sainte-Reine-de-Bretagne, au village de la Metterie de la

Vallée, ( la Métairie ), le 10 mars 1781. Il est le second fils de Jacques Couvrand et de

Michelle Guihard.

 

Il épouse à Sainte-Reine le 11 novembre 1807 Marie Ernot.

 

Marie Ernot, ( le plus souvent Erno ), est parfois qualifiée dans les actes de femme de

labeur. Elle est la fille de Jean Ernot et de Marie Chéruel, qu’on nomme également gens

de labeur : ils étaient tous de simples domestiques. Ce n’est pas chez eux qu’il faut

chercher richesses ou propriétés foncières. Ils habitaient au village de l’Organais, à

Sainte-Reine.

 

Guillaume Couvrand et Marie Ernot vivent d’abord au village de la Fleuritais, où naît

leur premier enfant, puis ils s’installent à l’Organais où l’on trouvera maintenant la

famille Couvrand, la plupart du temps. Ils sont laboureurs, travaillant donc sur des des

terres louées.

 

Guillaume Couvrand et Marie Ernot ont 5 enfants :

 

1)- Jan Couvrand né le 30 décembre 1809, à la Fleuritais, mort à 25 ans en 1834.

 

2)- Jacques Couvrand; dit Capitaine, né le 7 octobre 1811 à l’Organais, le parrain étant

Jacques Couvrand, le grand-père, de la Fleuritais, qui signe l’acte et donne son nom à

l’enfant. Un autre témoin signe, François Pelaud, étudiant, du village des Landes. Notre

Jacques Couvrand, le Capitaine, se mariera en 1842 avec Jeanne Guihard.

 

3)- Marie Couvrand, née le 9 avril 1813, à l’Organais, mariée en 1846 à Jacques Régaud.

 

4)- Jeanne Couvrand, née le 12 avril 1817 : ce jour-là, au bas de l’acte de baptême, le

père, sans doute dans de bonnes dispositions, fait l’effort de signer d’un énorme

Guillaume et d’un Couvrand tremblant qu’il a eu bien du mal à finir d’écrire et qu’il ne

renouvellera plus jamais. Jeanne se marie en 1838 avec Julien Couvrand, dit L’Ami.

 

5)- Pierre Couvrand, dit Francoeur, né le 15 décembre 1819, et son père ne sait plus

signer. C’est par lui que notre lignée se continue, avec Perrine Couvrand qu’il épouse en

1842.

 

La vie de Guillaume Couvrand et Marie Ernot, laboureurs, se déroule donc à l’Organais,

au temps de la Révolution et de l’Empire.

 

Guillaume Couvrand meurt assez jeune, à 44 ans, le 26 février 1826. Marie Ernot vit plus

longtemps et décède le 19 juin 1847, à l’âge de 66 ans, née et domiciliée à l’Organais.


(6) Couvrand Pierre , dit Francoeur, ° 15. 12.1819 Sainte-Reine

+ 1.03.1903 Sainte-Reine

x 07.11.1842 Sainte-Reine

Couvrand Perrine ° 26.05.1812 Sainte-Reine

+ 15.07.1888 Sainte-Reine

 

 

 

Pierre Couvrand est le dernier fils, le 5 ème enfant, de Guillaume Couvrand et Marie

Ernot. Il est né le 15 décembre 1819 au village de l’Organais, proche du bourg de

Sainte-Reine-de-Bretagne.

 

Il est toute sa vie agriculteur dans ce même village et sera aussi, semble-t-il, par la suite

juge de paix, peut-être à cause d’une personnalité forte ou attachante.

 

Il est certain qu’il jouera dans la famille un rôle de patriarche, que son surnom de

Francoeur semble pouvoir accréditer, regroupant autour de lui une partie de sa famille,

jusqu’à un âge avancé.

 

Il épouse le 7 novembre 1842 Perrine Couvrand, qui, avec le même patronyme, est aussi

sa cousine, assez lointaine cependant, et sa voisine à l’Organais. Perrine est la fille de

Jean Couvrand et de Perrine Lecomte, laboureurs, mariés le 22 pluviôse de l’an trois,

soit le 10 février 1795. Elle est la petite-fille de Jean Couvrand et Jeanne Avenard d’une

part, de Maurice Lecompte et Perrine Gourhand d’autre part. Or, ce second Jean

Couvrand est lui-même fils de François Couvrand et Françoise Bernier, mariés en 1716,

et petit-fils de François Couvrand et Jeanne Guihéneuf que nous avons déjà rencontrés à

la onzième génération. Du côté de notre Perrine Couvrand, les générations se sont

succédées légèrement moins vite que dans la branche directe.

 

Il est vrai aussi que Perrine Couvrand, née le 26 juin 1812, a 6 ans de plus que son mari

Pierre Couvrand, né seulement à la fin de l’année 1819. Nous comprenons surtout à

nouveau combien les familles sont mêlées et vivent proches les unes des autres, en tribus

villageoises : les mariages consanguins ne sont pas exceptionnels, leur fréquence est

même plutôt remarquable.

 

Pierre Couvrand et Perrine Couvrand continuent à vivre à l’Organais et ont 5 enfants :

 

1)- Marie-Reine, née le 5 septembre 1843. Elle restera toute sa vie auprès de ses parents

et sera couturière.

 

2)- Jacques, par qui notre lignée va se continuer, né le 7 octobre 1845,

 

3)- Joseph, né le 4 décembre 1847,

 

4)- Marie-Joséphine, née le 11 mai 1851.

 

5) Marie-Angèle, née le 1 novembre 1854.

 

Lors des derniers recensements, Pierre et Perrine Couvrand sont notés comme

agriculteurs propriétaires, ce qui semble rehausser leur notoriété sociale.

 

Ayant toujours vécu à l’Organais, Perrine Couvrand y meurt le 15 juillet 1888, âgée de

76 ans, et Pierre Couvrand, dit Francoeur, le 1 mars 1903, à l’âge de 84 ans.


(5) Couvrand Jacques ° 07.11.1845 Sainte-Reine-de-Bretagne.

+

x 18.06.1877 Sainte-Reine-de-Bretagne.

Moyon Françoise ° 25.02.1866 Crossac.

+ 23.07.1878 Crossac.

 

 

 

Jacques Couvrand est le fils de Pierre Couvrand et de Perrine Couvrand, né le 7 octobre

1845 , à l’Organais, proche du bourg de Sainte-Reine-de-Bretagne.

 

Il devient maçon et c’est une tradition familiale qui va s’établir solidement.

 

Il épouse le 18 juin 1877, à près de 32 ans, à Sainte-Reine, Marie-Françoise Moyon,

cultivatrice, la dernière d’une famille de 3 enfants, qui a 11 ans de moins que lui, étant

née le 25 février 1856 au village de la Cossonnais, dans la commune de Crossac :

 

Elle est...fille de Jean Moyon, âgé de trente quatre ans à la naissance de sa fille, maçon

domicilié à la Cossonnais et de son épouse Josso Jeanne âgée de quarante six ans,

cultivatrice, à la Cossonnais, ...

 

On remarque évidemment l’âge peu habituel de sa mère à la naissance de

Marie-Françoise Moyon : 46 ans, et la double profession des parents, maçon /

cultivateur. Certains sociologues affirment d’ailleurs que les femmes briéronnes mettaient

au monde des enfants à des âges particulièrement avancés. Marie-Françoise est le 3 ème

enfant du couple Moyon / Josso.

 

A Crossac, 500 habitants environ à l’époque, il y a eu, depuis la Révolution jusqu’à

1900, plus de 50 mariages de garçons Moyon, et sans doute autant pour les filles, et la

fréquence du nom y est seulement devancée par 80 mariages Halgand et 75 Mahé.

 

La Cossonnais, où Marie-Françoise Moyon est née, est en réalité beaucoup plus proche

de Sainte-Reine que de Crossac dont elle fait partie, et elle est donc peu éloignée de

l’Organais. C’est un village, encore aujourd’hui très isolé. Sans entrer dans tous les

détails, ce Jean Moyon, dont le nom est particulièrement commun en pays briéron, à

Crossac, mais aussi à Saint-Joachim et ailleurs, est le fils de Pierre Moyon et de Louise

Couvrand, et l’on retrouve dans son ascendance des Guihéneuf, des Halgand, des

Guihard, des Boisrobert, des Gouro, et bien sûr, nombre de Moyon et surtout de

Couvrand, lesquels nous ramènent exactement à nos ancêtres déjà étudiés. C’est dire à

nouveau la difficulté à démêler l’écheveau des probables cousinages et la complexité des

alliances familiales. On trouve aussi, dans les ascendants, en 1756, le 24 février, à

Crossac, un mariage Pierre Moyon / Marie Moyon, assez extraordinaire : ce jour-là en

effet, le brave curé, sans donner d’explications, célèbre pas moins de 14 mariages à la

file. Il nomme d’abord les 14 nouveaux couples, puis donne après seulement les

renseignements habituels sur chacun des 28 conjoints. C’est beaucoup pour une si petite

paroisse. En ce qui concerne nos ancêtres Moyon, voici l’acte :

 

le dit Pierre Moyon laboureur du village de la Cossonnais en cette paroisse âgé

d’environ dix sept ans fils de Jean Moyon présent et consentant et de Reine Guihéneux

ses père et mère et la dite Marie Moyon fille de Jean Moyon présent et consentant et de

Guillemette Gouro ses père et mère du village de la Cossonnais âgée d’environ quinze

ans : 17 ans et 15 ans pour les mariés, c’est sûrement le record familial !

 

Le mariage des parents de Marie-Françoise, Jean Moyon et Jeanne Josso, dont le nom

est également si fréquent en Brière, a eu lieu le 12 juin 1846, à Férel, près de Pénestin,

dans le Morbihan, d’où Jeanne était originaire. C’est dans cette région de Férel, de

Camoel, mais aussi à Pontchâteau, que l’on retrouve les différentes familles ascendantes

des Josso.

 

Voici donc le mariage du 18 juin 1877 entre :

 

Jacques Couvrand, âgé de trente et un ans, né à l’Organais, Sainte-Reine-de-Bretagne,

le sept octobre mil huit cent quarante cinq, maçon, domicilié à l’Organais,

Sainte-Reine, fils de Pierre Couvrand et Perrine Couvrand, cultivateurs à l’Organais,

et Marie-Françoise Moyon, vingt et un ans, née à la Cossonnais, en Crossac, le vingt

cinq février mil huit cent cinquante six, cultivatrice à la Cossonnais, fille de Jean

Moyon, maçon, et Jeanne Josso, cultivatrice,

les témoins étant :

Jean Berthot, 24 ans, cultivateur, la Blanchardais, en cette commune,

Jean-Baptiste Moyon, 26 ans, maçon, la Cossonnais, Crossac, frère de l’épouse,

Jean-Joseph Jagu, 21 ans, cultivateur, la Haute-Mercière, Sainte-Reine, couzin de

l’épouse,

Pierre Allaire, 24 ans, maçon, la Cossonnais, Crossac, voisin de l’épouse,

 

( seule la mariée signe )

 

Le 4 juillet 1878 naît Jean-François, fils de Jacques Couvrand et de Marie-Françoise

Moyon, à la Cossonnais, en Crossac. C’est notre ancêtre.

 

Mais 3 semaines plus tard Marie-Françoise décède, toujours à la Cossonnais, le 23 juillet

1878.

 

Avec son fils nouveau-né, Jacques Couvrand retourne alors chez ses parents, Pierre et

Perrine Couvrand, à l’Organais.

 

Au bout de quelques années, le 30 juin 1885, il se remarie à Crossac avec Marie-Thérèse

Moyon, fille de Pierre Moyon et de Jeanne Allaire, peut-être une parente de sa première

épouse, mais plus âgée, puisque née le 28 mai 1847 à Crossac. Jean-François Couvrand

vient d’avoir 7 ans.

 

Jacques Couvrand et (Marie-)Thérèse Moyon, qui vivent à l’Organais, près des parents

Couvrand, ont ensemble 3 enfants :

 

- Pierre-Marie, né le 31 mars 1886. L’acte est seulement signé par le maire : Joseph

Couvrand. L’enfant meurt à 1 an, le 27 avril 1887.

 

- Marie-Josèphe, née le 1 février 1888 : elle mourra à Saint-Nazaire le 16 juillet 1977, à

près de 90 ans.

 

- Alphonse, né le 12 mars 1890.

 

Jusqu’à la guerre de 14-18, Jacques Couvrand et Thérèse Moyon vivront à l’Organais.

 

Pour revenir une dernière fois sur la complexité des imbrication familiales, dans la Brière

en général, à Sainte-Reine et au village de l’Organais en particulier, observons un instant

la situation des Couvrand dans ce petit village en 1881.

 

Sur 12 à 15 familles, plus de la moitié comportent des membres Couvrand :

 

1) Jean-Pierre Couvrand, 38 ans, maçon, et sa femme, Marie-Joseph Jagu, 28 ans, 2

enfants Couvrand, une domestique : Marie-Louise Couvrand, et un frère du chef de

famille, Joseph Couvrand, 29 ans, maçon. En tout : 6 personnes.

 

2)-Jacques Couvrand, 40 ans, maçon, sa femme : Marie-Françoise Coyne, 33 ans, leurs 6

enfants Couvrand, et le père du chef de famille. 9 personnes.

 

3)-Pierre Couvrand, 63 ans, et Perrine Couvrand, 68 ans, nos ancêtres, qui ont à

l’époque chez eux leur fils Jacques, 36 ans, veuf de Marie-Françoise Moyon, avec son

fils Jean-François, 3 ans, et une fille du chef de famille, Marie-Reine, célibataire,

couturière, 38 ans. En tout : 5 personnes.

 

4)-Marie-Philomène Couvrand, mariée à Jean Guihéneuf, avec leurs enfants.

 

5)-Marie-Louise Couvrand mariée avec Pierre Guihard. Ils ont des enfants.

 

6)-Marie-Joseph Couvrand, mariée avec Jean Guihard. Ils ont des enfants.

 

7)-Jeanne Guihard, 69 ans est chef de famille et veuve d’un Couvrand. Elle loge sous son

toit son fils célibataire : Pierre Couvrand, sa fille : Marie-Joseph Couvrand, mariée avec

Jean-Marie-Couvrand, maçon. Ce couple a 4 enfants Couvrand. 8 personnes en tout.

 

Nous n’avons pas étudié les parentés probables entre toutes ces familles.

 

Terminons en rappelant que le grand poète René-Guy Cadou, né en avril 1920, à

Sainte-Reine-de-Bretagne, parle longuement et avec tendresse dans son livre de

mémoires : “Mon enfance est à tout le monde”, du père et de la mère Couvrant qui

tenaient une forge voisine de sa maison, et il écrit à propos de sa commune natale :

 

Sainte-Reine-de-Bretagne

en Brière où je suis né

à se souvenir on gagne

du bonheur pour des années .


(4) Couvrand Jean-François ° 04.07.1878 Crossac.

+ 17.04.1943 Rezé.

x 11.07.1904 Nantes.

Lecam Marie ° 14.01.1878 Vallet.

+ 17.07.1934 Nantes

 

 

 

Jean-François Couvrand est né au village de la Cossonnais en Crossac le 4 juillet 1878. Il

est le fils de Jacques Couvrand et de Marie-Françoise Moyon. Sa mère est décédée trois

semaines après sa naissance. Son père est alors retourné avec lui au village de l’Organais,

à Sainte-Reine-de-Bretagne, chez ses parents, où vivait encore sa soeur aînée couturière.

 

Quand Jacques Couvrand s’est remarié avec Marie-Thérèse Moyon, de Crossac, le

couple s’est installé à part des parents, mais dans le même village de l’Organais, et 3

enfants sont nés dont deux ont survécu.

 

Jean-François Couvrand est devenu maçon et il a habité chez son père au moins jusqu’à

18 ans.

 

Par qui a-t-il été réellement élevé ? Par son père et sa belle-mère ou par ses

grand-parents, Pierre Couvrand, dit Francoeur, et Perrine Couvrand, qui habitaient tout

près ?

 

Joseph Couvrand, le fils de Jean-François, raconte à ce propos en 1982 :

 

Mon père était maçon de métier. Il travaillait à Basse-Indre. Dans son idée, avec ses

cousins, il aurait voulu ouvrir une entreprise de maçonnerie. Mais à 18 ans, il a foutu

le camp de chez lui. Il était allé, comme il disait, à l’école du jeudi et du dimanche. Il

avait perdu sa mère très jeune ( il avait 4 semaines ) et il avait vécu avec son

grand-père qui était briéron. Mon père allait donc garder les vaches plutôt que d’aller

à l’école.

 

C’est ainsi que le jeune Jean-François Couvrand s’est rapidement retrouvé indépendant

de ses parents. Il est parti avec des cousins. Il a habité à Saint-Nazaire puis à Nantes.

 

Quand il a été plus vieux, il a fait les cours du soir. Il a appris l’arithmétique et puis en

français, il n’était pas trop mauvais. Il avait suivi les cours compagnonniques faits pour

les jeunes ouvriers qui n’avaient pas pu aller à l’école. C’étaient des chefs de chantiers

qui enseignaient dans la rue du Marchix. Le directeur de l’époque, on l’appelait le

Paveur nantais.

 

C’est à Nantes, alors qu’il habite au 50 de la rue Saint-Clément, actuelle rue du

Maréchal-Joffre, qu’il rencontre Marie Lecam, résidant 2 rue Cassini, entre la rue Racine

et le boulevard Gabriel-Guist’hau, dans le quartier de la place Delorme, tout près du

cinéma Apollo. Aujourd’hui à cette adressse, au rez-de-chaussée, se trouve un bar,

peut-être comme autrefois. Marie Lecam y travaillait-t-elle déjà, alors que quelque temps

plus tard, après son mariage, elle s’installera à son compte comme patronne de café,

boulevard Babin-Chevaye, face à la gare de l’Etat ?

 

Les jeunes gens se marient le 11 juillet 1904 : ils ont tous les deux 26 ans, étant nés en

1878. Leurs témoins sont : Jean-Baptiste Moyon, cultivateur, 56 ans, oncle maternel de

Jean-François, Jeanne-Marie Châtelier, femme Perriot, 28 ans, peut-être sa logeuse,

Marguerite Boisard, 30 ans, domiciliée à Angers, cousine de Marie Lecam, et Louise

Gautier, femme Couvrand, ménagère, âgée de 27 ans, demeurant 38 rue ( ou cours )

Saint-André, épouse d’un cousin de Jean-François arrivé en même temps que lui dans sa

migration de Sainte-Reine à Nantes.

 

Sur l’acte de mariage, Marie et sa mère Marguerite Subileau ont dû attester que

Sébastien Le Cam, ( en 2 mots ), était bien le père de Marie Lecam, ( en 1 seul mot ).

 

Marie est en effet la fille, née le 14 janvier 1878, de Sébastien Le Cam et de Marguerite

Subileau et nous allons dans une autre partie de cette chronique étudier en détail la lignée

des Le Cam.

 

Joseph Couvrand, son fils, dit de Marie Lecam :

 

...Ma mère avait travaillé à l’âge de 11 ans. Elle était née à Vallet : son père, ouvrier

agricole, (c’était un Breton plus ou moins cantonnier ), était venu là. Il s’est tué à la

tâche : une pneumonie. Il avait bu de l’eau froide ! Ma mère a donc dû quitter l’école

des soeurs à 11 ans. Elle était pourtant la championne. Au bureau de tabac, ils l’ont

prise pour faire la régie, les déclarations de récoltes, tant elle écrivait et comptait bien.

Mais après la récolte, elle a cherché un autre travail. Elle est partie en Anjou chez une

tante couturière. ...

 

( C’était sans doute une soeur de Sébastien Le Cam, née à Vallet, et dont la fille fut

justement le témoin de Marie Lecam à son mariage ).

 

Le récit reprend :

 

...Elle travaillait chez les gens : elle gagnait 5 sous pour s’acheter un petit pain. Elle ne

s’entendait pas avec sa tante qui la faisait travailler mais qui, elle, ne pensait qu’à

exhiber ses toilettes. Avec ses filles, elle arrivait en retard à la grand-messe, quand tout

le monde y était, pour remonter toute l’église ! ...

 

...Après ma mère a fait les maisons bourgeoises. Elle a tourné un peu partout. A Vertou,

elle était chez un docteur qui rentrait ivre le soir. Ma mère attendait le soir très tard

pour lui servir la soupe et dételer le cheval. ...

 

Elle devient ensuite domestique à Nantes, ou serveuse de café, jusqu’à son mariage.

 

Jean-François Couvrand et Marie Lecam s’installent rue Saint-Clément.

 

...La famille de mon père était briéronne et avait des terrains dont mon père a hérité.

...Ma mère avait dit un jour à mon père : pourquoi on ne monterait pas quelque chose ?

Tu as des terres. Vends-les. Il y en a marre d’avoir des pensionnaires. En effet, dans

leur foyer, ils avaient pris des pensionnaires. ...Mon père a vendu les terrains pour

acheter ce fonds de commerce, près de la place de la République, où je suis né. ... Ma

mère a donc ouvert un restaurant-café. C’était ouvrier. On l’appelait la mère

Gros-Plant, la mère Noah. Ma mère connaissait un peu la cuisine. Elle avait appris la

cuisine bourgeoise car elle avait été placée dans plusieurs maisons. ...

 

Avant la guerre de 14-18, Jean-François Couvrand et Marie Lecam ont deux fils :

 

1)-Jean Couvrand, né le 20 avril 1905, rue Saint-Clément, marié avec Marguerite

Ricordel, de Beautour, et décédé le 13 mars 1988

 

2)-André Couvrand, né le 25 mai 1908, marié avec Francine Pesquer, et décédé le 12

février 1987.

 

...Après, quand ma mère a tenu son café, ( il y avait au moins 60 places ), il fallait tout

organiser : elle avait des bonnes pour travailler dans le café. Elle était charitable.

Pendant la guerre de 14-18, ( mon père était mobilisé et il avait été affecté aux Forges

de Basse-Indre car il avait 40 ans, mais il a eu un coup dur avec un contremaître qui

l’a fait renvoyer au front ), elle donnait du pain aux réfugiés. Elle disait qu’elle avait

perdu pendant la guerre ce qu’elle avait gagné avant. ...

 

Le troisième enfant du couple est un enfant de la guerre et du hasard d’une permision.

 

3)-Joseph Couvrand, né le 12 janvier 1918, 48 boulevard Babin-Chevaye, dans le café

qui existe là encore aujourd’hui, pratiquement face à la gare de l’Etat, sur

l’Ile-de-Nantes.

 

 

Jean-François Couvrand est toujours maçon sur Nantes : il travaille à la construction des

célèbres tours LU pendant que Marie Lecam tient à la force du poignet, avec l’autorité

nécessaire à toutes les situations, son café-restaurant proche des chantiers de

construction navale dont les ouvriers sont les consommateurs les plus fidèles :

 

...Elle était épuisée. Mes parents avaient acheté une maison, chemin du Clos-Torreau.

Ma mère avait dans l’idée de rester un moment à la maison, et quand elle serait

reposée, de repartir travailler. Mais elle n’a pas pu. Elle était usée par le travail,

complètement rendue ! ...

 

Marie Lecam décède le 17 juillet 1934, à l’âge de 56 ans. Son fils, Joseph Couvrand, qui

nous a raconté ici quelques anecdotes, en a 16.

 

Jean-François Couvrand continue à habiter la maison du Clos-Torreau, au bord de la

route de Clisson, à la limite exacte de Nantes et de Saint-Sébastien.

 

Au début de la guerre de 39-45, ses deux derniers fils, mariés, occupent chacun un étage

de la maison. Mais entre eux la cohabitation est difficile.

 

Le 17 avril 1943, Jean-François Couvrand, parti seul faire quelques courses à la

pharmacie du coin, se suicide en se jetant dans la Sèvre, juste au bas du parc de la

Morinière, à Rezé. Il a 65 ans.

 

On est en pleine guerre, pendant l’occupation allemande.

 

Le 28 juin de cette même année, 2 mois donc après la disparition de son grand-père, naît

Annick Couvrand, seconde fille de Joseph Couvrand et de Fernande Audrain, dans la

maison de la route de Clisson.

 

Encore 2 mois : en septembre, Nantes et le quartier Saint-Jacques sont bombardés. La

famille Couvrand se réfugie à Vallet, chez des cousins Favreau, du côté des Lecam, en

attendant des jours meilleurs.


(3) Couvrand Joseph ° 12.01.1918 Nantes

+ 07.04.1987 Nantes

x 18.04.1941 Nantes

Audrain Fernande ° 18.07.1916 Nantes

+

 

 

 

On peut se reporter aux récits de Joseph Couvrand et de Fernande Couvrand : La

Joselière.

 

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