FAMILLE AUDRAIN

 

Audrain

 

 

Le patronyme Audrain et ses dérivés sont très fréquents dans la région nantaise, à toutes

les périodes.

 

Audrain, ou Audren, ou Audrin, sous sa forme altérée, est un nom d’origine bretonne.

On signale les formes anciennes Altroen en 797, Aldroen, au 11 ème siècle, Audroen, en

1251. C’est alors un ancien nom de baptême, une forme de prénom, formé de : alt, élevé

et de roen, royal. On connaît aussi des Landrain, Laudrain, Laudrin. ( d’après le

Dictionnaire étymologique des noms de familles, de Marie-Thérèse Morlet. Editions

Perrin. )


(14) Audrain Thomas °

+ 21.09.1621 La Chapelle-sur-Erdre

x

Olive Esnault °

+

 

 

 

Voici pour le moment nos plus anciens ancêtres Audrain.

 

Nous ne savons pas grand-chose d’eux, seulement leurs noms et prénoms et une date :

celle du décès de Thomas Audrain : 21 septembre 1621 à La Chapelle-sur-Erdre. Mais

comme leur fils Jacques est né en 1585, les parents ayant peut-être une trentaine

d’années, cela pourrait donner pour notre Thomas Audrain une date de naissance vers

1555, c’est à dire au temps du roi Henri II, successeur de François 1er, et mort en 1559,

blessé dans un tournoi, transpercé d’un coup de lance dans l’oeil par Montmorency,

1555 étant aussi l’année de l’abdication de l’Empereur Charles-Quint.

 

Mais l’époque de ce couple, ce fut quand même probablement le temps troublé des

Guerres de Religion, de Catherine de Médicis, celui des rois Charles IX, Henri III et

Henri IV, et cela suffit à imaginer leur difficulté à vivre, à proximité de la petite ville de

province qu’est Nantes à cette époque.


(13) Audrain Jacques ° 1.05.1585 La Chapelle-sur-Erdre

+

x 6.07.1619 La Chapelle-sur-Erdre

Brehier Nicole °

+

 

 

 

La vie du premier Jacques Audrain commence le premier mai 1585. Nous sommes en

pleine guerre civile. Henri de Navarre, prince protestant, est l’héritier désigné du

royaume de France.

 

A La Chapelle-sur-Erdre, Jacques Audrain se marie plutôt tardivement, à 34 ans, avec

Nicole Bréhier.

 

Cinq enfants au moins naissent de ce mariage :

 

-1)-Mathurin, né le 3 août 1620, mort en 1678, marié d’abord à Saint-Donatien de

Nantes avec Marguerite Querion, en 1645, puis à La Chapelle, en 1672, avec Jeanne

Cadou.

 

-2)-Guillaume, né le 15 avril 1622.

 

-3)-Marguerite, née le 1 juillet 1624.

 

-4)-Jeanne, née le 26 septembre 1626.

 

-5)-et enfin Georges; né le 16 juillet 1629, que nous allons retrouver à la génération

suivante.

 

Nous n’avons pas pour le moment d’autres renseignements sur ce couple ayant vécu à

La Chapelle-sur-Erdre.


(12) Audrain Georges ° 16.07.1629 La Chapelle-sur-Erdre

+ 14.10.1691 La Chapelle-sur-Erdre

x 5.06.1664 La Chapelle-sur-Erdre

Moulet Jeanne ° 1635 La Chapelle-sur-Erdre

+ 13.04.1685 La Chapelle-sur-Erdre

 

 

 

 

 

 

Georges Audrain est né le 16 juillet 1629, et Jeanne Moulet, sans doute vers 1635.

 

Ils se sont mariés le 5 juin 1664 à La Chapelle-sur-Erdre.

 

Ils vivent donc d’abord au temps de Louis XIII, de Richelieu et des Mousquetaires.

 

Ils habitent au village des Cahéraux, tout près du ruisseau de Gesvres et de la limite de

Nantes, au sud de la paroisse de la Chapelle-sur-Erdre, qu’on ne peut en aucune façon

comparer à la commune de la périphérie nantaise de près de 20000 habitants qu’on

connaît aujourd’hui. La Chapelle est à l’époque un petit bourg rural comme tant d’autres

et dont les habitants sont surtout des paysans, des laboureurs, comme les Audrain. Ils

sont sans doute locataires d’une petite ferme, dépendant d’un propriétaire, peut-être d’un

des nombreux châtelains des bords d’Erdre. Le bourg de la Chapelle, très verdoyant, à

deux kilomètres au nord des Cahéraux, est bâti dans une situation pittoresque, sur la

pente d’un petit coteau, près de la rive droite de l’Erdre.

 

L’Erdre, d’une longueur de plus de 100 kilomètres, venue du Maine-et-Loire, est un

affluent de la Loire. Elle passe pour être l’une des plus belles rivières de France :

 

une dizaine de kilomètres de son cours figurent depuis peu sur la liste des grands sites

nationaux. Le long de ses rives se succèdent bassins et plans d’eau, mais aussi coteaux

boisés, beaux manoirs et vastes propriétés, qui se cachent dans leur écrin de verdure :

le château de la Desnerie, le château de la Poterie (18 ème siècle), celui de la

Gascherie (15 ème siècle). (Guide Gallimard). Dans ce vieux château de la Gascherie,

la reine Marguerite de Navarre composa dit-on une partie de ses contes de

l’Heptaméron.

 

C’est donc sur les bords de l’Erdre que se situe pour nous l’histoire des Audrain. En

1664, l’année du mariage de Georges Audrain et de Jeanne Moulet, nous sommes au

temps du roi Louis XIV.

 

Les enfants arrivent :

 

-1)-Marguerite

 

-2)-Georges, né vers 1666, mort le 19 novembre 1669 : en effet à cette date :

 

est inhumé Georges Audrain âgé de trois ans et demi fils de Georges Audren et de

Jeanne Moulet laboureur des Cahéreaux à la Chapelle-sur Erdre

 

-3)-Le 10 septembre 1671 a été baptisée Julienne fille de Georges Audren et de Jeanne

Moulet laboureur au village des Cahareaux a été parrain Lorent Ragot des Caharaux

et marraine Jeanne Jubault des Forges

 

-4)-Et voici l’acte de naissance de notre ancêtre suivant:

 

le vingt quatrième jour de febvrier 1676 a été par moy soussigné baptisé Yvon Audrain

fils de Georges et de Jeanne Moulet son espouze laboureur des Cahéraux a été parrain

Yvon Fougeray laboureur de Saint Donatien et marraine Madeleine Viot aussy de Saint

Donatien qui tous ne signent

 

Voilà l’explication du prénom Yvon : comme souvent, on a choisi celui du parrain. On

apprend aussi les liens de la famille Audrain avec le faubourg nantais, très rural à

l’époque, que représente la paroisse de Saint-Donatien. Il est vrai aussi qu’à l’époque la

paroisse Saint-Donatien est si étendue qu’elle déborde sur la rive droite de l’Erdre,

jusqu’aux limites sud de la Chapelle. Les Cahéraux ne sont peut-être pas si loin.

 

-5)- enfin vient Louise, née le 15 octobre 1678.

 

Un an avant la naissance du jeune Yvon, en 1675, la grande révolte des Bonnets-Rouges

trouble durant quelques mois la Bretagne et la ville de Nantes, mais peut-être pas

directement les villages environnants. Troubles, émeutes : le peuple de Bretagne se lève

contre la création d’une nouvelle taxe sur le papier timbré qu’on exige pour les actes

administratifs et judiciaires, et de nouveaux droits sur les péages, les moulins, les étains

et les pêcheries. La répression est terrible dans les villes et les régions soulevées.

 

En 1685, le Roi signe la révocation de l’Edit de Nantes, cet acte d’autoritarisme et

d’intolérance qui marque l’exclusion religieuse et sociale des protestants de France. Tout

près de la Chapelle, la communauté protestante de Sucé est victime de cette épuration.

Georges et Jeanne, qui font baptiser leurs enfants, ne sont pas touchés, mais en sont

peut-être les témoins.

 

Au temple de Sucé, construit vers 1630, se retrouvaient pour les deux services religieux

du dimanche les armateurs et les bourgeois de Nantes dont beaucoup d’Anglais et de

Hollandais. Pendant un demi-siècle, la vallée de l’Erdre avait été le centre d’une

intense activité protestante sous la haute protection des seigneurs de Rohan et de la

Muce. (R. Quinot).

 

Chaque dimanche, on voyait ces parpaillots, selon les dires du temps, débarquer à Sucé

et se rendre au prêche. Les assemblées consistoriales se tenaient alternativement à Sucé

et au Ponthus. Les pasteurs furent bannis, mais non les fidèles passibles des galères

s’ils voulaient s’enfuir. Mais cela n’empêcha pas l’exode de 200000 à 300000 sujets.

(Guinle).

 

Avec Georges et Jeanne continue donc un long séjour de la famille Audrain dans la

paroisse de la Chapelle-sur-Erdre, toujours comme laboureurs.

 

Jeanne Moulet décède le 13 avril 1685 à environ 50 ans et Georges Audrain meurt à

l’âge de 62 ans, le 14 octobre 1691.


(11) Audrain Yvon ° 24.02.1676 La Chapelle-sur-Erdre

+ 25.01.1720 La Chapelle-sur-Erdre

x 17 août 1700 La Chapelle-sur-Erdre

Tendron Jeanne ° 02.01.1667 La Chapelle-sur-Erdre

+ 10.02.1732 La Chapelle-sur-Erdre

 

 

 

Yvon Audrain est né au temps du Roi-Soleil, Louis XIV. Mais sa vie quotidienne de

laboureur doit surtout être marquée par les difficultés. La fin du siècle est dure : les

impôts pèsent lourd, des calamités de toute sorte s’abattent sur le pays, mauvaises

récoltes dues à des catastrophes climatiques, famines, épidémies, la mortalité grimpe. En

1694, les moissons sont particulièrement mauvaises, et l’hiver 1709 est le plus rigoureux

du millénaire.

 

Après son père, Yvon Audrain continue la lignée des laboureurs à la Chapelle-sur-Erdre.

Il se marie en 1700 :

 

le dix septième jour d’aoust mil sept cent par moy soussigné prêtre vicaire de la

Chapelle sur Erdre a été donnée la bénédiction nuptiale à Yvon Audrain fils de feu

Georges et de Jeanne Moulet et à Jeanne Tendron veuve de Guillaume Couffin

laboureur de cette paroisse en présence de Jean Tendron père et René Tendron Yves

Leray et autres parans et amis qui ne savent signer

signé Delaunay

 

Guillaume Couffin est décédé au village de la Gergaudière, entre la Chapelle et Orvault,

à l’âge de 30 ans, en février de la même année. Le nom de famille Couffin est

particulièrement fréquent à la Chapelle à cette époque.

 

Mais Jeanne Tendron, avant Guillaume Couffin, avait déjà été mariée avec Julien Jahan,

dont elle avait eu un enfant. Son mariage avec Yvon Audrain est donc pour elle le

troisième.

 

Plusieurs enfants naissent :

 

-1)-Clémence Audrain, le 13 juin 1703, morte le 4 mai 1705.

 

-2)-Catherine Audrain, née le 10 mars 1705, mariée à 17 ans en 1722 à Jean Goupil.

 

-3)-Julienne Audrain, née le 28 octobre 1706, et morte un mois plus tard.

 

-4)-Jacques Audrain, né en 1707, notre ancêtre de la génération suivante.

 

-5)-Renée Audrain, née le 5 juin 1708 et décédée peu après.

 

-6)- Louise Audrain, née le 26 octobre 1712, morte le 24 janvier suivant.

 

Nous n’avons pas d’autres renseignements sur la vie de Yvon Audrain et Jeanne

Tendron, en particulier sur l’endroit où ils habitaient à la Chapelle-sur-Erdre, même si on

peut penser que c’était au village des Cahéraux.

 

Yvon Audrain est mort le 25 janvier 1720 et Jeanne Tendron le 10 février 1732.


(10) Audrain Jacques ° 1707, La Chapelle-sur-Erdre

+ 18.03.1777, La Chapelle-sur-Erdre

x 30.06.1733 la Chapelle-sur-Erdre

Potiron Louise ° 17.01.1708 La Chapelle-sur-Erdre

+ 23.09.1781 La Chapelle-sur-Erdre

 

 

 

Les Audrain de la génération suivante restent sur le territoire de la même paroisse.

 

Le contexte historique et social change peu. Jacques Audrain est né sous Louis XIV qui

meurt en 1715 et est remplacé par son arrière-petit-fils, Louis XV, un jeune enfant de 5

ans. Il y a donc régence pendant la minorité du Roi. Mais pour un laboureur de la

Chapelle, les choses évoluent peu.

 

Jacques Audrain se marie en 1733 avec Louise Potiron, de la Chapelle également.

 

L’an mil sept cent trente trois le trentième jour du mois de juin après les fiançailles

solennelles célébrées en cette église le seizième mai après la publication des bans

solennellement faite par trois dimanches consécutifs aux prônes de nos grandes messes

paroissiales sans aucune opposition ni empêchements venus à notre connaissance ont

été par moy vicaire soussigné après décret de justice en date du 28 avril dernier signé

Pouponneau greffier après avoir pris leur consentement ay admis et reçu à la

bénédiction nuptiale Jacques Audrain laboureur fils mineur de Yves Audrain laboureur

et de Jeanne Tendron son épouse de cette paroisse d’une part et Louise Potiron fille

majeure de Jean Potiron et de Jeanne Cormeray son épouse d’autre part avec la

présence et le consentement de Julien Ragot et René Tendron oncle du mary Jean

Potiron père de la mariée et Jean Cormeray son oncle lesquels ne signent à la réserve

de Julien Ragot qui a signé avec nous.

 

Le patronyme Potiron est fortement représenté à la Chapelle, et jusqu’à aujourd’hui,

ainsi que les Cormeray. On connaît au moins un frère de Louise Potiron : Jean, né le 27

mai 1714.

 

Le décret de justice du greffier Pouponneau signifie seulement que le jeune marié était

encore mineur.

 

Jacques Audrain et Louise Potiron ont de nombreux enfants :

 

-1)-Symphorien.

 

-2)- Jacques Audrain, notre ancêtre de la génération suivante, né le 21 mai 1734, parrain

Jean Potiron, l’aïeul, et marraine Jeanne Tendron, l’aïeule.

 

-3)-Julien Audrain, né le 27 mars 1736, parrain Julien Ragot et marraine Julienne

Marzellière. Il se mariera avec Jeanne Ducoin.

 

-4)-Pierre Audrein, né au Cormerais, le 15 janvier 1738, parrain Pierre Cheneau et

marraine Jeanne Potiron. Il épouse Catherine Frémont.

 

-5)-Louise Audrin, née le 13 janvier 1740, parrain François Potiron et marraine Marie

Couffin, qui ne signent.

 

-6)-Yves Audrain, né le25 septembre 1743. Il épousera Marie Lévesque, de Saint-Fiacre.

 

-7)-Jean Audrin, né le 25 septembre 1743 et décédé.

 

-8)-Jean Audrin, né le 20 février 1746.

 

-9)-Alexis Audrain, marié à Marguerite Robert le 31 mai 1768.

 

-10)-Jeanne Audrain, née vers 1750, mariée à Pierre Lucas le 16 février 1770, et décédée

à 23 ans

 

L’écriture du nom de famille Audrain est très variable suivant les actes.

 

Jacques Audrain et Louise Potiron sont laboureurs au village de Cormerais, au nord-est

du bourg de la Chapelle, sur la route de Treillières, au bord du ruisseau de Gesvres,

comme le village des Cahéraux des générations précédentes, à quelques kilomètres en

aval.

 

On peut imaginer qu’ils vivent pauvrement d’une petite location de métairie, puisque

d’une génération à l’autre, ils changent de lieu d’habitation.


(9) Audrain Jacques ° 21 mai 1734 La Chapelle-sur-Erdre

+ 3 mars 1791 Thouaré

x 31.01.1758 la Chapelle-sur-Erdre

Guinel Louise ° 8.01.1739 La Chapelle-sur-Erdre

+

 

 

 

Voici le troisième Jacques Audrain de notre petite chronique, le fils aîné de Jacques

Audrain et de Louise Potiron, né et ayant vécu longtemps à la Chapelle-sur-Erdre.

 

A sa naissance, nous sommes sous le règne de Louis XV. Le commerce se développe,

Nantes devient un port important, profitant surtout du trafic de la Traite des Noirs.

 

Jacques Audrain se marie à 24 ans avec une jeune fille de la même paroisse, Louise

Guinel, âgée de 19 ans.

 

Louise Guinel représente une lignée très fournie à la Chapelle. Elle est la fille de Jean

Guinel et de Louise Gandonnière, laboureurs au village des Noues, au nord-est du bourg,

donc tout près de l’Erdre, presque en face de Gaschet et de Port-Jean. Louise a un frère

aîné, Jean, né le 1er février 1736, et plusieurs soeurs plus jeunes qu’elle, Catherine , née

le 3 juillet 1745, Jeanne, née le 8 février 1748, Ursule, née le 21 octobre 1754. A cette

famille Guinel-Gandonnière sont aussi liées, aux générations précédentes, d’autres

également fort connues et répandues, les familles Rousseau et surtout Ragot. Les Guinel

vivent probablement plus à l’aise que les Audrain et sont sans doute socialement d’un

rang un peu plus élevé. En 1754, Jean Guinel est marguillier en charge, quelque chose

comme un conseiller paroissial ou de fabrique, en compagnie de René Priou qu’il désigne

comme parrain de sa fille Ursule. Il vivra assez longtemps pour voir en 1785 à Thouaré

le mariage de son petit-fils Pierre Audrain avec Marie Foucaud. Il existe aujourd’hui à la

Chapelle une rue Raymond-Guinel et le nom y est toujours présent.

 

Le mariage a donc lieu.

 

Le 31 janvier 1758 après trois publications des bans canoniquement faites sans

opposition à notre connaissance en cette paroisse ont reçu la bénédiction nuptiale

Jacques Audrain fils de Jacques Audrain et de Louise Potiron ses père et mère et

Louise Guinel fille de Jean Guinel et de Louise Gandonnière

(un autre mariage a lieu en même temps)

les dits mariages ont été faits en présence de Jacques Audrain, Jean Guinel, Jean

Jahan, Guillaume Levault, Julien Robert, Jean Ragot, et plusieurs autres qui signent

avec nous

 

Le nombre important des signatures, des deux côtés, montre à la fois les relations

sociales et familiales, et l’élévation du niveau culturel.

 

Le jeune ménage s’installe à la Métairie du Plessis, non loin des Noues, à 1 kilomètre au

nord du bourg de la Chapelle, où 10 enfants naissent.

 

-1)-Jacques, le 28 juin 1759, décédé en 1760

 

-2)-Pierre, le 1er décembre 1761

 

-3)-Jacques, le 3 janvier 1764, 2ème du nom, le parrain étant Julien Audrain, oncle de

l’enfant. Il épousera Jeanne Dugué.

 

-4)-Alexandre, par qui notre lignée Audrain va se poursuivre, né le 28 février 1766, le

parrain étant Alexis Audrain, oncle de l’enfant et la marraine Jeanne Guinel tante de

l’enfant

 

-5)-Marguerite, le 19 juillet 1768

 

-6)-François, le 8 août 1771

 

-7)-Sylvain

 

-8)-Pélagie, née le 31 octobre 1773,

 

-9)-Symphorien, né le 22 août 1776.

 

-10)-Claire, la petite dernière, née le 10 octobre 1779 à Thouaré, ses parents ayant donc

45 et 40 ans, et décédée à l’âge de 12 ans, le 12 janvier 1791, à la Halbarderie, à

Thouaré.

 

A cette époque, Louis XV est mort, Louis XVI lui a succédé en 1774 et les difficultés

politiques, financières et sociales, l’opposition des classes privilégiées à toute idée de

changement et de réforme, font qu’on se dirige vers la Révolution.

 

Jacques Audrain et Louise Guinel décident alors, sans qu’on sache exactement quand et

pour quelles raisons, de quitter la Métairie du Plessis et même la paroisse de la

Chapelle-sur-Erdre, où la famille vivait depuis des générations. Tout le monde part pour

Thouaré et passe des bords de l’Erdre aux rives de la Loire, sans doute pas très

longtemps après la naissance de Symphorien, entre 1776 et 1779.

 

Plusieurs des enfants Audrain se marieront d’ailleurs à Thouaré où ils formeront une

souche qui a longtemps existé et qui existe peut-être encore : Pierre, avec Marie

Foucaud, le 25 janvier 1785, Marguerite avec Louis Raboteau, le 8 mai 1787,

Symphorien avec Marie Chesneau, le 20 juillet 1802, Pélagie avec Jacques Raboteau, les

familles Audrain, Foucaud et Raboteau étant sans doute très liées.

 

C’est donc à Thouaré que la Révolution va trouver la plupart des membres de la famille

Audrain.

 

Dans le canton de Carquefou, dont Thouaré dépend, c’est une époque particulièrement

troublée et dramatique. Les patriotes républicains et les rebelles favorables au

soulèvement vendéen s’y heurtent souvent, les accrochages meurtriers et les batailles

rangées entre soldats, les coups de mains contre un camp ou un autre, les assassinats,

sont fréquents.

 

A Carquefou, un dénommé François Audrain, habitant à la Jumelière, un village proche

du bourg, est un républicain convaincu. En 1794, le voilà secrétaire de l’administration

municipale, agent national responsable de la tenue du nouvel Etat Civil. Il signe

effectivement de sa belle écriture tous les actes de la commune. Mais les choses vont

mal, les révoltés vendéens tiennent quasiment la campagne et se signalent par leurs

exactions continuelles. Au Conseil municipal du 28 septembre 1794, François Audrain

prend la parole : “Les malfaiteurs armés se portent avec fureur à la faveur de la nuit

vers les maisons des patriotes et s’y introduisent en enfonçant les portes et en les

brisant à coups de haches. Après avoir pénétré dans les les lieux, ils égorgent les

hommes, maltraitent les femmes, enlèvent l’argent, les hardes, le linge, la viande, le

beurre, le pain.” Il réclame donc la mise à la disposition de la Municipalité d’une force

armée de 50 hommes pour patrouiller la nuit. Et il obtient gain de cause. Mais son

discours et son action ne doivent pas plaire à tout le monde. Et quelques jours plus tard,

dans la nuit du 2 au 3 octobre 1794, il est lui-même victime de ce qu’il dénonçait. Sa

maison est attaquée, il est emmené dans la nuit par des hommes armés et on retrouve son

corps le lendemain dans un chemin creux.

 

A Thouaré, Pierre Audrain, le fils de Jacques Audrain et de Louise Guinel, est lui aussi

dans le camp des patriotes républicains. Par son mariage, il s’est allié à la famille

Foucaud qui manifeste les mêmes idées, en particulier son beau-frère Jean Foucaud qui

deviendra en 1796 président de l’administration cantonale, quelque chose comme le

Conseiller Général de l’époque. Pierre Audrain, lui, est laboureur, comme son père, et il

demeure d’abord au village de la Hillière avant de s’installer à la Malnoue, à l’ouest du

bourg. Pierre Audrain fait partie des rares paysans lettrés de la commune. Et il devient

donc maire de Thouaré en décembre 1792. Dans cette période bien difficile, il assure les

fonctions d’officier public entre octobre 1792 et l’année 1798. Il devient aussi secrétaire

de l’administration cantonale entre 1796 et 1798, époque à laquelle il est destitué à la

suite d’un rapport défavorable du Commissaire Louis Marchais. Pourtant, il est réélu

maire de Thouaré en 1800.

 

Mais nous avons déjà débordé de l’histoire de Jacques Audrain pour parler de celle de

ses enfants.

 

Et en effet, c’est à Thouaré que meurt Jacques Audrain, le 3 mars 1791, en sa maison de

la Halbarderie, tout près du bourg, sur la route de Mauves, à l’âge de 57 ans.

 

Nous n’avons pas pour l’instant retrouvé d’acte concernant le décés de Louise Guinel.

C’est sans doute parce qu’il s’est produit pendant la période troublée de la Révolution,

en tout cas après 1792.


(8) Audrain Alexandre ° 28.02.1766 la Chapelle-sur-Erdre

+ 22.02.1806 Carquefou

x

Gérard Anne ° 1.01.1757 Nort-sur-Erdre

+ 14.07.1840 Carquefou

 

 

 

Avec Alexandre Audrain se produit un changement dans la tradition professionnelle de la

famille et dans sa localisation. Alexandre est né comme sa soeur et tous ses frères à la

Métairie du Plessis, à la Chapelle-sur-Erdre, où ses parents étaient laboureurs. C’était le

28 février 1766. A-t-il suivi la famille dans sa migration vers Thouaré ? Impossible de le

savoir avec certitude, mais on peut le penser parce que c’est là qu’on retrouve sa trace

dans les actes d’Etat Civil.

 

A côté de ses parents et de ses frères et soeurs, tous laboureurs depuis toujours, le voici

devenu tailleur d’habits. Pourquoi ? Nous pouvons imaginer que c’est par goût, mais

peut-être aussi parce que physiquement il ne serait pas assez résistant, ou alors peu apte

au dur travail de la terre. Nous n’en saurons jamais rien, mais après lui viendra encore

une belle lignée de tisserands.

 

Il est vrai aussi que cet Alexandre reste pour le moment assez mystérieux. Il épouse, sans

doute vers le début de la Révolution, Anne Gérard, mais nous n’avons pas retrouvé

l’acte d’Etat Civil correspondant parce que nous ignorons encore où la cérémonie a eu

lieu.

 

Anne Gérard est née à Nort-sur-Erdre en 1757, et elle est largement plus âgée que son

mari.

 

Le premier janvier mil sept cent cinquante sept a été baptisée Anne née ce jour fille de

Mathurin Gérard laboureur à la Garenne dans la paroisse de Nort-sur-Erdre et de

Perrine Martin son épouse a été parrain François Martin soussigné et marraine Anne

Picaud qui ne signe

 

Anne a une soeur, Françoise Gérard, née le 2 juillet 1760. Et, sauf erreur, elle s’est

mariée, en 1780, à Nort-sur-Erdre, déjà veuve de Jean Marchand, avec Etienne Guidé,

originaire de la paroisse de la Trinité d’Angers et domicilié à Ligné. On peut supposer

qu’elle est vite redevenue veuve et elle a donc pu épouser en troisièmes noces Alexandre

Audrain.

 

C’est à Thouaré, le 13 février 1790, que naît François, fils d’Alexandre Audrain et de

Anne Gérard, son épouse. Le parrain est François Audrain, oncle de l’enfant, et la

marraine Marie Foucaud, tante de l’enfant par alliance, étant femme de Pierre Audrain,

comme nous l’avons vu à la génération précédente. Anne n’est peut-être plus en relation

avec sa propre famille puisqu’elle n’a désigné personne de sa parenté comme parrain ou

marraine au baptême de son fils.

 

Puis vient Anne Audrain, née et baptisée à Thouaré le 25 décembre 1791 :

 

ont été parrain Jacques Audrain oncle paternel et marraine Marie Rousseau qui ne

signe de ce interpellée le père présent soussigné et le parrain Jacques Audrain.

 

L’acte est d’ailleurs assez maladroitement rédigé, comme si le curé Giron avait été

hésitant, le père, Alexandre Audrain, le signe à l’intérieur même du texte d’une grosse

écriture malhabile et orthographie mal son prénom, tout comme son frère, le parrain

Jacques Audrain. Tous les deux ne sont sans doute pas familiers de l’écriture.

 

Alexandre Audrain et Anne Gérard s’installent ensuite à Carquefou, lui comme tailleur

d’habits, sans qu’on sache si c’est dans sa propre boutique ou comme ouvrier chez

quelqu’un d’autre.

 

Alexandre Audrain a une vie fort courte, ce qui pourrait tendre à confirmer pour lui

notre hypothèse d’une faible constitution physique.

 

Le 22 février 1806 à 4 heures du matin Alexandre Audrin époux de Anne Gérard fils de

Jacques Audrin et de Louise Guinel tailleur d’habits est décédé à l’âge de 37 ans

déclaration à moi faite par Pierre Audrain laboureur âgé de 44 ans demeurant à

Thouaré qui a dit être le frère du défunt et par Silvin Audrin laboureur demeurant à

Thouaré qui a dit être le frère du défunt.

 

Alexandre a en réalité 40 ans : peut-être ses frères ne s’en souviennent-ils pas très bien.

Et ce Silvin Audrin, plutôt mystérieux, ne serait-il pas Symphorien, mieux connu ?

 

Anne Gérard va longtemps survivre à son mari.

 

L’an 1840 le 14 juillet est décédée Anne Gérard 85 ans sans profession née à Nort-sur-

Erdre fille de feus Mathurin Gérard et Perrine Martin veuve d’Alexandre Audrain.

 

Née en 1757, elle a connu l’ancien régime de Louis XV, Louis XVI, la Révolution de

1789, l’Empire de Napoléon 1er, la Restauration monarchique sous Louis XVIII,

Charles X, Louis-Philippe. Sa vie a été bien remplie d’événements politiques et sociaux

de toutes sortes. Elle est probablement parmi nos ancêtres celle qui a vécu le plus

longtemps et aussi la femme de celui qui a eu la vie la plus courte.


(7) Audrain François ° 13.02.1790 Thouaré

+ 5.11.1870 Carquefou

x 28.05.1811 Carquefou

Arriel Perrine ° 18.11.1783 Carquefou

+ 7.05.1853 Carquefou

 

 

 

Avec François Audrain, nous voici maintenant bien installés à Carquefou pour trois

générations.

 

Nous avons vu qu’il est né à Thouaré, et il est apparemment le seul fils d’Alexandre

Audrain, le tailleur d’habits, et d’Anne Gérard, qui ont cependant après lui une fille,

Anne. Avec ses parents, il habite au bourg de Carquefou. Sa petite enfance s’est passée

en pleine Révolution et la famille Audrain n’est sans doute pas restée passive devant les

événements, ayant vraisemblablement pris parti pour les idées nouvelles, à Thouaré au

moins.

 

Carquefou, comme la Chapelle-sur-Erdre, est à l’époque, sur sa colline qu’on voit de

loin, un tranquille petit bourg rural aux portes de la grande ville de Nantes. D’une

superficie asez étendue, plus de 4300 hectares, sa population est d’un peu plus de 2000

habitants à la veille de la Révolution.

 

Même à cette époque, c’est de loin la commune la plus grande et la plus peuplée du

canton. Elle est riveraine de l’Erdre à l’ouest, traversée par la route de Nantes à

Châteaubriant et limitée au sud par la route de Paris. La population est très

majoritairement attachée aux travaux de la terre. On y cultive des céréales, de la vigne

et des légumes dans la partie la plus voisine de la ville de Nantes. La paroisse dépend

de la juridiction de l’évêque de Nantes. La noblesse et la bourgeoisie possédent plus de

80 °/° du territoire paroissial et sont en particulier installées dans les domaines de la

Seilleraye, de Maubreuil, de l’Epinay. ( La Révolution aux portes de Nantes).

 

Mais la Révolution marque la région. A partir d’avril 1793, de la conscription et de la

levée en masse, les affrontements et les violences se multiplient dans la paroisse, le

canton et tous les environs. Les enjeux sont importants : il s’agit, suivant les camps,

d’acquérir ou de garder la maîtrise des abords de la ville de Nantes, restée républicaine,

face à l’encerclement et au siège conduit par les révoltés vendéens, au nord et au sud de

la Loire. Des combats ont lieu, par exemple du côté du Chemin Nantais. Pendant des

années, les incidents violents, en particulier à l’encontre des notables républicains, vont

se poursuivre dans le secteur, et nous avons déjà vu qu’ un certain François Audrain,

apparemment sans relations familiales proches avec les nôtres, agent national de

Carquefou, c’est à dire officier d’état-civil pour la commune, est assassiné par les

royalistes en octobre 1794, près de son domicile de la Jumelière.

 

C’est sans doute dans cette ambiance tendue que le jeune François Audrain passe ses

premières années.

 

Pour son métier, il va en quelque sorte suivre la route tracée par son père et devenir

tisserand. Le travail est très dur. Les ourdisseurs préparent la chaîne sur le métier. Il faut

dévider le fil sur la canette, réunir les fils en nappes et les tendre avant le tissage. L’achat

des fils se fait en écheveaux. Pour la trame, on met le fil sur le “tiat” pour aller dans la

canette. Sur un tour, on place tous les fils, et cela peut faire des lés de 100 ou 150 mètres

de long pour des largeurs de 80 à 140 centimètres. On tissait du coutil, des futaines pour

confectionner des vêtements, des draps de fil, de lin ou de métis, mélange de coton et de

lin. Le tisserand peut réaliser ses commandes chez lui ou au domicile de ses clients et il

emploie des ouvriers.

 

On peut imaginer que François Audrain a appris le métier chez des artisans d’expérience

dans le bourg de Carquefou, par exemple chez les Arriel, tisserands depuis plusieurs

générations.

 

Une des filles de la maison, Perrine Arriel, plus âgée que François de 7 ans, lui plaît bien.

Et voici pour nous le premier mariage de l’ère républicaine qui s’annonce. C’est donc le

maire de la commune, et non plus le curé de la paroisse, qui rédige l’acte d’état civil.

 

L’an huitième de l’empire le vingt-huit may mil huit cent onze devant nous Jean

Thourien maire officier public de l’état civil de la commune de Carquefou canton de

Carquefou département de la Loire-Inférieure sont comparus François Audrain

tisserand âgé de 21 ans né à Thouaré en ce département le 13 février 1790 demeurant à

Carquefou au bourg fils majeur d’Alexandre Audrain tailleur d’habits décédé le 22

février 1806 et d’Anne Gérard présente et consentante au dit mariage et Perrine Arriel

tisserande âgée de 27 ans née en cette commune le 18 novembre 1783 demeurant au

bourg fille majeure de René Arriel tisserand décédé le 13 septembre 1787 et de Perrine

Gilet décédée le 12 nivôse an 4 de la République française lesquels nous ont requis de

procéder à la célébration du mariage projeté entre eux dont les publications ont été

faites à Carquefou devant la principale porte de la maison commune à l’heure de midi

savoir la première le dimanche 12 may 1811 et la seconde le 19 du même mois aucune

opposition au dit mariage ne nous ayant été notifiée faisant droit à leur réquisition

après avoir donné lecture de toutes les pièces ci avant mentionnées et du chapitre 6 du

titre du Code Civil institute du mariage après avoir demandé aux futurs époux s’ils

veulent se prendre pour mary et pour femme chacun d’eux ayant répondu séparément et

affirmativement déclarons que selon la loi française François Audrain et Perrine Arriel

sont unis par le mariage de quoi nous avons dressé acte en présence de Pierre Audrain

laboureur âgé de 52 ans demeurant à Thouaré en ce département oncle de l’époux de

Siphorien Audrain laboureur âgé de 32 ans demeurant à Thouaré en ce département

oncle de l’époux de François Mandin tisserand âgé de 45 ans demeurant en ce bourg

beau-frère de l’épouse de Simon Arriel lieutenant de douanes âgé de 34 ans demeurant

à Nantes frère de l’épouse et ont les dits époux et témoins signé avec nous le présent

acte à l’exception de François Mandin qui a déclaré ne le savoir faire.

 

Les parents de Perrine, qui sont parfois cités comme sacristains de l’église de Carquefou,

sont d’abord tisserands, du côté Arriel, où le grand-père était originaire du diocèse de la

Rochelle, et du côté Gillet où l’on était plutôt, comme Alexandre, le père de François,

tailleurs d’habits et arrivés des Touches aux générations précédentes. Au moment de la

Révolution, une veuve Arriel, qui n’était peut-être pas éloignée des nôtres, s’était

signalée à Carquefou par ses violentes prises de position et ses gestes publics en faveur

des idées vendéennes, par exemple en hissant avec un dénommé Simon Arriel, sans doute

le témoin cité plus haut au mariage de François et de Perrine, l’étendard des révoltés

vendéens sur le clocher de Carquefou et en menant une active campagne d’opposition au

nouveau curé assermenté. La veuve Arriel avait d’ailleurs été emprisonnée un moment à

Nantes avant d’être relâchée pour élever ses jeunes enfants.

 

Mais les deux clans si lontemps opposés semblent s’unir pour le mariage de François et

de Perrine.

 

Les parents de Perrine étaient décédés au moment de son mariage, son père assez jeune,

à 44 ans, en 1787, et sa mère au début de l’année 1796. La boutique est sans doute alors

tenue après eux par les enfants, les deux filles Perrine et Jeanne et leurs maris François

Audrain et François Mandin.

 

François Audrain et Perrine Arriel ont au moins 6 enfants :

 

-1)-François, né en 1812, et qui, au recensement de 1836, est chez ses parents désigné

comme diacre.

 

-2)-Auguste Victor, né le 31 août 1816, et qui est notre ancêtre de la génération

suivante.

 

-3)-Louis, né en 1818.

 

-4)-Emmanuel, né en 1820, qui deviendra cordonnier.

 

-5)-Pascal, né en 1823.

 

-6)-Joseph, né en 1825.

 

Rien que des garçons.

 

François Audrain et Perrine Arriel vivent fort longtemps dans le bourg de Carquefou,

Perrine jusqu’en 1853, ayant alors 70 ans. et François jusqu’en 1870, année où il meurt

âgé de 80 ans.


(6) Audrain Auguste (Victor) ° 31.08.1816 Carquefou

+ 3.01.1873 Carquefou

x 13.02.1838 Treillières

Vincent Jeanne ° 8.10.1813 Treillières

+ 12.05.1859 Carquefou

 

 

 

A l’époque de la naissance d’Auguste Audrain, la Révolution et le premier Empire de

Napoléon 1er sont passés. Voici le temps de la Restauration monarchique, de Louis

XVIII et de Charles X.

 

Du bourg de Carquefou, où il a dû passer son enfance chez ses parents tisserands,

Auguste Audrain se retrouve curieusement à l’âge de 20 ans à Treillières, où il habite

seul dans une maison du bourg. En 1836, il est décrit lors du recensement comme

sacristain, ce qui semble être une tradition familiale bien établie, puisqu’on en trouvait

déjà chez les Audrain et les Arriel à Carquefou, avant le temps de la Révolution. Est-ce

vraiment un métier ou bien seulement une occupation secondaire ? Auguste Audrain ne

serait-il pas plutôt domestique ou bien ouvrier tisserand chez un artisan de la commune,

puisque ce sera son futur métier ? Impossible à dire pour le moment.

 

Treillières est une toute petite commune proche de la Chapelle-sur-Erdre, au nord de

Nantes, sur le bord de la grande route de Nantes à Rennes. Les diligences, les transports

de marchandises entre les deux villes passent ou s’arrêtent à Treillières, juste après avoir

franchi le profond vallon du ruisseau de Gesvres.

 

Et c’est donc à Treillières qu’Auguste Audrain rencontre et épouse Jeanne Vincent.

 

Le 13 février 1738 Auguste Victor Audrain 21 ans tisserand au bourg de Carquefou fils

de François Audrain tisserand au bourg de Carquefou et de Perrine Arriel du bourg de

Carquefou épouse Jeanne Julienne Vincent 24 ans laboureuse habitant à la Poste de

Gesvres Treillières fille de Alexandre Vincent maître de poste la Poste de Gesvres

Treillières et de feue Marie Deniau décédée à Treillières le 16 janvier 1839 en présence

de Jean Petit 34 ans de Carquefou de Jean Rabotteau 40 ans la Bréheude Carquefou

Auguste Lemaire 34 ans beau-frère de l’épouse Alexandre Vincent 26 ans frère de

l’épouse aubergiste au bourg de Sautron les pères des deux époux signant aussi.

 

Le mariage religieux a été béni par l’abbé Hellion vicaire d’Héric.

 

Auguste Audrain et Jeanne Vincent viennent s’installer à Carquefou où Auguste devient

tisserand, comme ses parents, et peut-être dans le même atelier.

 

Incontestablement, Auguste Audrain vient de faire un beau mariage, même si

évidemment ce n’est pas la belle-famille qu’il a épousé. Mais les Vincent de Treillières ne

sont pas n’importe qui. C’est une lignée de haut niveau social et financier qu’il nous faut

étudier un peu maintenant.

 

Les parents de Jeanne Vincent ont eu 11 enfants et Jeanne est la 3 ème. Son père,

Alexandre Vincent est le maire de la commune de Treillières. Mais il est d’abord maître

de Poste, au relais de la Poste de Gesvres. La Poste de Gesvres est un lieu-dit qui, à

l’époque, ne passe pas inaperçu, quand on vient de Nantes : une longue côte, un virage

et une ligne droite avant d’arriver au carrefour qui conduit au bourg de Treillières, à

gauche. Cette route royale de Nantes à Rennes faisait déjà parler d’elle en 1660 quand le

Messager de Rennes se plaignait “de ne plus pouvoir faire sa route en 4 jours à cause du

mauvais état des chemins, surtout à un endroit très dangereux de Treillières, près de la

maison de Gesvres, où le dit messager se trouve souvent en danger de perdre ses

chevaux”.

 

Le relais de la Poste de Gesvres se trouvait dans une maison qui existe toujours, à

l’intersection des routes de Rennes et de Sucé. C’est là que s’arrêtait la diligence qui

assurait le service courrier-voyageurs-marchandises entre Nantes et Rennes. C’était une

énorme voiture jaune divisée en compartiments qui correspondaient aux classes sociales,

à savoir le coupé, l’intérieur et l’impériale. Elle était sous la responsabilité d’un postillon

qui portait culotte de peau et veste bleue, et menée par un conducteur en blouse sombre,

le fouet sur l’épaule, qui réglait les banquettes et l’allure de l’attelage.

 

Chaque relais était dirigé par un personnage important, le maître de Poste, responsable

de la bonne marche du service qui lui était confié “de la part du Roy”. Il assurait le gîte et

le couvert aux voyageurs de passage, le relais étant aussi une auberge. Il devait entretenir

avec soin les chevaux, ceux qu’on dételait à l’arrivée et ceux qui les remplaçaient.

 

En 1791, il y avait 11 chevaux dans les écuries du relais de la Poste de Gesvres : le plus

vieux, Jupiter, avait 11 ans et le plus jeune, qui avait 4 ans s’appelait la Souris.

 

La charge de maître de Poste était très rémunératrice et jouissait d’une bonne réputation.

A la Poste de Gesvres, de 1749 à l’abandon des relais vers 1890, une famille s’est

transmise la charge de père en fils : la famille Vincent. Par la même occasion, ils étaient

aussi le plus souvent élus ou désignés maires de la commune de Treillières.

 

La mère de Jeanne Vincent, Marie Deniau, était d’une origine beaucoup plus modeste,

puisque ses parents, Michel Deniau et Jeanne Cormier, étaient agriculteurs à Sautron.

Les Vincent, dont on remarquera plus d’une fois l’attitude paternaliste, ou

expansionniste, ou charitable, suivant les points de vue, feront ensuite de cet homme de

la terre un aubergiste au cabaret de “La Maison sur le Passage”, à Sautron.

 

Les grands-parents, Alexandre Vincent et Marie Legoux, tenaient eux aussi le relais de la

Poste de Gesvres au temps de la Révolution. Marie Legoux, qui vivra jusqu’à 95 ans

chez ses enfants, était elle-même la fille du maître de Poste dont le relais succédait à celui

des Vincent sur la route de Rennes : le relais de Bout de Bois, à Héric, où passera plus

tard le canal de Nantes à Brest. Une anecdote curieuse dans les relations entre les

Vincent de Treillières et les Legoux de Héric : le même jour, le 27 novembre 1781,

Alexandre Vincent et Marie Legoux se sont mariés à Héric et leurs frère et soeur Julien

Legoux et Marie-Gabrielle Vincent se sont épousés en l’église de Treillières. Peut-être

chaque famille tenait-elle à bien tenir son rang et se montrer dans sa propre paroisse.

 

Ajoutons pour compléter rapidement cette présentation :

 

- que le frère aîné de Jeanne Vincent, Alexandre, est aubergiste au bourg de Sautron,

après avoir été postillon dans le service de son père,

 

- alors que c’est son autre frère plus jeune, Jean-Marie, le 10 ème enfant, qui prendra la

succession à la Poste de Gesvres, avec ou à côté d’Alexis, le 11 ème,

 

- qu’un oncle de Jeanne, Julien, est aubergiste à Curette, dans la paroisse de Granchamp,

 

- qu’un de ses cousins Vincent, Félix, a aujourd’hui sa rue entre Nantes et Orvault, où il

fit bâtir le château de la Gobinière, appelé plus tard Maison de Massabielle, et

aujourd’hui Centre culturel de la ville d’Orvault,

 

- qu’Alexandre Vincent (1867-1948), fils d’Alexandre, frère aîné de Jeanne, fut avocat,

bâtonnier du barreau de Nantes, conseiller municipal en 1920, et adjoint au maire sous

Paul Bellamy,

 

- qu’Alexandre Vincent, fils du précédent (1897-1975) fut aussi avocat et bâtonnier,

nommé préfet de la Loire-Inférieure le 16 août 1944 par Michel Debré et chargé

d’accueillir le général de Gaulle, le 14 janvier 1945.

 

Dans cette galerie de personnalités peut-être écrasantes, Jeanne Vincent était donc

seulement laboureuse. Le mariage avec Alexandre Audrain, le tisserand de Carquefou, en

1838, n’était pas forcément une mésalliance. En 1841, Auguste, parfois appelé Augustin,

est d’ailleurs devenu aubergiste, et, 5 ans plus tard, sabotier, avant de redevenir

tisserand.

 

Auguste Audrain et Jeanne Vincent ont plusieurs enfants :

 

-1)-Auguste, né en 1840, notre ancêtre de la génération suivante,

 

-2)-Angèle, née en 1843, qui se mariera avec Jean-Marie Boisrivaux, (familles Boisrivaux

et Hubon),

 

-3)-Alphonse, né en 1845, mort en 1911, dont les descendants donneront les familles

Godard et Charles,

 

-4)-Marie-Sainte, (1847-1902), mariée en 1891 avec Honoré Delhumeau, (1836-1906),

et dont la fille Anne-Marie épousera Henri Colin, et aura 3 garçons, Henri, Maurice et

André,

 

-5)-Joseph, né en 1852 et sans doute décédé jeune.

 

Les grands-parents, François Audrain et Perrine Arriel, jusqu’à sa mort, vivent alors avec

eux, ainsi que les ouvriers éventuels de l’atelier, par exemple, Jacques Talliot et François

Goudard.

 

En 1859, Jeanne Vincent a 46 ans. Le 9 mai, elle met au monde une fille mort-née, et le

12 mai elle-même décède en sa demeure au bourg de Carquefou.

 

Le 13 janvier 1861, Auguste Audrain, 44 ans, épouse en secondes noces Henriette

Haurais, 52 ans, native de la commune de Carquefou, lingère, fille de feu Etienne Haurais

et de Louise Verdier, de la Feltière, veuve de Armand Supiot, marchand, décédé au

bourg de Carquefou le 10 août 1856, les témoins étant Jean Raboteau, déjà connu,

cultivateur aux Bréheudes, 63 ans, cousin de l’époux, Louis Lechat, Pierre Auray,

Célestin Supiot.

 

Le père, François Audrain, n’habite plus chez eux et meurt en 1870.

 

Auguste ne lui survit pas de beaucoup et s’éteint le 3 janvier 1876. Il a 60 ans.

 

La troisième République vient de commencer. Mac Mahon en est le Président.


(5) Audrain Auguste (Marie) ° 29.10.1840 Carquefou

+

x 13.06.1886 Carquefou

Eursanie Marie-Françoise ° 2.10.1848 Nantes

+ 26.01.1888 Carquefou

 

 

 

Auguste Audrain est donc né le 29 octobre 1840, sous la Monarchie de Juillet du roi

Louis-Philippe, au bourg de Carquefou. Il est le fils aîné du tisserand Auguste Audrain et

de Jeanne Vincent, fille de notables de Treillières. Il a 19 ans quand sa mère décède. Il

doit être déjà tisserand lui-même, peut-être dans l’atelier de son père. Mais celui-ci, qui a

encore de jeunes enfants, dont un de 7 ans, se remarie rapidement avec Henriette

Haurais.

 

Auguste voit se dérouler la Révolution de 1848, la seconde République, le second

Empire de Napoléon III. Puis c’est la guerre désastreuse de 1870, la Commune, et

l’installation difficile de la 3 ème République. Et Auguste Audrain dépasse maintenant la

trentaine.

 

C’est à 32 ans, le 6 février 1872, qu’il épouse Marie Verger, qui, elle, en a 38,

puisqu’elle est née le 29 septembre 1834 à Carquefou. Elle est la fille de Pierre Verger,

décédé en 1857, et de Geneviève Marchand. Les témoins de l’époux sont son frère,

Alphonse Audrain, installé comme marchand de vin à Nantes, rue des Bons-Français, et

son beau-frère, Honoré Delhumeau, fleuriste et sellier à Nantes, dans le quartier

Sainte-Croix.

 

En 1873, nous l’avons déjà vu, survient le décès d’Auguste Victor Audrain, le père du

nouveau marié.

 

Et le 23 septembre 1874, c’est la naissance d’Auguste Marie René Audrain, le fils du

couple Auguste Audrain et Marie Verger, toujours au bourg de Carquefou, où le père

est tisserand.

 

Mais le 21 novembre 1885, Marie Verger décède, nos documents ne disent pas dans

quelles conditions. Son fils a 11 ans.

 

Six mois plus tard, Auguste Audrain épouse en secondes noces Marie Françoise

Eursanie, âgée de 38 ans.

 

Le 13 juin 1886, à Carquefou, Auguste Marie Alexandre Audrain, né à Carquefou le 29

octobre 1840, tisserand, habitant au bourg de Carquefou, fils de feu Auguste Victor

Audrain, décédé à Carquefou le 3 janvier 1876, et de feue Jeanne Julienne Vincent,

décédée à Carquefou le 12 mai 1859, veuf de Marie Verger, décédée à Carquefou le 21

novembre 1885, a épousé Marie-Françoise Eursanie, née à Nantes le 2 octobre 1848,

domestique, la Guilvinière, Carquefou, élève des Hospices Civils de Nantes. Un contrat

de mariage a été enregistré le 9 juin 1886 chez maître Boussineau, notaire à

Carquefou. Les témoins sont Alphonse Louis Marie Audrain, 41 ans, frère de l’époux,

marchand de vins, rue des Bons-Français, à Nantes, Honoré Delhumeau, beau-frère de

l’époux, fleuriste, rue Sainte-Croix, à Nantes, Pierre Goupil, ami de l’épouse,

agriculteur, la Guilvinière, Carquefou, Jean-Marie Coquet, ami de l’épouse, la

Guilvinière, Carquefou.

 

Il faut ici entreprendre une explication sur Marie-Françoise Eursanie, au nom si

inhabituel et peut-être unique, qui vient d’apparaître dans notre histoire.

 

Elève des Hospices Civils de Nantes, cela signifie qu’elle est une enfant abandonnée et

trouvée. L’acte d’abandon, conservé aux Archives Départementales, sous la cote 3 X

709, a été rédigé par l’Hôpital qui regroupait les enfants abandonnés sur la ville de

Nantes, et qui était situé non loin de l’emplacement actuel du C.H.U., près du square

Elisa-Mercoeur et du Restaurant Universitaire. Un autre acte, qui reprend en gros le

premier, a été rédigé par l’état civil municipal.

 

Voici l’acte d’abandon rédigé aux Hospices Civils de Nantes.

 

Eursanie Mélanie Marie-Françoise. Le 10 octobre 1848 à 6h30 du soir a été recueillie

dans le tour une petite fille paraissant âgée d’environ 8 jours avec un billet ainsi conçu

“10 octobre Marie-Françoise”. Elle était vêtue d’un lange de stoff aventurine, d’une

brassière à drap vert foncé, d’une dite étoffe à carreaux, d’une chemise de coton, d’une

couche de toile, d’un mouchoir de coton jaune, d’un bonnet de coton blanc piqué. (le

tout usé).

Nantes le 11 octobre 1848.

(en marge)

Eursanie Mélanie.

confiée le 12 octobre 1848 à la fille Berrier au Mortier, Coueron.

confiée le 7 avril 1860 à Vinçon Louis, à Bouaye.

rentrée au dépôt faute de payement plus élevé le 1er mars 1862.

a passée le 22 avril 1862 chez Alexandre Lemoine à la Gachetière même commune

(Bouaye).

rentrée le 28 avril 1863.

confiée à Mme Coquet, cultivatrice à la Guilvinière, en Carquefou, le 2 mai 1863.

 

Voilà racontée, avec toute la sécheresse administrative habituelle et voulue, la naissance,

l’enfance et la jeunesse de Marie-Françoise Eursanie, notre ancêtre.

 

Les cas d’abandons comme celui qui nous concerne sont très fréquents à Nantes. Il peut

y en avoir jusqu’à 30 ou 40 chaque mois, dont les raisons sont parfois exposées dans les

actes. Les enfants ainsi déposés meurent en grand nombre, la moitié ne survivent que

quelques jours ou quelques semaines. Ils sont placés le plus rapidement possible en

nourrice, dans les communes de la région nantaise. A Nort-sur-Erdre, la moitié des décès

d’enfants, et ils sont nombreux, sont des enfants de l’hôpital.

 

C’est le préposé à la rédaction du procès-verbal d’abandon qui choisit le nom et le

prénom de l’enfant d’une manière qui nous paraît fantaisiste. Pour une même période, il

choisit des noms de consonance semblable ou commençant par la même lettre, un peu

comme aujourd’hui pour les chiens ou les chevaux.

 

Dans son dernier placement, chez les Coquet, de la Guilvinière, à Carquefou, comme

domestique de ferme, on peut imaginer et espérer que Marie-Françoise ne fut pas trop

malheureuse, puisqu’elle y resta 23 années et qu’elle choisit parmi eux et ses voisins les

témoins de son mariage.

 

L’histoire de cette petite fille abandonnée a toujours alimenté dans la famille les rêves et

les légendes. Qui était-elle vraiment ? Une enfant ordinaire dans ses vêtements usés, une

victime de la pauvreté, de la honte et des préjugés de l’époque ? Ou bien plutôt l’enfant

illégitime et inavouable d’une famille bourgeoise, voire aristocratique ? Qui sont ces

belles dames qui venaient la voir plus ou moins régulièrement et qui lui avaient fourni des

vêtements de riches ? Ne venaient-elles pas de la famille des comtes de Landemont, du

nom d’une petite commune du Maine-et-Loire ? Un vieil aristocrate mourant, dans un

château du côté d’Indre ou de Coueron, n’a-t-il pas demandé un jour, avant de paraître

devant Dieu, à voir le descendant de cette pauvre fille abandonnée ? Mais on les a

empêchés de se voir et de se parler ! Quel est donc ce terrible secret qui n’a pas pu être

dévoilé ce jour-là ! L’histoire garde jalousement ses mystères et sa saveur.

 

Or voici que maintenant nous pouvons ajouter quelques éléments bien concrets qui

permettront à chacun de poursuivre à sa façon cette histoire étonnante et impossible à

terminer.

 

Il faut repartir de l’acte d’abandon.

 

On y lit que Marie-Françoise Eursannie fut confiée en nourrice le lendemain de son

abandon, le 12 octobre 1848 à la fille Berrier au Mortier, à Couëron et qu’elle y resta

jusqu’à 12 ans avant de partir à Bouaye pour un autre placement. Le Mortier est un

village situé à 5 kilomètres du bourg de Couëron, au nord, sur la route de Sautron à

Saint-Etienne de Montluc.

 

A 1 kilomètre plus au nord encore, non loin de la 4 voies Nantes-Saint-Nazaire, se

trouve un château bien caché en pleine campagne au bout d’une belle allée et protégé de

grilles : c’est le château de Landemont, ancienne propriété du comte d’Argenton, jusque

vers la guerre 14-18, avant d’être rachetée par la famille Bonnet, armateurs et

marchands, puis par les Touzé, pâtissiers renommés à Nantes, et appartenant aujourd’hui

à un médecin-spécialiste nantais.

 

Ainsi Marie-Françoise Eursannie a vécu 12 ans près du château de Landemont, à

Couëron. Rapprochement émouvant entre les vieilles légendes réunies et les actes

officiels ! Mais cela ne nous éclaire pas sur les origines précises de l’enfant trouvée et ne

fait que poser d’autres questions sans doute insolubles.

 

Pour obscurcir un peu plus les choses, si nécessaire, ajoutons qu’il existait à la même

époque, pas très loin, à 1 ou 2 kilomètres à l’ouest du bourg de Saint-Herblain, un autre

château de Landemont, propriété de monsieur Félix de Landemont.

 

Il faut justement revenir à notre histoire. Voilà Marie-Françoise Eursanie qui à 38 ans

épouse un artisan du bourg de Carquefou et peut enfin espérer atteindre au bonheur.

 

La voilà qui au début de l’année 1888, à près de 40 ans, va aussi donner naissance à son

premier enfant.

 

...l’an 1888...le 26 janvier à deux heures du soir...est comparu Auguste Audrain âgé de

47 ans lequel nous a présenté de lui et de Marie-Françoise Eurannie âgée de 39 ans un

enfant né à midi...Joseph Marie ...

 

Mais le même jour, 26 janvier 1888 :

 

Marie-Françoise Eurannie âgée de 39 ans...est décédée en sa demeure à deux heures

du soir.

 

Marie-Françoise Eursanie, d’origine obscure et de condition peu brillante, sera d’ailleurs

en quelque sorte éliminée une seconde fois sur l’arbre généalogique de la famille Vincent,

pourtant riche en avocats et bâtonniers, et où l’on ira même jusqu’à attribuer son fils

Joseph à la 3ème épouse qu’Auguste, chargé d’un enfant de 14 ans et d’un jeune bébé,

va épouser peu après en troisièmes noces.

 

En effet, dès le 28 août 1888, Auguste Marie Audrain épouse Anne Cottineau, âgée de

53 ans, née à Carquefou, fille de Nicolas Cottineau et de Marie Godard. Les témoins

sont toujours les mêmes et un contrat est à nouveau signé chez le notaire de Carquefou,

maître Boussineau, 4 jours avant le mariage.

 

Nanette Cottineau, que les enfants appelleront la marâtre, n’aura pas, semble-t-il, une

bonne réputation ni une influence heureuse sur eux. Elle les maltraitera tant qu’ils lui

seront retirés par la famille et que le jeune Joseph, de constitution chétive, se retrouvera

dans un orphelinat privé, rue Bossuet, en face de l’Hôtel de Ville de Nantes, et qu’il

gardera un meilleur souvenir des Religieuses qui s’occuperont de lui que de celle qui

avait remplacé sa mère dans sa maison natale.

 

Auguste Marie Audrain s’éteint au début du siècle, sans doute aux alentours de la

Grande Guerre.

 

Anne Cottineau, dite Nanette, sa veuve, meurt le 9 mars 1919, en son domicile, au lieu

dit la Montobonnière, suivant la déclaration de son voisin de village, Félix Retière.


(4) Audrain Joseph ° 26.01.1888 Carquefou

+ 31.01.1968 Nantes

x 5.09.1911 le Clion-sur-Mer

Bertreux Fernande ° 5.09.1911 le Clion-sur-Mer

+ 8.12.1939 Nantes

 

 

 

Pour ce chapitre, nous nous reporterons au récit de Fernande Audrain : La Joselière.

 

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